Skip to main content

Full text of "Résumé des principaux traités chinois sur la culture des mûriers et l'éducation des vers à soie"

See other formats


LE 


À 


A 


ù NE 
SEE 


NS 
NN 


NS 


RSS 
RN 
SN 


NS SANS SNS 
AAA 


N 


NS 
RS 


NS 


SN 


NS 


EN BY THE AMERICAN 
USEUM OF NATURAL HISTORY 195 


区 一 PTS 人 ; _ SI | À 
Septem 1399 | PR WCGLbson:lnvt 合生 É 有 
Er 一 一 -一 一 一 228: >» à 


一 一 一 一 一 
一 一 一 一 一 


RÉSUMÉ 


DÉS PRINCIPAUX TRAITÉS CHINOIS 


- SUR LA 


CULTURE DES MURIERS| | 


ET L'ÉDUCATION DES VERS A SOIE 


mu 
ER * 
LE the : DRE El 


TRADUIT 


PAR STANISLAS JULIEN 


MBMBRE DE L'INSTITUT 
YLOFESSEUR DE LANGUE ET DE LITTÉRATURE CHINOISES AU COLLÉGE DE FRANCE 


BP CPUBLIÉ PAR ORDRE DU MINISTRE DES TRAVAUX PUBLICS 
DE L'AGRICULTURE ET DU COMMERCE 


PARIS 
IMPRIMERIE ROYALE 


M DCCCG XXXVII 


RESUME 
DES PRINCIPAUX TRAITÉS CHINOIS 


SUR LA 


CULTURE DES MURIERS 


ET L'ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 


L À 
f Re 
7 : 25€ 二 
一 A 
< 
LS DE 
ET ut 


3e 4 
RÉSUMÉ 


DES PRINCIPAUX TRAITÉS CHINOIS 


SUR LA 


CULTURE DES MURIERS 


ET L'ÉDUCATION DES VERS A SOIE 


PAR STANISLAS JULIEN 


MEMBRE DE L'INSTITUT 
PROFESSEUR DE LANGUE ET DE LITTÉRATURE CHINOISES AU COLLÉGE DE FRANCE 


PUBLIÉ PAR ORDRE DU MINISTRE DES TRAVAUX PUBLICS 


PES a 


DE LAGRICULTURE ET DU COMMERCE 


ES EN On. * a Y, 
dARDEN eN 8 CIENCE® :4 
M 


PARIS 
IMPRIMERIE ROYALE 


M DCCC XXXVII 


ME , 


人 


2 


à d'a 
LAN 


MULLUE AAA NEA FA 
e =; L M TITRE LATE #1 ” 


AU UP AD LES 人 


HLTANRE AN 
f | 


了 


COURRIEL 


SUN NOT TM 


174 X f «hit M 


AVANT-PROPOS. 


M. le Ministre des travaux publics, de l'agriculture et du com- 
merce, a invité M. Camille Beauvais à rédiger l'Introduction qui 
précède la traduction de M. Stanislas Julien. Personne n'était plus 
capable d'apprécier le mérite des méthodes adoptées en Chine pour 

.ja culture des müûriers et l'éducation des vers à soie. En effet, M. Camille 
Beauvais a déjà mis en pratique plusieurs de ces méthodes , et c'est à 
leur emploi qu'il est redevable d’une partie des perfectionnements qu'il 
vient d'introduire dans ce genre d'industrie. 

En faisant paraître cette traduction avec le concours de M. Camille 
Beauvais, M. ie Ministre des travaux publics, de l’agriculture et du 
commerce, a voulu lui montrer le prix qu'il attache à ses importants 
travaux, et prouver en même temps aux éleveurs de vers à soie que 
des procédés suivis avec tant de succès par ce savant agriculteur 
sont dignes de fixer leur attention. 


su AA duty! saut éb 1 date a onttal L) | 
LEE A giou hou LE 三 各 和 全 二 dea ollicalx dt Mira, 
HE ut ia acer 4 dette safe Ma5. doit 
toc. Sul #9 Hô ISLE ad 三 55 # 
Daft rx Y M fU0S n6d.5ian 4 2107 oh doom bs ê 
AN fa to M bofbre at ob°x rare crlep oupit#tg na etre és 
À “A anamiauiroi tabs aoh sit ht 本 16 
Es sie dits a aa oi 
了 en ds 25% Mronc:i of 101 RE toisnbis abao ts 
ce Jo om Lt ji: "LNEUR ap AuBy EL 490 Si 人 M 
afro d1 à fine 名 te AT si 各 ar th} 100% #4 
do stié À at 9 怀 PAUL (NA. 17 OL) Sarre 9 1045040 à 
uoltinttt TV 94. 18 dore Ab tont sovi aire 
QUE side | elle au LE 4 3h46 


De TO MOTOS NY 
。 ME à DR 区 


BOTANICAR 


Ya DT FE AMERICAN 


CEUM DF 


STORY 1934 


NATUR 


INTRODUCTION. 下 RN 


La traduction d’un ouvrage chinois qui traite d’une grande 
industrie établie depuis longtemps sur notre sol est une 
entreprise qui sera diversement appréciée. Quelle que soit 
l'opinion des éleveurs et des savants qui liront cette publi- 
cation, je crois qu'elle restera toujours comme un témoi- 
gnage de la supériorité des Chinois dans tous les détails 
pratiques qui embrassent la vie du ver à soie, et des résul- 
tats surprenants auxquels ils sont parvenus. 

Quelques esprits, entraînés par l'influence d'anciennes 
traditions, jugeront puérile peut-être cette multitude de 
soins minutieux que les Chinois prodiguent aux vers à soie ; 
d’autres ny verront que des procédés en apparence peu 
différents des leurs, ou diront qu'ils peuvent convenir au 
climat de la Chine, et ne pas être applicables dans le nôtre; 
peut-être enfin un certain nombre de personnes oublieront- 
elles l'ouvrage après l'avoir lu. Mais le temps et l'expérience 
feront, je l'espère, apprécier à leur juste valeur ces mé- 
thodes naturelles, ces attentions délicates, ces précautions 
sages et multipliées que recommandent les auteurs chinois. 

On comprendra aisément qu'un peuple observateur, qui 
a inventé, avant l'Europe, la boussole, l'imprimerie, la 
poudre à canon, et qui, depuis quarante siècles, regarde 
l'industrie de la soie comme sa principale richesse, doit 
l'avoir portée à un haut degré de perfection, et que nous 


A 


VIII INTRODUCTION. 


ne saurions mieux faire que d'aller puiser à la source même 
de nouvelles connaissances et de nouveaux perfectionne- 
ments. 

Si, par une judicieuse application des procédés des Chi- 
nois, nous parvenions à égaler leurs succès, bientôt la face 
de cette industrie serait changée en France. Elle prendrait 
alors un caractère plus stable; les éventualités qu'elle a 
maintenant à redouter feraient place à un système sür et 
régulier, qui délivrerait léleveur des chances fâächeuses aux- 
quelles des moyens imparfaits et variables l’exposent tous 
les jours. Mais pour atteindre ce but, pour que d’utiles in- 
novations viennent démontrer l'importance de cet ouvrage, 
j faut du temps et de longues expériences. Nous devons 
nous pénétrer de l'esprit qui préside à toutes les pratiques 
des Chinois, si nous voulons les naturaliser chez nous et 
nous en servir avec assurance et avec succès. 

ll est permis d'espérer que l’état avancé de nos sciences, 
nous donnera quelquefois l'avantage sur les Chinois dans 
l'application de leurs procédés. Je citerai à ce sujet un fait 
intéressant qui se trouve dans cette traduction. Les Chinois, 
persuadés que la pureté et le renouvellement de l'air sont 
indispensables à la santé des vers à soie, ont imaginé un 
système de ventilation qui, bien qu'il nous paraisse incom- 
plet à quelques égards, présente plusieurs traits de ressem- 
blance avec celui que nous devons à M. Darcet. 

Ils font entrer l'air extérieur par des tubes qui sont placés 
de distance en distance, et qui s'ouvrent à fleur du sol. 
Quand l'air de l'atelier est vicié, on le laisse échapper par 
de petites fenêtres pratiquées dans le plafond. Ces mêmes 
tubes servent encore à répandre de la fraîcheur dans le local 


INTRODUCTION. IX 


des vers à soie; on les ferme lorsqu'on a besoin d'élever la 
_ température. 

= Certes, ce système est loin de valoir celui de M. Darcet ! 
qui réunit la simplicité à l'énergie, et offre le double avan- 
tage de conserver une température régulière, et de faire 
circuler l'air dans l'atelier. Mais, quelque imparfaite que la 
ventilation des Chinois puisse nous paraître, elle montre 
cependant combien cette nation industrieuse a fait d'efforts 
pour assurer la réussite constante de ses éducations. 

J'ai déjà expérimenté deux méthodes chinoises qui m'ont 
donné les résultats les plus heureux : l'alimentation fréquente 
des vers, et leur parfaite égalité qui doit commencer à leur nats- 
sance, et étre maintenue avec soin pendant toute la durée de leur 
nourriture. Je considère maintenant ces deux pratiques 
comme acquises à l'industrie sérigène, et comme des éléments 
indispensables de succès. J'en avais puisé l'idée dans un 

court Mémoire du P. d'Entrecolles, publié par le P. Du- 
halde. Frappé de ce résultat inattendu et voyant que le 
travail abrégé du savant missionnaire laissait beaucoup de 
choses à désirer, j'ai pensé qu'il était nécessaire de recourir 
aux auteurs chinois eux-mêmes pour obtenir, sur les vers à 
soie et les müriers, des renseignements plus précis et plus 


1 En établissant à ma prière un système simple et économique de ventila- 
tion, qui porte maintenant le nom de son auteur, M. Darcet a ajouté un 
nouveau et éminent service à tous ceux dont les arts lui sont déjà redevable, 
On ne saurait trop louer le patriotisme et le désintéressement que ce savant 
a montré en cette occasion. : 

M. le Ministre des travaux publics vient de faire exécuter un certain 
nombre de modèles de cet appareil, qui ont été adressés aux préfets, pour 
être déposés dans les chefs-lieux des départements qui s'occupent plus spé- 
cialement de l'industrie des soies. (C. B.) 


x INTRODUCTION. 


complets. Je crus devoir prier M. le Ministre du commerce 
et de l'agriculture de faire traduire deux chapitres d'un 
grand ouvrage chinois, qui traitent cette double question 
d'une manière neuve et approfondie !. 

“M. le Ministre du commerce a senti toute l'importance 
d'une publication destinée à améliorer une de nos plus 
riches branches d'industrie, et, afin de lui prouver toute sa 
sollicitude, il s’est empressé de faire imprimer aux frais du 
Gouvernement la traduction de l'ouvrage chinois, pour le 
distribuer ensuite aux éleveurs et aux agronomes, qui y 
puiseront les germes d'expériences nouvelles et d'utiles per- 
fectionnements. Pour s'assurer si les pratiques contenues 
dans ce traité se sont améliorées depuis sa publication, qui 
remonte à près d'un siècle, M. Martin (du Nord) a eu lheu- 
reuse idée de faire parvenir une copie de la traduction ma- 
nuscrite à M. Louis Hébert, l'un de mes élèves, que le 
Gouvernement a envoyé, il y a un an, sur les côtes de la 
Chine, dans le but spécial d'étudier les méthodes de ces 
contrées, et de rapporter de précieuses variétés de müriers 
et de vers à soie qui nous sont inconnues. 

Cette traduction a été confiée à M. Stanislas Julien, 
membre de l'Institut et professeur de langue et de littéra- 
ture chinoises au collége de France. Elle offrait d'immenses 
difficultés à un homme qui, par ses habitudes littéraires, se 
trouvait complétement étranger aux procédés qu'il avait à 
décrire, et qui rencontrait pour la première fois la plupart 


1 La traduction du Traité de l'éducation des vers à soie a été faite en vertu 
d’une décision de M. Passy, du 23 août 1836. C'est M. Martin (du Nord), 
Ministre actuel du commerce et de l'agriculture, qui a chargé M. St. Julien 
de traduire le Traité de la culture des müriers. (C. B.) 


INTRODUCTION. x 


des termes techniques qui servent à les exprimer. Les éle- 
veurs et les agronomes reconnaîtront sans peine tout ce 
qu'il a fallu à M. Julien de patience et de sagacité pour en- 
trer aussi intimement dans son sujet, et en exposer tous les 
détails avec une clarté et une précision qu'on ne pouvait 
guère attendre que d’une personne versée dans cette in- 
dustrie. 

Le texte de cette traduction fait partie d’un grand et ma- 
gnifique Recueil d'agriculture, publié par l'ordre de l'em- 
pereur, où lon donne un résumé des ouvrages les plus 
répandus, qui traitent de la culture des müriers et de l'é- 
ducation des vers à soie. Les rédacteurs se sont bornés à 
rapporter fidèlement les différents procédés usités en Chine, 
sans chercher à faire ressortir ceux qui leur paraissaient les 
meilleurs, ou à expliquer les contradictions qu'on y remar- 
que quelquefois. On excusera aisément ces contradictions 
apparentes, en songeant que les auteurs de cet ouvrage ont 
voulu faire connaitre les méthodes des diverses provinces, 
méthodes qui sont nécessairement subordonnées aux be- 
soins de chaque localité, aux progrès de ses habitants et à 
la différence des climats. 

Qui me soit permis, en terminant ces réflexions, d’ap- 
peler l'attention des lecteurs sur quelques points importants 
de l'ouvrage chinois; par exemple, sur la manière de faire 
pondre les papillons et de conserver la graine, et sur les 
moyens employés pour obtenir une éclosion simultanée. 
Je signalerai, d'après la même autorité, les effets désastreux 
qui résultent de l'introduction subite de l'air froid et hu- 
mide dans un atelier dont la température est élevée, ainsi 
que l'influence mortelle quexerce la fermentation des feuilles 


XII INTRODUCTION. 

sur la santé des vers à soie. Jajouterai un dernier fait, pour 
donner en peu de mots une idée de la supériorité imcon- 
testable des méthodes des Chinois sur celles des Européens, 
c’est qu'ils perdent à peine un ver à soie sur cent, tandis que 
. chez nous la mortalité dépasse de beaucoup cinquante pour cent! 


CAMILLE BEAUVAIS. 


AVERTISSEMENT 


DU TRADUCTEUR. 


Etranger à l'industrie sérigène ! et à la science de l'agricul- 
ture, il ne m'appartient pas, surtout après lIntroduction de 
M. Camille Beauvais, de parler des avantages pratiques que peut 
offrir l'ouvrage chinois dont je publie aujourd'hui la traduction. 

Je me bornerai à présenter aux lecteurs quelques détails pu- 
rement littéraires, dont quelques-uns ne seront peut-être pas 


1 Pour caractériser l'industrie qui prend sa source dans le travail des vers 
à soie, on a créé dans ces derniers temps plusieurs épithètes dérivées du 
grec ou du latin, dont l'inexactitude était le moindre défaut. M. Henry 
Bourdon y a substitué avec raison le mot séricifère (qui produit la soie). Sans 
blâmer l'expression employée par ce jeune savant, je prends la liberté de pro- 
poser à mon tour l'épithète sérigéne (né des vers à soie, produit par les vers 
à soie). Elle est plus concise, et peut qualifier avec assez de justesse l'indus- 
trie qui fait l'objet de cette traduction. En effet, le mot grec Zmp (sèr) 
signifie la chenille qui produit la soie. Znp° OCXCGAHZ ENV EN TO cHpixor : Vermis 
qui producit sericum filum. (Dictionnaire grec d'Hesychius, pag. 1176.) Le 
pluriel Zñpec se trouve avec le même sens dans les lettres de l'empereur 
Julien (Epist. 24 ) : Oi TépoixoÏ chpec: Persici bombyces seu vermes qu serica 
fila nent. (Voyez le grand Dictionnaire d'Henry Estienne, édition de Londres, 
au mot X#pec). 

La terminaison gène, signifie né de, engendré, produit par. Elle tire ce sens 
du grec yeyns (dans les adjectifs composés). H me sufhra de citer ici l'exemple 
Aroyerns Od'ucoeuc, Ulysse issu de Jupiter (Homère, Odyssée, liv. v, vers 203.) 
Ainsi, d'après l'étymologie grecque, l'expression industrie sérigène, signifie 
exactement industrie née des vers à soie, produite par le (travaïl du) ver à sote. 


XIV AVERTISSEMENT 


sans intérêt. Les Chinois, dont la littérature est la plus riche 
qui existe au monde, possèdent plusieurs centaines d'ouvrages 
sur l'agriculturé, qui, chez eux, comprend toujours l'Éducation 
des vers à soie et la Culture des müriers. Ils ont aussi des traités 
particuliers, comme le Tsan-chou, le Tsan-king (livres des vers 
à soie); le Nan-fang-tsan-chou, Méthode usitée dans le midi; le 
Pé-fang-tsan-chou, Méthode usitée dans le nord de la Chine; le 
[-sang-tsong-lun, Considérations générales sur la culture des 
müûriers, etc. Mais, parmi les douze mille volumes chinois que 
possède la Bibliothèque royale, il ny a que trois ouvrages 
qui traitent, d'une manière plus ou moins étendue, de la 
double question qui nous occupe. Le premier est une petite 
encyclopédie des arts et métiers en 3 vol. in-8°, intitulée Thien- 
kong-khai-we, dont la seconde édition a paru en 1636. On y 
trouve des procédés fort succincts que des personnes compétentes 
ont jugés pleins d'intérêt. Je les ai donnés la plupart dans le Sup- 
plément (p. 187-169). Le second ouvrage se trouve dans un re- 
cueil d'agriculture en soixante livres, intitulé Nong-tching-tsiouen- 
chou. I a été composé par Siu-konang-ki qui, après avoir obtenu 
le grade de docteur, occupa successivement les charges les plus 
éminentes, et devint précepteur du fils aîné de l'empereur. Nous 
voyons dans sa biographie ! que, dans la 35° année du règne de 
Chin-tsong (1607), il reçut les leçons d’un savant européen 
nommé Li-ma-teou (le célèbre missionnaire Mathieu Ricci), et 
qu'il étudia sous sa direction l'astronomie, les mathématiques, 
dans leur application au calendrier chinois, et la théorie des 
armes à feu. L'empereur Ssé-tsong ayant appris que Siu-kouang, 
qui venait de mourir, avait laissé un grand ouvrage sur l'agri- 
culture, intitulé Nong-tching-tsiouen-chou, se le fit présenter par 


1 Ming-ssé ( Annales de la dynastie des Ming), liv. cour, fol. 15 ; édition 
impériale des vingt-quatre historiens du premier ordre, en 700 volumes petit 
in-folio, Péking, 1739. = 


DU TRADUCTEUR. XTV 
le neveu de l'auteur, et ordonna qu'il fût imprimé aux frais de 
état. 

Le troisième ouvrage est intitulé King-ting-cheou-chi-thong- 
khao, ou Examen général de l'Agriculture, rédigé par ordre de 
l'empereur. Il est deux fois plus étendu que le recueil précédent, 
et se compose de zxxvin livres répartis en 24 volumes petit 
in-fol., imprimés avec tout le soin et l'élégance qui distinguent 
les éditions impériales. Sa rédaction entreprise cent ans après 
(en 1739), en vertu d'un décret spécial, par des lettrés du pre- 
mier ordre, aidés des agriculteurs les plus habiles de l'empire, 
lui donne une haute importance. L'étendue de cet ouvrage, 
son caractère officiel et sa date récente, si on la compare aux 
deux recueils mentionnés plus haut, m'ont décidé à en extraire 
les Traités de la Culture des müriers et de l'Éducation des vers à 
soie, dont M. le Ministre du-eommerce avait bien voulu me 
confier la traduction. 

Si je ne craignais de m'écarter de mon sujet, je ferais con- 
naître tous les objets qu'embrasse cette encyclopédie d’agri- 
culture. Je me contenterai de dire qu'on y trouve {liv. xx1-xr) 
un traité complet des plantes légumineuses, des céréales, et en 
particulier de la culture du riz, accompagné d'une multitude de 
figures gravées avec soin, dont plus de cent représentent les 
instruments aratoires des Chinois, et les machines dont ils font 
usage pour l'irrigation des champs. La partie que j'ai traduite 
occupe les livres LXxII-LXXVI. 

Les lecteurs pourront se faire une idée de l'immense richesse 
de la littérature chinoise, en apprenant que le recueil d'agricul- 
ture intitulé Cheou-chi-thong-kao, d'où est extraite ma traduc- 
tion, fait partie d’une Bibliothèque des ouvrages les plus estimés 
en Chine, dont l'exécution fut ordonnée en 1773 par l'empe- 
reur Khien-long, et qui, suivant le décret de ce prince, se 
composera de cent soixante mille volumes. Cette collection 
doit former quatre bibliothèques appelées Sse-kon, ou les 


XVI AVERTISSEMENT 


quatre Trésors. On continue encore à l'imprimer, et en 1818 这 
avait déjà paru soixante-dix-huit mille six cent vingt-sept vo- 
lumes de cette vaste collection !. On en a publié par ordre de 


1 Voici le tableau des divisions bibliographiques dans lesquelles sont dis- 
tribués ces 78,627 volumes. 


OUVRAGES CLASSIQUES OU REGARDÉS COMME SACRÉS. 
( KING.) 
Nora. Les chiffres qui suivent chaque article indiquent le nombre des volumes contenus dans 


tous les ouvrages compris dans cette division. La première, relative à VI-king, embrasse 1526 ou- 
vrages differents. 


Meavretdes Variations (ER AE E EEE cer ercce. 1,790 vol. 
Le Livre des Annales (Chou-King)................... 661 
Le Livre des Chants (Ghi-King).................... 991 
Le Livre des Mœurs et Usages (Li-King), c’est-à-dire les 
trois Rituels intitulés Tcheou-h, Ii et Li-khi......... 52,208 
La Chronique du royaume de Lou................... 1,818 
Le Livre de la Piété filiale (Hiao-King)................ 全 条 
Ouvrages relatifs à l'interprétation des King........... 717 


LES QUATRE LIVRES CLASSIQUES. 


La grande Doctrine, l'Invariable milieu, les Entretiens de 


Confucius et le Philosophe Meng-tseu.............. 792 
LDONTADES EUTAA MSIE Le «mie Pi ele ele le etolele c'olcie let 482 
Livres ÉIÉMPERIAUTES ARNO ER 全 全 913 


OUVRAGES HISTORIQUES. 


Recueils des Histoires de toutes les dynasties. .......... 3,681 
Annales par ordre chronologique. ................... 2,066 
ÉRTIENTS DÉTENTE ANS SMS ES OA BTE 1,205 
FRPOITES PRET RER CREER OCR E ER RE CL ECUR 1,485 
Recueils des ordonnances et des décisions impériales... .. 1,474 
Biopraphies Tee Le LL r-RCELLCER = LCD RER 949 
Documents historiques. ........:......:..k.tbiece 18 
Descriptions de districts particuliers. ................ 389. 
HRMONDIOBIE . Sen - ce cr ceeeehiece-pec----Pere EE 29 


Géographie et relations de voyages, descriptions de pays 
ÉITARSErS ER Ne ee CALLIMONIMERRR CPE LAS 4,788 


DU TRADUCTEUR. XVII 


l'empereur deux catalogues raisonnés, l'un très-abrégé en quinze 
petits volumes in-12 (Péking, 1775), et l'autre fort étendu en 
cent trente-huit volumes in-8° (Péking, 1782). 

J'ai cru faire plaisir à la plupart des lecteurs en leur présen- 
tant un Spécimen du texte chinois, accompagné d'une traduc- 
tion aussi littérale que possible. Les savants qui comprennent la 
langue chinoise pourront, en y jetant les yeux, se faire une idée 


Administration et Gouvernement. ................... 392 vol. 
Institutions politiques, lois et édits.,................ 3,785 
Bibliographie et inscriptions. ...................... 700 
Critique d'histoires particulières. .................... 382 


RELIGION, PHILOSOPHIE ET AUTRES SCIENCES. 


École de Confucius (Phiodbphes de TP} CURE. 27500 1,694 
nenne:thilitaihe.s iii hs nn OR LUS de 6 #6 193 
LE FE RCU ORAO EC PR RER PO CRE 94 
LL LE AN RSR RE PE Re 195 
LINE AR ASE RES EE PORT dE Qc Te AUS 1,813 
Astronomie et Arithmétique. ;...:................. 643 
Physique, Physiognomonie, Astrologie................ 432 
Peinture , Musique, Imprimerie, Danse............... 1,658 
Histoire naturelle, Diététique, etc.................. 363 
LE EEE NPC SR APE PACA NE RE UE à! + 9200 
Écrits d’un ordre inférieur, comme histoires merveilleuses. 1,358 
Ouvrages bouddhiques: sans... seu sss ee dose cols 32 
Ouvrages de la secte des Tao-ssé................... 442 
Poëmes de divers genres et Recueils littéraires.......... 28,998 
TOTAL GÉNÉRAL. …. . : - .. .. 78,627 vol. 


Ces détails sont empruntés en partie au Journal Asiatique de Paris (juillet 
1834, p. 64 sq.). H m'eût été aisé de traduire, dans le grand Catalogue impérial, 
les titres des autres divisions bibliographiques, en y ajoutant les nombres qui 
complètent la collection des 160,000 volumes ; mais j'ai pensé que cette Notice, 
tout incomplète qu'elle est, donnerait une idée suffisante de l'étendue de 
la littérature chinoise, et des ressources et matériaux de tout genre qu'elle 
offre aux personnes qui la cultivent en Europe. 


xvur AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR. 


du système que j'ai suivi et de la fidélité rigoureuse que je me 
suis imposée. 

Si la traduction de cet ouvrage eût été exécutée à Péking, par 
quelque missionnaire entouré de secours de tous genres, et aidé 
des lumières des Chinois lettrés, qu'aucune difficulté ne saurait 
jamais arrêter, elle serait aussi irréprochable, aussi parfaite que 
celle d'un ouvrage anglais rédigée à Londres, avec l'assistance 
des hommes les plus éclairés de la Grande-Bretagne. 

La position d'un sinologue en Europe est loin detre aussi 
avantageuse que celle de ces anciens missionnaires de Péking, à 
qui nous devons de si utiles travaux. Il faut qu'il lutte à chaque 
instant, et presque sans secours, contre les difficultés de la plus 
vaste et de la plus compliquée de toutes les langues. Les obstacles 
se multiplient à l'infini, si le texte qu'il traduit est rempli de 
termes et de détails techniques, et si les difficultés d’un sujet qui 
lui est étranger viennent se joindre aux difficultés de la langue. 

Telles sont les difficultés que j'ai rencontrées dans le cours 
de ma traduction. 了 ose espérer qu'elles serviront d'excuse aux 
fautes qui ont pu m'échapper, et qu'elles me donneront quel- 
ques titres à l'indulgence des gens du monde et des savants. 


Paris, 15 mars 1837. 


STANISLAS JULIEN. 


NOTE 


可 
SUR 


LA TEMPÉRATURE DE LA CHINE: 


On a pensé qu'il convenait de joindre à cette publication quelques 
renseignements sur la température de la Chine, pour montrer dans 
quelles conditions physiques les Chinois se trouvent placés pour ja 
culture des müriers et l'éducation des vers à soie : tel est l'objet de la 
note suivante, 

La Chine s'étend depuis le 22° jusqu'au 41° degré de latitude 
boréale ; et, d'après cette situation voisine du tropique, la température 
moyenne de cette vaste contrée semblerait devoir être supérieure à 
celle du midi de l'Europe, qui s'arrête au 36° degré de latitude; mais, 
dans son Mémoire sur les lignes isothermes ou sur la distribution de 
la chaleur à la surface du globe (société d'Arcueil , tom. IT), M. de 
Humboldt a montré, d'après un grand nombre d'observations, qu'à 
latitude égale la température moyenne était beaucoup plus élevée en 
Europe et en Afrique qu'en Asie et en Amérique. Ainsi, pour nous 
borner ici à la Chine, les observations des missionnaires et autres 
voyageurs ont fixé la température moyenne de Péking à 12°,7 centi- 


1 Je dois la note qu'on va lire à l'obligeance de M. Édouard Biot, que j'ai 
l'avantage de compter parmi mes élèves. M. le Ministre du commerce ayant 
désiré que je joignisse à ma traduction quelques renseignements sur ja tem- 
pérature de la Chine, il a bien voulu m'offrir le résultat des recherches qu'il 
a faites à ce sujet. Je les ai acceptées avec empressement, convaincu que ses 
connaissances scientifiques lui fournissaient le moyen de donner à ces déter- 
minations toute l'exactitude que les observations recueillies par les voyageurs 


permettaient d'obtenir. 


xx TEMPÉRATURE 


grades; celle de Nangasaki, au Japon, à 16°; celle de Macuo, à 23°,3; 
celle de Canton, à 22°9; et, si l'on cherche les villes d'Europe et 
d'Afrique dont la température est analogue à celle de ces quatre villes, 
on aura le tableau suivant : 5 


Asie. Latitude. Température Europe et Afrique. Latitude. Température 

moyeune. open 

Paris. 48° 50° —+10°, 6 

Péking. 39° 54" -12%7 À Lyon. 45° 4o° +130, 2 
Montyellier. 1395600 1508 

Toulon. 43° 7: +a5°,8 

Nangasaki. 32° 45° +16°,0 { Rome. ‘| 410 53 EEE 
Naples. ko° 50 +17°,4 

Canton. 230 8° +229 Alger. 36° 58° +210, 1 
Macao. 22012" +23°o Caire. 300 2° +220, 4 


De cette comparaison, on peut conclure que la température moyenne 
de Péking et du nord de la Chine est sensiblement égale à celle de 
Lyon, et plus élevée que celle de Paris de 2° seulement. Les pro- 
vinces centrales de la Chine entre le fleuve Jaune et le Kiang, étant si- 
tuées sous des latitudes peu différentes de celle de Nangasaki, leur 
température moyenne doit être de 15 à 16 degrés ou environ, celle de 
notre Provence. La température moyenne de Macao et de Canton est 
plus élevée de 2° seulement que celle d'Alger, dont la position 
géographique est plus boréale de 15°. Elle se rapproche de celle du 
Caire, qui est situé par 30° de latitude, et qui se trouve encore plus 
boréal de 7 à 8° que les deux villes chinoises. 

Mais 1 faut observer, avec M. de Humboldt, que la température 
de l'hiver et celle de l’été paraissent différer beaucoup plus en Asie 
et en Amérique qu'en Europe et en Afrique. Ainsi, à Péking, d'après 
Amyot qui y observa pendant six années, la température moyenne du 
mois le plus chaud est + 29°,1 ; l'été est semblable à celui de Naples, 
tandis que la température moyenne du mois le plus froid est — 4°, et 
le thermomètre y reste pendant trois mois au-dessous de zéro, comme 
à Copenhague, plus boréal que Péking de 15° en latitude. D'après 
les Hollandais, à Nangasaki, par 32° de latitude, la température 
du mois le plus chaud est + 30°,5,, comme au Caire, situé par 50°; 


DE LA CHINE. ER 


et la température du mois le plus froid est de 5 à 8 degrés au-dessus 
de zéro ; quelquefois le thermomètre descend jusqu'à — 3°, résultats 
qui correspondent aux hivers de Marseille, située par 45° de latitude. À 
Macao, par 22° de latitude, La Pérouse a trouvé + 1 5°, pour la tempé- 
rature moyenne de janvier, ce qui s’observe également à Alger, bien 
plus boréal que Macao ; et, la température moyenne de la ville chinoise 
étant supérieure de 2° à celle d'Alger, l'été doit y être sensiblement 
plus chaud. 

Les observations récentes confirment ces variations entre les tem- 
pératures de l'été et de l'hiver à la Chine. Ainsi, en 1816, pendant 
le retour de l'ambassade de lord Amherst, une série d'observations 
thermométriques faites au mois de septembre entre les 38° et 35° de- 
grés de latitude, donne 23°,58 pour la température moyenne de ce 
mois, ce qui se remarque également dans notre Provence. En 1820, 
Timkowski, dans la Mongolie, par ho à 45 degrés de latitude , voyait, 
aux mois d'octobre et de novembre, le thermomètre descendre à 10 et 
15 degrés au-dessous de zéro. Un missionnaire français établi en 1833 
dans la Tartarie orientale, à Si-wang, par 41°39' delatitude, rapporte des 
différences extraordinaires entre les températures de l'été et de l'hiver. 
Suivant lui , le thermomètre s'élève jusqu'à 37°,5 centigrades en été, et 
descend jusqu'à 37°,5 au-dessous de zéro en hiver. « Pendant cette der- 
«nière saison , l'esprit-de-vin seul restait liquide, et, lorsqu'on touchait 
«un metal avec les mains moites, l'épiderme des doigts y demeurait 
“attaché. ‘» Enfin un renseignement utile, sur la température des 
provinces centrales, nous est fourni par un missionnaire qui a vécu 
dix ans en Chiné, et qui fixe au 30° degré de latitude la limite de la 
culture des orangers, tandis que nous avons des orangers, en Pro- 
vence, par 43°. 

D'après les données fournies par les textes originaux sur les pro- 
ductions des diverses provinces de la Chine, et d’après les rapports 
des missionnaires, la majeure partie de la soie esl produite dans les 
provinces centrales de la Chine situées du 25° au 35° degré de latitude ; 
etil est bien établi par les observations précédentes que la température 
moyenne de ces provinces centrales diffère peu de celle de notre Pro- 


! Annales de la Propagation de la foi, n° x£ et 1. 


xxII TEMPÉRATURE DE LA CHINE. 


vence : les hivers y sont un peu moins doux, et les étés y sont plus 
chauds. 

Les citations consignées au commencement de la présente tra- 
duction indiquent que l'industrie de la soie s’est étendue, dès l’anti- 
quité, dans les provinces du nord de la Chine, et on peut présumer 
qu'elle n’y est point entièrement abandonnée aujourd'hui. Ces provinces 
sont, comme nous l'avons vu, soumises à des alternatives singulières 
de froid et de chaud; mais l'éducation des vers à soie commence en 
avril, et, à cette époque de l’année, l'air est déjà assez échauflé pour 
permettre de les élever dans toute la Chine. Leur développement peut 
encore être aidé par le chauffage artificiel décrit dans l'ouvrage. Le 
froid des hivers, dans ces mêmes provinces, semble bien rigoureux 
pour que les müriers ne gelent pas; mais nous ne connaissons pas 
toutes les espèces de muüriers que peuvent avoir les Chinois. Lorsqu'on 
les aura reçues par les soins de M. Louis Hébert, que le Gouverne- 
ment a envoyé l'an passé en Chine, il est permis d'espérer qu'elles 
réussiront en France, et qu'elles pourront résister aux froids de nos 
climats. 


SPÉCIMEN DU TEXTE CHINOIS 


ACCOMPAGNÉ D'UNE VERSION LITTÉRALE :. 


Les Chinois n’ont point de caractères mobiles ; ils impriment avec 
des planches en bois , gravées en relief, qui servent comme des planches 
stéréotypes. La finesse du papier les empêchant d'imprimer des deux 
côtés, les titres courants se plient en deux parties égales, et pour les 
lire on est souvent obligé de dédoubler le feuillet. Les livres chinois 
commencent où les nôtres finissent, et les lignes sont rangées en co- 
lonnes verticales qui partent du sommet et vont de droite à gauche. 
Afin qu'on puisse saisir, au premier coup d'œil, cette disposition par- 
ticulière de l'écriture chinoise, j'ai numéroté les lignes des deux 
pages depuis la 1° jusqu'à la 16°, et les mots depuis 1 jusqu à 255. 
- Un large zéro indique le commencement du Spécimen, qui répond à la 
page 118, ligne 23, de la traduction française. 

Le grand titre, Kin-ting-cheou-chi-thong-khao, qui se trouve plié en 
deux au bord de la marge, signifie : Examen général de l'Agriculture, 
rédigé par ordre de l'empereur (mot à mot : respectueusement fixé, 
arrêté ). 

Les quatre mots de la ligne 9 ( Nong-sse-pi-yong , c'est-à-dire lettré, 
laboureur, nécessairement, employer) forment un titre d'ouvrage qui 
peut se traduire par : Recueil des connaissances indispensables aux 
lettrés et aux cultivateurs. 

Les lecteurs seront sans doute frappés de la nature elliptique de la 
langue chinoise, dont les mots , qui sont tous monosyllabiques, n'ont 
aucune terminaison qui indique les genres, les cas et les nombres 
des substantifs, les voix, les temps et les personnes des verbes; mais 
cette absence complète de désinences grammaticales est une des 
moindres difficultés de la langue chinoise. 


On ne doit pas couper le feuillet double du texte, ni celui de la traduction 
mot à mot, qui sont imprimés et pliés à la manière chinoise. 


SA * fu à ee 


te sis FO. hi. à; ;村 


Phi. UN 
A the QUES HET A AUS he d'a Ni dial 


Ho] , LA 1e ki , | 
IQ c9û DD AE DOUÉ EYE COM Fat ii #7 ' “2 


二 这 村 人 和 3 RE HERO TE NE à RUE" PA 
18 Ÿ IGN Î jo wa COS 四 RATES id Pret) 了 ste sin à sue 


Lu 


À 


sait nas 2 人 Eu à ‘ FEU DERATT A 


\ M: é TS + 4 FE ÿ 07 
《二 和 有 有 *: F4, ARE AE 45 


’ 


MN el QT v NOR À 10 APT V? 


| £ à  ? AT ARE A FAR PTE +. Sue k yat 
Font (4 TER | F0 | 21} A9 We, RE LE FU 116 RATE) CPORE MÉDANe Le 

2 Ê « ñ ‘ + CES d 

é à n ANNE" 1} ’ ! 
AE : ASTON AS RON TONE COR Et Ha SO ROM L. MIT 


ce vut r } | 


WE ENS AE QUE: 本, O0 MARQUE 


| 


=] 


EYE 
SET SE A ÈE SE 


由 
四 
A 
Le 
第 | 
日 
饲 入 
Æ 
un 
Fi 
EL AR 
A 加 


HS INENSS 


第 
H 
fi 
4 
人 
多 


FRE 
o 


PE) FE 
& 


TR 


FRA SRE LR 
= 


a 
à is 


224 
quatre 


240/ème 


troisième. 


225 
dix 


241 
trois 


226 


242 jour 
huit 


227 repas 


245 nourrir 


244 
parvenir 


228|ème 


229 


deux 


245 
deux 


246 dix 250 jour 


247 environ 


248 repas 252 
parvenir 
233 


trois 


249 
en outre 
一 
De) 
234 


250 un peu 
2 dix 


251 ajouter| 255 repas 


252 épais |256 feuille 
255 falloir 


257 un peu 


254 


extrême 


238 ajouter 


255 chaud | 239 epais 


231 nourrir | 215/ème 


216 un, 


218 nourrir 


revenir 


222 pouvoir 


208 


nécessaire 


209 
de suite 


195 
modique 


210 couper 194 suc 


195 pas 


196 
pouvoir 


215 tamis 
(tamiser) 


197 
longtemps 


214 parti- 198 


cule finale 


199 petit 


200 


moment 


217 jour 201 de 


202 dans 
l'intervalle 


203 
aussitôt 


220 204 


devenir 


un jour et une nuit. 


221 
temps 


205 sec 


206 tari 


223 
parvenir 


207 cause 


se conserver! 


51 an peu 


tremper 


5 produire 


54 germe 


| 55 exposer 
au soleil 
96 sécher 
57 moudre 
58 faire 
59 fin 


60 farine 


1 dernière 


62 lune 


63 que 


32 
répandre 


33 
ver à soie 


54 


nécessaire 


35 mutuel- 
lement 


36 
être éloigne 
37 un 
58 doigt 
39 


répandre 


40 


ver à soie 


A1 un 


42 seul 


45 prendre 


44 dernière 


45 lane 


16 que 


47 réserver 


16 s'élever 


17 prendre 


18 porte 


19 fenêtre 


20 store 


21 


paillasson 


22 lâcher 


23 en bas 


25 moment 


26 pas 


27 falloir 


28 porter 


29 detacher 


30 claie 


51 sur 


O 


1 grand 
2 dormir 
3 se lever 
& chaleur 


interne 


5 falloir 


6 cons- 
tamment 


7 expulser 


8 ver à soie 


10 cons- 
tamment 


11 nourrir 


12 
par hasard 
15 droit 


14 sud 


15 vent 


16 


240fme 


troisième. 


241 
trois 


242 jour 


245 nourrir 


244 
parvenir 


245 
deux 


vingt. 


246 dix 


247 environ 


248 repas 


249 


an ontre 


250 un peu 


251 sjouter 


252 épais 


255 falloir 


254 


txtréme 


255 chaud 


15 14 
224 208 
quatre nécassaire 
225 (| 209 
dix )? | de suite 
226 210 couper 
huit 
227 repos | 21e 
228jüme 212 cons 
, | umment 
= 
È 
8 
220 À | 215 umis 
deux 】 (miser) 
250 jour | 21û parti- 


cule finale 


291 nourrir | 215/bme 
Ë 
252 216 un) # 
parvenir 
255 217 jour 
trois 
所 
8 
254 218 nourrir 
dix 
255 repas [219 un 
5 
ê 
256 feuille | 220 | 5 
revenir / # 
网 
257 unpoul 221 |5 
temps 


258 ajouter [222 pouvoir 


225 


250 épais 
parvenir 


192 de 


195 
modique 


194 suc 


195 pas 


196 
pouvoir 


197 
longtemps 


198 


se conserver 


199 petit 


200 
moment 


201 de 


202 dans 
l'intervalle 


206 tari 


207 cause 


12 


176 alors 


177 couvrir 


175 


ver à soie 


170 pas 


180 tamis 


181 slors 


182 pas 


185 égal 


184 pas 


185 égal 


186 olors 


187 partiel 


188 manger 


189 mais 


100 feuille 


il 


100 cels 


161 écarté 


162 tamis 


165 pour 


164 mince 


165 


répandre 


106 cela 


167 pas 


168 


tranchant 


169 lame 


170 slors 


171 


je pas avoir 


1ûû feuille 


145 nuit 


146 arroser! 


147 alors 


ls 
beaucoup 


149 suc 


150 
de suite 


151 


cueillir 


152 alors 


155 pas 


150 
se sécher 


155 


tranchant 


172 sue 


175 pas 


174 menu 


156 lame 


157 pour 


158 menu 


191 débris [175 couper [159 couper 


96 peu 


115prendre| 97 partir 


11à poudre|98 automne]82 dissiper 


9 TITRE gounant. à 
128 respecter 112 
lettré ‘à humide 
190 Je fixer 
Jabou- | £ avec la main 

H 
SE 党 donner E 
150né{ 2| “ E] 
cessai- | 三 È 
rement temps E 
151 em. 115 
ployer bn répandre 
152 nourrir 116 égal 
examen 
155 fourmi 117 
cestidire suppléer 
ver à soie 
aaissant | 一 一 一 一 一 
154 de 118 
Tu manquer 
135 119 nourrir 
manière | 
10175 
156 falloir 下 120 
ver à soie 
137 nuit - 121 
ane | en outre 
158 arroser MMire lag ones à 
= 
À 
= 
159 son 125 kiu) := 
140 marier 12 aussi 
Mimen- 
ter 

ll nourrir] 125 
de suite pouvoir 
142 eueillir| (page) 126 

5 suppléer 
145 son 


passer 


99 que 


100 
recueillir 


101 
mürier 


102 
fouille 


105 
de nouveau 


104 piler 


105 faire 


106 
poudre 


107 eau 


108 
humeeter 


109 


nouveau 


110 feuille 


80 égal 


81 nourrir 


85 
ver à soie 


84 chaud 
chaleur 
85 poison 
86 soie 
87 
besucoup 
88 facile 


890 dévider 


90 ferme 


Gù réserver 


65 blanc 


66 riz 


67 exposer 


ln vapeur 


68 cuire 


69 faire 


70 farine 


71 aussi 


72 pouvoir 


75 (ème 


74 
quatre 


quatrième. 


91 fort 
et souple 


92 avoir 


75 repas 


16 
recueillir 


45 lo 


pois Verte, 


49 leou 


50 eu 


51 un peu 


52 tremper 


55 produire 


54 gorme 


55 exposer 


au soleil 


56 sécher 


57 moudre 


58 faire 


59 Gin 


60 farine 


95 couleur | 77 manger | 61 dernière 


(éclat) 


9 si 


111 un peu] 95 fouillo 


18 
répandre 


79 fouille 


62 lune 


65 que 


5 2 1 
52 16 s'élever 
répandre (0) 
55 [17 prendre] 1 grani 
ver à soie 
EN 18 porte | 2 dormi 
nécessaire 
55 mutuel-| 19 fenétro | 3 se leve 
lement 
56 20 store | à chaleu 
être éloigne interne 
37 un 21 5 falloir 
Pailasson 
58 doigt | 22 lâcher | 6 cons- 
lummen 
59 25 en bas | 7 expube 
répandre 
40 24 ce 8 ver à s0 
ver à soie 
âl un 25 moment] 9 falloir 
42 seul 26 pas | 10 cons- 
Limment 
45 prendre | 27 falloir | 11 nourri 
4à dernière! 28 porter 12 
par hasar 
A5 lune |29 détacher] 13 droit 
que | SOchie | Zà sud 
47 réserver] 51 sur 15 vent 


CULTURE 


DES MURIERS. 


CULTURE 
DES MURIERS. 


OBSERVATIONS GÉNÉRALES. 


Tchin-iu, étant gouverneur de l'arrondissement de 
Kien-té , ordonna que chaque homme du peuple plantât 
quinze pieds de müriers. (Annales de la dynastie des 


Liang; Biographie de Tchin-u.) 


L'empereur donna à chaque homme vingt arpents 
de terre, à la condition de planter cinquante pieds 
de müriers. (Annales de la dynastie des Weï; Mémoires 
sur les Vivres et le Commerce.) 


Quand les travaux de l'agriculture sont terminés, ou 
dans les jours où la pluie ne permet pas de travailler 


1. 


上 CULTURE DES MURIERS. 


aux champs, 1l faut enseigner aux hommes tout ce qui 
est relatif à la culture des müriers. (Annales de la Chine 
septentrionale, Biographie de Sou-tcho.) 


L'empereur Hien-tsong (qui monta sur le trône l’an 
806 ) ordonna que tous les habitants des campagnes 
plantassent deux pieds de müriers dans chaque arpent 
de terre. { Annales de la dynastie des T'hang, Vie de 
l'empereur Hien-tsonq.) 


Le premier empereur de la dynastie des Song (qui 
commença à régner l'an 960 ) rendit un décret pour 
empêcher d’abattre les müriers et les jujubiers. ( Les 
feuilles de cet arbre peuvent servir à nourrir les vers 


à soie. ) ( Histoire de la dynastie des Song.) 


Un décret impérial portait : 

Si, parmi le peuple, il se trouve des hommes qui 
défrichent des terres incultes , et plantent une grande 
quantité de müriers , on n'exigera d'eux que l'ancienne 
taxe. (Extrait du même ouvrage.) 


CULTURE DES MURIERS. 5 


DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE MURIERS. 


1° Les petits müriers {les müriers nains ), qui ont 
de longues branches, s'appellent niu-sang (müriers des 
femmes) et 1-sang. (Dictionnaire Eul-ya.) 


2° Le yen-sang ou chan-sang est le mürier sauvage, 


le mürier de montagne. {Même ouvrage.) 


3° Le fseu-sang ou mürier à graines; son fruit pousse 
avant ses feuilles. { Encyclopédie japonaise, Liv. LXXXIV, 


fol. 1.) 


4° Le mürier appelé khi-sang ( c'est-à-dire, mürier 
des poules); ses feuilles sont veinées de rouge; elles 
ont peu d'épaisseur. Les vers à soie qui s'en nourrissent 
donnent un cocon mince qui fournit peu de soie. 
( Tchong-chou-chou.) 


5° Le mürier blanc. Il donne des feuilles épaisses 
qui sont larges comme la main. Les cocons des vers 
qui s'en nourrissent renferment une soie forte et abon- 
dante. Cette feuille fournit deux fois plus de soie que 
celle des müriers ordinaires. ( Jbidem. ) 


6° Le mürier dont les feuilles sont plissées et cou- 
vertes d'une pellicule jaune s'appelle kin-sang ou mü- 
rier doré. Tous les vers à soie ne peuvent se nourrir 
de ses feuilles , dont la couleur annonce que l'arbre ne 
tardera pas à se dessécher et à périr. ( Jbidem.) 

Il y a des müriers qui ne produisent pas de fruits; 


6 CULTURE DES MURIERS. 


on les appelle vulgairement nan-sang ou müriers mâles. 


(Encyclopédie japonaise. ) 


Les müriers dont le fruit pousse avant la feuille 
donnent nécessairement très-peu de feuilles. ( T'chong- 
chou-chou. ) 


Pour semer des müriers, on prend des fruits du 
mürier noir de Lou. Les müriers jaunes du pays de 
Lou ne peuvent se conserver longtemps. ( Thsi-min-yao- 
chou.) 


Les müriers du pays de Khing (ancien nom de la 
province de Hou-kouang) et du pays de Lou peuvent se 
planter dans les plaines unies où la terre est grasse et 
argileuse, aussi bien que dans les terres légères. Si 
un terrain touche à une montagne ou à une colline, 
et qu'il soit dur et mêlé de veines rouges, 1l ne convient 
qu'aux müriers du pays de Khing. (Nong-sang-yao-tchi. 


Les différentes espèces de müriers sont fort nom- 
breuses ; nous ne pouvons les décrire toutes. 


CULTURE DES MURIERS. 7 

Les plus estimés sont ceux du pays de Lou et du 
pays de Khing. Les müriers de Khing donnent une 
grande quantité de fruits, mais ceux de Lou n’en 
donnent que fort peu. Ceux dont les feuilles sont 
minces , pointues et partagées en lobes, sont les mü- 
riers du pays de Khing. Ces sortes de müriers ont des 
feuilles fermes et dures. 

Les müriers du pays de Lou ont des feuilles arron- 
dies, épaisses et remplies de suc. 

Les müriers dont les branches et les feuilles sont 
grosses et épaisses sont tous de l'espèce de ceux de 
Lou. 

Les muüriers de Xhing ont des racines solides et le 
cœur plein ; ils peuvent durer fort longtemps. Ce sont 
ceux qu'il faut planter. 

Les müriers de Lou ont des racines peu solides, et 
leur cœur n'est pas plein; ils ne peuvent durer long- 
temps. On en fait des müriers appelés ti-sang (des 
müûriers nains); mais les müriers de Khing n’ont ni 
autant de branches nl autant de feuilles que ceux de 
Lou. 1 faut y grefler des branches de müûriers de Lou; 
ils peuvent alors vivre fort longtemps et donner une 
grande abondance de feuilles. 

Si l’on emploie les müriers de Lou pour obtenir 
l'espèce de müriers appelés #i-sang (müriers nains), 
et qu'on les reproduise par marcottes, ils se perpétue- 
ront sans interruption et dureront un temps infini. 

Les vers à soie qu'on nourrit avec les feuilles du 


8 CULTURE DES MURIERS. 
mürier de Khing donnent une soie ferme et forte ; elle 
est propre à faire du cha et du lo-cha (espèces de gaze 
et de crèpe qui ont du corps). 

Les feuilles du marier de Lou conviennent à la nour- 
riture des vers qui sont déjà grands ; celles du mürier 
de Khing conviennent aux vers qui sont encore petits. 


(Nong-sang-thong-kioué.) 


L'ouvrage intitulé Thsi-min-yao-chou indique la ma- 
nière d'obtenir la meilleure graine de müres noires. 

On retranche avec des ciseaux les deux bouts de la 
müre, et l’on prend seulement la partie du milieu. 
Les graines des deux extrémités sont comparativement 
plus petites que les autres, et, si on les sème, elles 
produisent des müriers chétifs appelés khi-sang (mü- 
riers des poules) et hoa-sang (müriers à fleurs). 


La partie intermédiaire de la müre donne des graines 
plus dures et plus grosses. Les müriers qui en pro- 
viennent ont les branches plus fermes et plus fortes, 
et ils donnent des feuilles épaisses et nourrissantes. 


( Nong-sang-thong-khioué..) 


Les müriers appelés Hi-sang (| les müriers nains ) 
doivent être plantés dans un jardin voisin d’un puits. 


CULTURE DES MURIERS. 9 
S'il pousse des herbes autour du pied, on retourne la 
terre avec la bèche. Lorsqu'il ne pleut pas, on arrose. 
Quand les vers à soie sont nés, on doit arroser trois 
fois par jour; les feuilles croîtront promptement. 
Parmi les différentes espèces de müriers, il y en a 
qui poussent de bonne heure et d’autres qui poussent 
tard. C'est parmi les müriers précoces qu'on doit choisir 
ceux dont on veut faire des müriers appelés #i-sang ou 
müriers nains. (Vong-tching-tsiouen-chou. ) 


On lit dans l'ouvrage intitulé Tchong-hoa-min : y 
a deux espèces de müriers : l’une donne des fruits dont 
on sème la graine; elle pousse dans le premier ou 
le second mois {février ou mars). 

Voici comment on multiplie l'autre espèce. On 
abaisse jusqu'à terre une branche souple, et on la 
maintient dans cette position avec une motte de terre 
glaise. Chaque œil donne naissance à une branche. 
Quand ce mürier a atteint la hauteur de deux ou trois 
pieds, ses racines sont déjà formées. On coupe la 
branche mère à laquelle il tient , et on le transplante 
dans un autre endroit. Il devient bientôt un arbre. 


{Même ouvrage. 】 


On lit dans le Mémoire de Hoang-sing-tseng, imti- 
tule Considerations générales sur la culture des müriers : 


10 CULTURE DES MURIERS. 

I y a des müûriers appelés #i-sang (müriers nains); 
ils viennent de Nan-tsin. I y a des müriers appe- 
lés thiao-sang, ou müriers provenant de branches; on 
les apporte des plaines voismes de Hang-tcheou-fou, 
dans la province de Tché-kiang. On les vend dans 
les dix premiers jours du premier mois de l’année 
(février ). 

Le marché est situé à Pé-sin, près du pont appelé 
Kiang-tchang-kiao. Les marchands viennent au lever du 
soleil, et étalent leurs plants de müriers à droite et à 
gauche du pont; à midi ils se retirent. 


OBSERVATIONS A SUIVRE POUR CHOISIR DES PLANTS 
DE MURIERS. 


Les müriers dont l'écorce est ridée donnent con- 
stamment des feuilles petites et minces; ceux dont 
l'écorce est blanche, dont les nœuds sont écartés, 
et qui ont de gros bourgeons, sont les müriers à 
feuilles de chi (diospyros); ils donnent toujours des 
feuilles larges et épaisses. Les cocons des vers qui 
s'en nourrissent sont fermes et fournissent beaucoup 
de soie. 

Les müriers qui sont blancs et élevés réussissent 
bien sur le penchant des collines, dans l'angle d'un 
mur ou le long d’une haie. 

Les mûriers qui sont peu élevés, et dont la peau 
est noire, doivent être plantés dans un terrain hu- 


mide. ( Même ouvrage.) 


CULTURE DES MURIERS. 11 

Les müriers à peau noire, qui ne donnent point de 
graine, et dont les feuilles ne sont pas trop épaisses , 
conviennent à la nourriture des vers à soie nais- 


La 


sants. (Même ouvrage.) 


Les müriers du pays de Wang-haï se multiplient de 

la même manière que ceux dont la peau est blanche. 

Le mürier appelé thsé-teng-sang (ou mürier à branches 
roses) devient fort et élevé. 

Le mürier blanc ou à peau blanche donne peu de 
graines, on le multiplie par marcottes. Si l'on a des 
grames, on peut les semer, mais il faut que ce soit 
dans un endroit où le soleil ne donne pas. On aura des 
cocons lourds et bien fournis, qui donneront deux fois 
plus de soie que les cocons ordinaires. ( Meme ou- 


vrage.) 


PLANTATION DES MURIERS. 


Dans le cinquième mois (en juin), on prend des 
mûres et on les met dans l'eau. On écrase la pulpe 
avec les mains et on la lave à plusieurs reprises. 
Quand on a séparé la graine, on la fait sécher à l'ombre. 

On prépare par le labour dix arpents de terre fer- 
tile, ou, ce qui vaut mieux, des terres imcultes qui 
n'ont point été cultivées depuis longtemps. On sème, 
dans chaque arpent, trois ching, (espèce de mesure) de 
graines de millet et de mures mêlées ensemble. Le 


\ 


12 CULTURE DES MURIERS. 
muillet et les müriers doivent naître en même temps. 
On bêche et l’on fait en sorte que les müriers se trou- 
vent à une distance convenable les uns des autres. 
Quand le millet est mür, on le moissonne. En pous- 
sant, les müriers atteignent une hauteur égale à celle 
dumillet: on les coupe rez terre avec une faucille ou une 
serpe bien tranchante; on les laisse sécher au soleil, et, 
lorsqu'il fait un bon vent, on y met le feu. Pour cela 1l 
faut toujours choisir le moment où le vent souffle en 
sens contraire. 
Les müriers pousseront au printemps suivant. Un 
arpent peut donner assez de feuilles pour nourrir les 
vers à soie de trois claies. { Khi-ching-tchi-chou.) 


Lorsque les fruits des müriers et des arbres appelés 
tché sont parvenus à leur maturité, on recueille les 
fruits noirs du mürier de Lou: le même jour on les 
lave dans l’eau, et on en sépare la graine. On la fait 
sécher au soleil et on la sème dans des carrés de terre 
que l’on bêche et que l’on arrose, comme pour la cul- 
ture de la plante appelée koueï (la mauve). On doit 
sarcler constamment pour purger la terre des mau- 
vaises herbes. L'année suivante, dans le premier mois 
(février }, on enlève les müriers et on les transplante, 
en laissant entre chaque pourrette une distance de 
quatre à cinq pieds. Cette opération peut se faire éga- 
lement dans le second et dans le troisième mois du 


CULTURE DES MURIERS. 15 
printemps. I ne faut pas labourer la terre. En général, 
l'insuccès des plants de müriers n’a pas d'autre cause 
que le labour; le fer de la charrue blesse et coupe les 
racines. Il faut semer épais, parce que, quelque soin 
que l'on apporte à la culture, il y a souvent un bon 
nombre de müriers qui meurent. Les müriers vien- 
nent lentement par semis. Pour qu'ils poussent rapide- 
ment, 1l faut employer des boutures de müriers noirs. 
Les personnes qui n'ont point de plants de müriers 
sont obligées de semer de la graine. 

On bèche constamment au bas des müriers, et l'on 
y sème des lo-teou (dolichos) et des siao-teou (phaseo- 
lus radiatus). Deux ans après avoir planté des müriers, 
il faut se garder de cueillir des feuilles, parce que les 
müriers qui ont ete efleuillés étant jeunes croissent 
deux fois plus lentement que les autres. 

Quand les müriers sont gros comme le bras, on les 
transplante dans le second mois, en laissant entre eux 
la distance d'environ dix pas. 

Il ne faut pas que les arbres d’une ligne correspon- 
dent à ceux d’une autre ligne, autrement ls nuiraient 
aux lo-teou { dolichos) et aux siao-teou ( phaseolus radia- 
tus). Ajoutons que si les müriers étaient plantés en 
lignes régulières, en face les uns des autres, ils gene- 
raient le mouvement de la charrue. 

Voici l'époque où il convient de prendre des mar- 
coties. Dans le premier ou dans le second mois, on 
abaisse les branches et on les fixe à terre à l'aide de 


14 : CULTURE DES MURIERS. 

crochets. Quand ces branches ont poussé des reje- 
tons hauts de quelques pouces, on les entoure de 
terre sèche et bien pressée. Si la terre était humide, 
elle ferait pourrir les jeunes pousses. Dans le premier 
mois de l’année suivante (en février), on coupe les 
branches mères et l’on transplante les marcottes. (Thsi- 
min-yao-chou.) 


Toutes les fois qu'on laboure un champ de müriers, 
il ne faut pas que ce soit près des arbres; on blesserait 
les müriers et l'on pourrait briser la charrue. Dans les 
endroits où la charrue n’a pas passé, on relève la terre 
avec la bêche, on coupe les racines errantes à la sur- 
face du sol, et l'on fume la terre avec de la fiente de 
ver à sole. 

D'abord on sème la graine, ensuite on plante les 
pourrettes; la troisième opération consiste à ranger les 
müûriers dans la pépinière. ( Même ouvrage. ) 

Le douzième mois (janvier) est le plus convenable 
pour la taille des müriers. Le premier mois (février) 
est moins convenable; le second mois l’est moins en- 
core. En général, lorsqu'on a beaucoup de muüriers , 
il faut tailler largement; lorsqu'on à peu de müriers, 
il faut tailler avec beaucoup de ménagement. 

Pour semer des müriers, on prend des graines de 
mûres, on les lave avec soin et on les fait sécher au 


L 


CULTURE DES MURIERS. 15 
soleil; puis on les sème dans une terre bien labourée. 
(Tchong-chou-chou.) 

Au lieu de semer de la graine pour obtenir des 
müriers, nous conseillons de coucher des branches 
en terre, et de transplanter les marcottes lorsqu'elles 
ont pris racine. 

Voici comment l'on plante les müriers dans la pro- 
vince de Tche-kiang. On coupe les feuilles d’une 
branche et on la plante en terre; cette opération s’ap- 
pelle kia-sang. Ensuite on recouvre la tête (lextré- 
mite supérieure de la bouture) avec une coquille, de 
peur que la pluie du troisième mois n'endommage 
l'écorce. Après la seconde année, ces boutures sont 
fortes et vigoureuses. 

Au milieu du jour (vers midi), il ne faut pas bêcher 
les pépinières de müriers. ( Tchong-chou-chou.) 


Lorsque le temps de semer est arrivé, on mêle les 
graines avec de la cendre de branches de müriers, et 
on les fait tremper afin de les amollir. Le lendemain 
on lave les graines avec soin, et l'on rejette celles qui 
surnagent. 

On fait sécher au soleil les graines pleines, jusqu'à 
ce que l’eau qui les a pénétrées soit entièrement 
évaporée. On les sème ensuite, et elles ne manquent 
Jamais de pousser rapidement. {Vong-sang-thong-kioué.) 


16 CULTURE DES MURIERS. 

On lit ce qui suit dans l'ouvrage intitulé Ssé-nong- 
Pi-yong : | 

Pour semer des müriers, on doit employer de la 
graine nouvelle. Il ne faut point semer de la graine 
ancienne, parce qu'elle est en grande partie stérile. 
La méthode la plus avantageuse est de la semer dans 
un carré bien ombragé ou recouvert d’une espèce de 
petit toit en forme de tente. L'ombre du chanvre est 
moins favorable à la graine , celle que donne le millet 
l’est bien moins encore. 

On laissera cinq ou sept pouces de distance entre 
chaque pied de mürier , et l'on arrosera fréquemment 
jusqu'à ce qu'ils aient atteint trois pieds de hauteur; 
alors on coupe le chanvre. 

Dans le dixième mois (novembre), on les coupe rez 
terre, et l’on répand par-dessus des herbes sèches 
auxquelles on met le feu. Il ne faut pas que le feu soit 
trop fort, autrement 1l pourrait endommager les ra- 
cines. 

On recouvre la place avec des herbes réduites en 
fumier jusqu'au printemps suivant; ensuite, avec un 
râteau, on enlève les herbes réduites en fumier, et 
lon arrose. De chaque pourrette il sortira plusieurs 
jets; on conservera les plus vigoureux et l'on cou- 
pera les autres. 

Quand les müriers sont pourvus de bonnes racines, 
ils n’ont plus besoin d'ombre; il faut les arroser fré- 


quemment. 


CULTURE DES MURIERS. 17 

À l'automne, les müriers de Lou pourront avoir de 
cinq à sept pieds, et ceux de Khing de trois à quatre 
pieds. 

On peut transplanter les müriers de Lou et en faire 
des müriers nains. Les müriers de Khing peuvent être 
plantés et élevés dans un jardin. 

Pour réussir dans la culture des müriers nains, il 
faut les gouverner suivänt les règles prescrites et 
prendre garde qu'ils ne se dessèchent. 

Les personnes qui n’ont point de müriers en arbres 
(de grands müriers) se contentent de cultiver des 
müriers nains. Cette espèce de müriers demande deux 
fois moins de travail. Il y a des personnes qui ont des 
müûriers en arbres et des müriers nains. Quand les 
premiers sont en plein rapport, on peut renoncer aux 
autres. | 

IL importe d'arroser trois fois par jour les müriers 
nains, afin qu'ils poussent rapidement. Lorsque les 
vers à soie sont sortis de leur grand sommeil (la 
troisième mue), il arrive quelquefois que les müriers 
en arbres ne peuvent encore donner des feuilles; 
alors on a recours aux müriers nains. De cette ma- 
nière, les vers à soie tardifs arrivent au terme de leur 
vie sans jamais manquer de feuilles. (Ssé-nong-pi- 


yong.) 


[En 


18 CULTURE DES MURIERS. 


MÉTHODE POUR TRANSPLANTER LES MURIERS NAINS. 


Dans un jardin entouré de murs, on choisit une 
pièce de terre bien cultivée par la charrue ou la bêche, 
et, dans un carré de terre de cinq pieds, on creuse une 
fosse ayant deux pieds de largeur sur chaque côté et 
deux pieds de profondeur. 

Dans un arpent de terre, on pourra planter deux 
cent cinquante pourrettes. Au fond de la fosse, on 
étendra trois ching (trois dixièmes de boisseau) de 
fumier consommé. Le fumier frais ne convient pas. 
Dans un bon terrain, on n'a besoin que d’une petite 
quantité de fumier; on y mêlera une égale quantité de 
terre; ensuite on y versera un seau d'eau, de manière 
à former une boue molle. On prend une pourrette des 
müriers de Lou, qui sont venus de semis dans des 
carrés de terre. On l’enlève, à l'aide de la bêche, avec 
ses racines: on laisse sept pouces de tige au-dessus du 
pied et l’on coupe le reste; puis on brüle endroit de 
la coupure avec un fer chaud. 

Dans chaque fosse, on plante une pourrette au mi- 
lieu de la boue molle, et on la fait entrer jusqu’au fond 
de la cavité (si l’on veut obtenir un prompt résultat, on 
en plante deux). On la soulève légèrement quatre ou 
cinq fois, afin que les racines et les chevelus prennent 
une bonne direction. On met le haut de la tige de 
niveau avec le sol; on l'entoure dé tous côtés avec de 


CULTURE DES MURIERS. 19 
la terre bien consommée {ou chaude), de manière à 
remplir entièrement la fosse. 

Le lendemain, on bat la terre pour la rendre plus 
compacte, et on la tasse jusqu'à ce qu'elle descende à 
la moitié de la fosse. La terre qui est au bas de ces 
racines est naturellement compacte; sans cela, les ra- 
cines ne tiendraient pas fortement à la terre, et cet 
inconvénient ferait périr une multitude de müriers. 

On remplit la moitié supérieure de la fosse avec de 
la terre bien consommée (ou chaude); on la bat lé- 
gèrement, afin de l’aplanir et de bien remplir la fosse. 

Il ne faut pas que la terre qui touche à la tige soit 
très-compacte ; autrement les bourgeons auraient de la 
peme à pousser. 

On élève au-dessus de la tige une petite butte en 
terre légère, épaisse de cinq à six pouces. De cette 
manière, 1 se forme tout autour une petite rigole qui 
sert à faire pénétrer dans l'intérieur l’eau de pluie-et 
d'arrosage. Quand les pousses sortent de terre à la hau- 
teur de quatre à cinq pouces, on laisse seulement une 
ou deux branches à chaque plant de mürier. 

Si on les a bêchés et arrosés suivant les règles pres- 
crites, ils croîtront, dans l’espace d’un an, jusqu'à la 
hauteur d'environ cinq pieds. 

L'année suivante, on coupe les branches rez terre, 
et leurs feuilles servent à nourrir les vers à soie. Il faut 
se servir d’une serpe d'acier à dos épais qui tranche la 
branche d’un seul coup. Quand la serpe est émoussée 

Pr 


20 CULTURE DES MURIERS. 

et ne peut trancher la branche d'un seul coup, 1l faut 
parer les irrégularités et rendre la coupure bien unie. 
La pluie nuit à la racine. Il ne faut pas laisser sortir 
hors de terre la tige des müriers nains; elle doit pous- 
ser cachée au milieu de la terre. Geux dont la tige s’é- 
lève hors de terre s'appellent kho-kao, c’est-à-dire hauts 
comme le pied. Les branches qui poussent au-dessus 
de la tige ne sont pas vigoureuses, et, de plus, 1l est 
rare qu’elles ne soient pas endommagées et brisées par 
la pluie et le vent. 

Au-dessous de l’endroit coupé, il sort plusieurs 
pousses autour de la tige. On laissera quatre à cinq 
branches à chaque pied et l'on coupera toutes les autres. 
Chaque année on coupera l'arbre rez terre. Peu à peu 
la racine deviendra forte et vigoureuse; peu à peu on 
laissera un plus grand nombre de branches. 

Quant aux pieds de müriers sauvages du pays de 
Lou, on peut les planter comme les autres; 1ls réus- 
sirontégalement bien; on suivra entièrement les règles 
exposées plus haut. Au bout de trois ans, un mürier 
est en pleine croissance ; au bout de cinq ans, les ra- 
cines s’entrelacent. L’entrelacement des racines nuit à 
sa vigueur. Au printemps, il faut couper les racines qui 
s'entrelacent et mettre du fumier au pied de larbre. 
Dès qu'il a été arrosé et humecté par la pluie, il reprend 
sa croissance et sa vigueur. Lorsqu'ensuite on juge 
que les racines commencent à grossir, on abaisse les 
branches en terre, et l'on obtient, par marcottes, des 


CULTURE DES MURIERS. 91 
plants que l’on transporte dans un autre enclos, et que 
lon cultive ensuite suivant les règles que nous avons 
déjà exposées. 

Trois ans après leur plantation, les nouveaux mü- 
riers poussent avec vigueur. Lorsqu'on coupe les bran- 
ches des müriers pour nourrir les vers à soie, on coupe 
seulement une branche au-dessus du pied de chacun 
des anciens müriers. On la plante, et au bout d'un an 
elle a pris racine ; ensuite on enlève ces plants et on les 
transporte ailleurs pour former des rangées de müriers. 
De cette manière, les müriers pourront se propager à 
Pinfimi. Mais, lorsqu'on coupe des branches de müriers 
de Lou pour nourrir des vers à soie, leur fil a peu de 
force et de souplesse. Il convient de planter, dans une 
proportion convenable, des müriers de Khing; leurs 
feuilles serviront à nourrir les vers à soie après la troi- 
sième mue, lorsque les feuilles des autres müriers 
viendront à manquer. ( Ssé-nong-pi-yonq.) 


DE L'ÉPOQUE FAVORABLE POUR PLANTER. 


On doit avoir égard à la saison et aux propriétés du 
terrain. Les dix jours qui précèdent et suivent l'époque 
appelée Tchun-fen (le 21 mars) et tout le dixième 
mois, sont les époques les plus favorables. Dans les 
dix jours qui précèdent et suivent l’époque appelée 
Tchun-fen (le 21 mars), la vie des arbres commence 


22 CULTURE DES MURIERS. 

à se ranimer : C’est pourquoi 1l convient de planter 
alors les mûriers. C’est ce qu’on fait dans les pays si- 
tués à gauche de Lo-yang, dans une étendue de mille 
li ( cent lieues). Dans les autres contrées, on devra 
se conformer aux saisons. Le mürier est un arbre qui 
croît aisément; ce n’est que dans le onzième mois 
( décembre ) que sa vie végétative est suspendue et 
qu'il cesse de pousser; tous les autres mois de l’année 
conviennent pour cette opération. 

On répandra du chènevis ou du millet clair-semés 
pour donner de l'ombre aux müriers. Chaque année, 
le troisième jour du troisième mois (avril), lorsque 
le temps sera serein ou pluvieux, on pourra juger ceux 
des plants qui seront bons ou mauvais. 


MANIÈRE D'ÉLEVER LES MURIERS, 


Dans un jardin entouré de murs ( ou de haies), on 
choisira un endroit bien cultivé avec la charrue ou la 
houe , et l’on ouvrira une fosse carrée d'environ trois 
pieds de large. On y répandra du fumier liquide, exac- 
tement comme lorsqu'on plante des müriers nains; 
ensuite on prendra un mürier de Khing, pourvu de 
toutes ses branches, dans un des carrés où 1 est venu 
de graine. On l’enlèvera à l’aide de la bêche avec ses 
racines, et on le plantera dans la fosse, suivant la 
méthode exposée plus haut : seulement, après avoir 


CULTURE DES MURIERS. 93 
battu et aplani la terre de la fosse au niveau du sol en- 
vironnant, on élèvera au-dessus de chaque pied une 
butte en terre légère, haute d’un ou deux pieds, et 
tout autour il se formera naturellement une rigole 
circulaire. (S'il ne pleut pas, on doit arroser.) Lorsque 
le tronc du mürier aura atteintla hauteur d’un homme 
d'une taille élevée, on étêtera l'arbre, et alors les 
branches horizontales croîtront plus rapidement. Lais- 
sez-le croître et s'étendre, et gardez-vous de couper les 
nouvelles branches. Dans le printemps il ne convient 
pas de les tailler, car après qu'on les a coupées, pen- 
dant plusieurs années, l'arbre manque de force et de 
santé; mais dans le douzième mois (janvier), ou dans 
le premier mois (février) de l’année suivante, on peut 
les tailler sans inconvénient. 

Si l'arbre a été arrosé et cultivé d’une manière con- 
venable, en automne 1l sera gros et haut comme ces 
chevrons qu'on appelle tchouen. Dans le dixième mois 
(en novembre) ou au printemps de l'année suivante, 
on pourra transplanter les müriers et les ranger dans 
la pépinière. 

Si l’on ne suit pas cette méthode et qu'on élève les 
müûriers dans un jardin , il y a beaucoup de danger à 
les transplanter jeunes, pour les ranger dans la pé- 
pinière, car le vent et la pluie ne manquent jamais 
d'en faire périr un grand nombre. 

Les müriers sauvages des pays de Khing, dont la 
tige n’est pas encore assez forte, peuvent être trans- 


24 CULTURE DES MURIERS. 

plantés avec leurs racines dans un enclos où on les 
cultivera comme ceux dont on vient de parler plus 
haut. 

On doit les cultiver suivant la méthode prescrite 
pour les müriers nains. Lorsqu'ils ont poussé leurs 
rejetons, on laissera la branche la plus vigoureuse et 
l'on coupera les autres. Ils croîtront jusqu’à la hauteur 
d’un homme d’une taille élevée. Pour élever des plants 
de ce mürier, on suivra les règles exposées plus haut. 

Lorsque linfluence féconde du printemps com- 
mence à se répandre, on prend une branche latérale 
d'un müûrier nain, on coupe de trois à cinq pouces 
de l'extrémité, et on la couche dans un sillon pratiqué 
au pied de arbre. 

Beaucoup de personnes emploient des plants de 
müriers, d’autres couchent quelques branches en 
terre; cela dépend de la volonté du cultivateur. 

Le sillon où l'on couche la branche doit avoir cinq 
pouces de profondeur. On fixe la branche dans cette 
position à l’aide de pieux à crochet; 1l en faut deux 
si la branche est courte, et trois si elle est longue. 

Après cette opération, les branches provenant des 
bourgeons poussent en se dirigeant en haut ; elles ont 
d'abord la forme des dents d’un râteau. Sur les bran- 
ches horizontales on doit ne laisser qu’un seul bour- 
geon à la distance d'environ cinq pouces et retrancher 
tous les autres; leurs feuilles pourront servir à nourrir 
les jeunes vers à soie. 


2 
/ 


/ 
1 


/ 


CULTURE DES MURIERS. 95 

Dans le quatrième ou le cinquième mois (mai ou 
juin), lorsque le temps est serein, vers l'heure de 
midi, on entourera les deux côtés de la branche hori- 
zontale avec de la terre de mare bien consommée; 
puis on en formera une petite butte au-dessus de la 
branche. Dès ce moment la branche horizontale de- 
viendra une racine dormante. Le soir on l'arrosera. 
(Pendant la nuit la racine dormante pousse des che- 
velus). 

En automne chaque rejeton formera une tige de 
mürier/ Dans le dixième mois (novembre), et quel- 
quefois avant ou après le commencement de l'année 
suivante, on coupe par les deux bouts les racines dor- 
mantes et on les retire de terre; on en coupe des mor- 
#eaux de la longueur d’une canne, et on les enfonce 


‘ dans des trous verticaux pratiqués à cet effet. Chaque 


racine produit un plant de mürier. 
Par cette méthode on peut se procurer un nombre 
infini de plants. 


MANIÈRE DE PLANTER LES BRANCHES. 
. 


Dans un jardin entouré de murs on creuse des 
fosses, comme pour les müriers nains. Lorsqu'on Sa- 
perçoit que des yeux noirs commencent à pousser sur 
les branches des müriers de Lou à larges feuilles, on 
coupe une branche longue de plus d’un pied, on re- 


26 CULTURE DES MURIERS. 
tranche les deux bouts, et l’on brüle l'endroit de la 
coupure. 

Dans chaque fosse on plante deux ou trois de ces 
branches, en les inclinant un peu. Quand les bour- 
geons sortent, on entoure la tige d’un cône de terre 
légère haut de trois à cinq pouces; à chaque tige on 
ne laisse qu'une seule branche. À l'automne, elle pourra 
avoir plusieurs pieds de hauteur. L'année suivante on 
coupe les feuilles des branches pour nourrir les vers 
à soie. 

Ces müriers n’ont à redouter que le soleil du mi- 
lieu de lété. S'ils ne manquent ni d'humidité (UL 
téralement d'arrosage) ni d'ombre, 1l n’en périra pas 
un seul. On peut aussi les planter dans de petits 
carrés de terre (disposés comme les cases blanches 
d'un damier). 

S1 dans l’enclos même on n’a point de branches que 
l'on puisse couper, on choisit dans un autre endroit 
un mürier de Lou à larges feuilles; on coupe dans le 
dernier mois (janvier) les branches dont on a besoin, 
et on les conserve dans un trou fait en terre. Si elles se 
trouvaient exposées à l'air, elles ne tarderaient pas à se 
dessécher. 

On attend l'époque où l’on commence à voir saillir 
des yeux noirs sur les branches des müûriers. On ouvre 
le trou fait en terre, et l’on voit que des yeux com- 
mencent aussi à pousser sur les branches qu'on y avait 
déposées. On coupe les deux bouts des branches, on 


CULTURE DES MURIERS. 927 
brüle l'endroit de la coupure, et, après les avoir plan- 
tées, on les gouverne suivant les règles que nous ve- 
nons de développer plus haut. 


Voici la manière d'élever dans un enclos les petits 
müriers provenant de l'espèce de Lou ou de celle de 
Khing. Dans le dernier mois (janvier), il faut couper 
l'extrémité des branches qui ne viennent pas bien. 
Lorsque les pourrettes sont encore très-petites, on 
laissera trois ou cinq branches près du sommet ; si elles 
sont un peu grandes, on laissera une dizaine de 
branches d'environ un pied, et l’on retranchera toutes 
les autres. 

Au printemps suivant, à l'époque où les yeux com- 
mencent à pousser, on déchausse les plants, on les en- 
lève avec leurs racines, et on les transplante dans un 
terrain spacieux en lignes régulières éloignées de huit 
pas. On plante les müriers vis-à-vis les uns des autres, 
en laissant entre chaque pied un espace de quatre à 
cinq pas. La distance de huit pas, laissée entre chaque 
rangée de müriers, permettra d'y conduire la charrue, 
de même que les quatre à cinq pas laissés entre chaque 
arbre permettront de cultiver la terre avec la houe. 

On entourera cette pépinière avec des haies épi- 
neuses. Dans le dernier mois, on éclaircira et on tail- 
lera d’une manière uniforme les petits scions qui ont 
poussé dans l’année sur les branches horizontales. 
L'année suivante les feuilles de ces arbres pourront 


28. CULTURE DES MURIERS. 
être cueïllies pour nourrir les vers à soie. ( Wong-ssE- 


pixyong.) 


MANIÈRE DE TAILLER LES GRANDS MURIERS. 


1 faut uniquement éclaircir les branches et surtout 
tailler à temps. On doit faire en sorte que les bran- 
ches prennent de la force et poussent de bonne heure, 
afin que les vers à soie ne soient point exposés à 
manquer de feuilles. 

Si l’on éclaircit les branches, celles qui restent ac- 
querront de la force, et les feuilles deviendront plus 
épaisses et plus nourrissantes. Si cette année on taille 
en temps convenable, les longues branches devien- 
dront fortes et vigoureuses; les feuilles de lannée 
prochaine pousseront de bonne heure, et, de plus, elles 
seront épaisses et luisantes. 

Il faut couper toutes les branches qui partent du 
centre, afin qu'un homme puisse s'y tenir debout, se 
retourner et se servir aisément de la hache. Les bran- 
ches et les feuilles tombent en dehors de l'arbre ; cela 
vaut beaucoup mieux que d’être obligé de transporter 
tout autour de l'arbre un escabeau lourd et élevé. Un 
homme placé ainsi au centre de l'arbre peut faire au- 
tant de besogne que deux personnes qui travailleraient 
en dehors. On ne doit pas laisser croître les branches en 
trop grand nombre, autrement on ne pourrait les cou- 


CULTURE DES MURIERS. 29 
per sans un travail long et pénible; de plus, les feuilles 
seraient minces et dépourvues de saveur. 

Aussi l'art de bien tailler les branches de mürier 
est un des points les plus importants pour l'éducation 
des vers à soie. Beaucoup de personnes ne savent point 
faire d'avance les préparatifs nécessaires lorsque ja 
cessation des travaux de l'agriculture leur laisse du 
loisir. Elles ne s'occupent des müriers qu'à l'époque 
où l'éducation des vers à soie les accable de soins. 
De cette manière, elles sont surchargées d'un double 
travail, et souvent les vers à soie manquent de la 
nourriture nécessaire. Si, au contraire, les müriers 
ont été taillés suivant jes règles, de manière qu'on 
puisse atteindre aisément les branches et en obtenir 
les feuilles avec facilité, les vers à soie n’attendront 
point leur nourriture, les feuilles viendront en temps 
convenable, et, de plus, elles seront épaisses et lui- 
santes. | 

La méthode suivie dans le pays de Thsin s'appelle 
lo-sang. Dans le dernier mois de l’année (janvier), on 
coupe toutes les branches surabondantes et on éclaircit 
beaucoup celles qu'on laisse ; ensuite, sur les branches 
que l’on conserve, on laisse tout au plus quatre yeux 
et on enlève tous les autres. L'année suivante, les 
branches qu'on aura laissées, seront devenues de forts 
rameaux ; les scions noirs qui sont sortis du milieu des 
yeux pourront avoir trois pieds de longueur; les feuilles 
seront deux fois plus épaisses qu’à l'ordinaire et présen- 


10 CULTURE DES MURIERS. 

teront une surface lisse et brillante. Pendant toute 
l'éducation des vers à soie, on les cueïllera avec la 
main; on laissera seulement les branches qui se jettent 
en dehors. Après avoir poussé abondamment jusqu’à 
l'automne , elles pourront avoir atteint une longueur 
de huit ou dix pieds. Dans le dernier mois de l’année 
(en janvier), on les coupera de nouveau comme par 
le passé. Au bout de plusieurs années, si les branches 
qu'on avait laissées pardissent trop surcharger l'arbre, 
on les coupera encore à leur base. 


On suit cette méthode dans l'arrondissement de 
Lo-yang , à l'est du fleuve Jaune; mais on emploie des 
procédés différents au nord du même fleuve, dans la 
province de Chan-tong. 


Lorsque le mürier s’est élevé à la hauteur de cinq 
ou sept pieds depuis l’époque de sa transplantation, on 
coupe les branches du sommet. Comme on aura re- 
tranché les branches du centre, celles qui restent croi- 
tront dans une direction horizontale et s’étendront en 
dehors. Quand l'arbre est devenu grand et fort, un 
homme peut se tenir debout dans le centre. 


Lorsque l'arbre a atteint son maximum de force et de 
croissance, on doit couper dans le centre la tige et 
les branches. 


Il ya trois sortes de branches qu'il faut necessal- 
rement retrancher : 


1° Les branches qui pendent vers la racine; 


CULTURE DES MURIERS. 31 
2° Celles qui se jettent en dedans et tendent vers 
le tronc; 

3° Celles qui croissent deux à deux : on doit en 
couper une; 

4° Celles qui, bien que croissant dans une bonne 
direction, sont trop épaisses et trop touffues. 

Le dernier mois de l'année ( janvier) est le plus 
favorable pour la taille; le mois qui suit l’est beau- 
coup moins. Dans le dernier mois de l'année, la séve 
ne monte pas encore, et la cessation des travaux de 
la campagne laisse beaucoup de loisir aux cultivateurs. 
Les personnes qui taillent au printemps n'ont pour 
but que d’écorcer facilement les branches ( pour faire 
du papier ), mais elles font perdre aux müriers une 
grande partie de leur séve. 

Les personnes qui veulent faire usage de l'écorce 
de mürier peuvent prendre les branches coupées dans 
le dernier mois {janvier ), et les déposer, du côté du 
midi, dans une fosse recouverte de terre. On les retire 
au second mois { mars), et elles s’écorcent très-facile- 
ment. ( Vong-ssé-pi-yong. ) 


MÉTHODE POUR SEMER LES MURIERS. 


Les graines de müres se sèment dans le quatrième 
mois. On bèche au sud-ouest de petits carrés de terre, 
on y répand du fumier consommé mêlé de terre, on 


32 CULTURE DES MURIERS. 
les égalise, et l’on arrose de manière que la terre soit 
bien pénétrée d'eau; ensuite on sème les graines de- 
müres. Quelques personnes les mêlent et les sèment 
avec une égale quantité de millet. Les graines étant 
bien humectées et attendries par l’eau, ne tardent pas 
à pousser ; bientôt elles sont à l'abri des rayons du so- 
leil. IL y a des cultivateurs qui sèment d’avance du 
chènevis au sud et à l’ouest des carrés. Bientôt les 
jeunes müriers reçoivent l'ombre du chanvre et sont 
à l'abri du soleil dete. Quand ils ont atteint la hauteur 
de deux ou trois pouces, on les arrose dans les jours 
de sécheresse. Si l'on n’a point semé les graines avec 
du millet, 1l faut construire au-dessus des müriers un 
petit toit que l’on couvre de nattes; on les étend pen- 
dant le jour et on les roule la nuit. Quand les chaleurs 
sont passées, il n’est plus nécessaire de couvrir les 
jeunes müriers. 

Après le dixième mois (novembre), on coupe rez 
terre les müûriers et les tiges de millet; puis, quand le 
temps est favorable, on y met le feu; ensuite on re- 
couvre la cendre avec du fumier. 


AUTRE PROCÉDÉ. 
(Wou-pen-sin-chou.) 


Dans une terre bien cultivée, on sarcle avec soin 
une planche de millet; on prend une grosse corde de 
paille et on en coupe un morceau dont on fait tremper 


CULTURE DES MURIERS. 33 
les deux bouts ( deux ou trois pouces de chaque côté ) 
dans de la farine délayée avec de l'eau, ou, ce qui vaut 
mieux encore, dans de l’eau où l’on a fait cuire du 
riz. On insère dans l'intérieur de chaque bout une 
dizaine de graines de mûres; ensuite on couche la corde 
au milieu d’un sillon creusé dans la planche de millet. 
On comprime et l’on couvre les deux bouts de la corde 
avec deux mottes de terre, puis on répand une légère 
couche de terre sur la partie intermédiaire de la corde. 
Un ou deux pas plus loin, on couche un autre morceau 
de corde de paille, et l’on continue ainsi en. disposant 
les morceaux de corde en lignes régulières dans toute 
l'étendue de la planche de millet. Il convient d’arroser 
après une longue sécheresse. Au dixième mois, on 
doit couper le miliet et les müriers et les brûler sur 
place, puis on recouvre leur cendre avec du fumier, 
comme nous l'avons dit plus haut. En hiver et au 
printemps, on les entoure de neige que l’on recouvre 
avec du fumier. Avant ou après l’époque appelée thsing- 
ming (le 5 avril), on balaye le fumier. 

Quand le temps est pluvieux, on transplante les 
müriers à une distance convenable les uns des autres, 
comme lorsqu'on les a semés dans des carrés. Cette 
méthode épargne beaucoup de peine au cultivateur et 
favorise puissamment la croissance des müriers, qui, 
par ce moyen, gagnent deux ans sur les autres. 

Si lon a de la graine de l’année précédente, on 和 
sème au printemps, ce qui vaut encore mieux; mais 


站 


À 


34 CULTURE DES MURIERS. 
ensuite 1l faut élever un petit mur pour protéger les 
jeunes müriers. | 

Quelques personnes craignent de se donner trop 
de peine et d'embarras en faisant usage des cordes de 
paille. Elles mêlent une égale quantité de graines de 
mûres et de millet et les sement dans une moitié de 
calebasse. Elles la placent dans un endroit du champ 
qu'elles nettoient avec soin. so} 

Si l'on craint la sécheresse, 1l faut choisir une 

planche de millet, y répandre de bonne terre d'une 
manière égale, faire de petits carrés dans toute l’éten- 
due de la planche, arroser et semer. 


AUTRE MÉTHODE. 


Au printemps, dans un terrain bien fumé , on trace 
des lignes régulières au midi et à l'ouest, et l’on sème 
du chènevis d’une manière égale. Ensuite on prend 
de la graine de müres et on la mêle avec des crottes 
de vers à soie, ou bien avec des grains de nullet tor- 
réfiés. Aussitôt qu'il a plu, on laboure une fois au 
nord du chanvre, et l'on sème. Cela est aussi avanta- 
geux que si l'on avait construit un petit toit couvert 
de nattes, pour protéger les müriers semés avec une 
égale quantité de graines de millet, 

Les müriers profitent de l'ombre que leur procurent 
les tiges hautes et touffues du chanvre, sans les priver 


CULTURE DES MURIERS. 2) 
de l'air et de la rosée. Quand l’on ensemencerait de la 
sorte dix arpents, on n'aurait pas besoin de beaucoup 
de travail pour y réussir. 

Les müriers nains proviennent des müriers de Lou. 
Pour cela, il faut planter et cultiver des boutures de 
müûriers de Lou, suivant les règles que nous avons 
décrites plus haut. 

On laisse au mürier nain quatre à cimq branches, 
on le cultive avec la bêche et on y met du fumier. 
Les branches étant peu nombreuses, les feuilles pous- 
sent en petite quantité. Le suc d’une multitude de 
feuilles se réunit dans une seule. Cette feuille ne tarde 
pas à grandir. Voilà ce qu'on appelle un mürier nain 


MANIÈRE DE PLANTER LES MURIERS NAINS. 


En automne, dans un terrain bien préparé, on la- 
boure profondément une pièce de terre, et on la di- 
vise en petits carrés, que l’on couvre de fumier et de 


terre végétale. 


N. B. Dans une autre partie de l'ouvrage, ces carrés 
sont figurés comme ceux d'un jeu de damier. Les blancs 
sont ceux qu'on cultive; on ne donne aucun soin aux par- 
ties représentées par des carrés noirs, (St. Julien.) 


36 CULTURE DES MURIERS. 

Avant et après l’époque appelée Tchun-fen (21 mars), 
on prend les branches de mürier qu'on a enterrées 
dans le dernier mois de l'année. On choisit celles dont 
les boutons germent, on les coupe de la longueur de 
sept à huit pouces, on creuse un sillon dans chaque 
carré, on l’arrose et on y plante ces branches en les 
couchant; ensuite on les couvre de trois ou quatre 
pouces de terre. Si la terre avait trop d'épaisseur, les 
branches auraient de la peine à pousser. On doit pres- 
ser et aplanir la terre avec la main. 

À l'est, au midi et à l’ouest de chaque carré, on 
sèmera cinq à sept graines de chènevis. 

Après le cinquième mois ( juin), les bourgeons s’élè- 
vent peu à peu. Il faut ajouter souvent du fumier. 
Quelque temps après, lorsque les branches sont hautes, 
ces müriers sont devenus ce qu'on appelle des müriers 
nains. 

Quand les müriers ont un ou deux ans, leur séve 
est peu abondante et leur tige est nécessairement très- 
frêle. 

Après l'époque appelée Tchun-fen (21 mars), on 
ouvre les carrés avec la bêche, on enlève les müriers 
et on les transplante ailleurs. Dans la partie des carrés 
qui est située au nord, on forme un mur de terre au 
bas duquel on fait des trous avec une cheville, et l'on 
verse dans chaque trou une certaine quantité d'eau. 
Alors on prend les pourrettes de müriers, et on les 
plante appuyées contre le mur, Il faut que les racines 


CULTURE DES MURIERS. 37 
soient étendues d’une manière uniforme. Ensuite on 
recouvre le pied du jeune arbre avec de ja terre bien 
foulée. Le mur de terre et la terre de chaque carré 
doivent être élevés d’environ trois ou quatre pouces. 
En général, les racines des plants et des petits arbres 
nouvellement plantés n'aiment point à être ébranlées 
ou agitées ; c'est pourquoi on élève des murs de terre 
pour les défendre du vent du nord, et concentrer sur 
eux les rayons du soleil. Aujourd’hui il arrive souvent 
que lorsqu'on transplante de petits müriers, qui n'ont 
encore que des chevelus et des racines minces et dé- 
liées, on n’y laisse pas un pouce de terre. Mais il 
arrive que, lorsque ces plants doivent être transportés 
à une grande distance, le vent et le soleil dessèchent 
leur humidité vitale; et lorsqu'on les a plantés 1l est 
rare qu'ils repoussent, ou, s'ils repoussent, ils n'acquiè- 
rent aucune vigueur; et alors on accuse la.nature du 
terrain. C’est une erreur des plus graves. 

Lorsqu'on lève un grand nombre de pourrettes qui 
doivent faire un long voyage avant d'être transplan- 
tées, on les réunit par paquets de dix, on arrose les 
racmes et les chevelus d’une boue liquide sur la- 
quelle on étend une couche épaisse de terre; puis on 
les enveloppe soigneusement avec des herbes ou avec 
des roseaux. Avant de les envelopper, on peut en 
outre appliquer, sur la terre qui couvre les racines, 
de l'argile compacte et bien mastiquée. Alors on place 
les plants de müriers en long, dans la caisse de la voi- 


38 CULTURE DES MURIERS. 
ture ‘où ils sont à l'abri du vent et du sole. On 
couvre les tiges avec une natte de paille. 

Avant de replanter les müriers, on bèche et lon 
fume les carrés qui doivent les recevoir. Au moment 
de les planter, on arrose et l’on cultive ensuite les 
müriers suivant les règles prescrites plus haut. 


MANIÈRE DE PLANTER LES MURIERS EN AUTOMNE. 


Ordinairement on transplante les müriers dans les 
mois de prmtemps; mais, à cette époque de l’année, 
ils sont souvent ébranlés par la violence du vent; les 
pluies du printemps viennent se joindre aux vents, 
et 1l est difficile que les müriers réussissent. Ce n’est 
pas tout : la température s’échauffe peu à peu, et les 
boutons et-les feuilles ne peuvent supporter la chaleur: 
c’est pourquoi il en meurt un grand nombre; ou bien, 
s'ils poussent , 11 leur faut un temps considérable pour 
acquérir de la force. Si l'on coupe la première tige, il 
en poussera une seconde plus vigoureuse. Les müriers 
deviennent florissants dès qu'ils ont senti le tranchant 
du fer. Ces heureux effets de la taille sont surtout 
remarquables dans les müriers nains. 

Dans les contrées du midi, on plante les pourrettes 
dans le dixième mois (novembre); mais, au nord du 
fleuve Jaune, le climat est extrêmement froid : c'est 
pourquoi 1 convient de planter en automne. L'époque 


CULTURE DES MURIERS. 39 
la plus favorable pour cette opération est celle des 
pluies abondantes. Les carrés doivent avoir un pied et 
plus de profondeur. On laissera un ou deux pouces 
de tige au-dessus du niveau de la terre, et l'on coupera 
le reste. Après avoir fini de planter, on battra fortement 
la terre autour des pieds de müriers et l’on recouvrira 
de terre l'endroit de la coupure. Quand la terre sera 
gelée, on répandra par-dessus une certame quantité 
de fumier. Après les chaleurs du printemps, on fera 
autour de chaque arbre, et par-dessus le fumier, un 
rebord en terre en forme de cuvette. L'eau de pluie 
pourra sy amasser , ou bien, s'il survient de la séche- 
resse, on pourra arroser dans l'intérieur. Au midi des 
arbres, on sèmera d’abord, au printemps, des graines 
de chanvre. Quand les pluies abondantes seront ve- 
nues, les bourgeons produiront des rameaux touflus ; 
dès ce moment vous aurez des müriers nains. 

Quelques personnes coupent les branches minces 
et laissent une ou deux branches vigoureuses. L'année 
suivante, le mürier pourra devenir un arbre. D'autres 
personnes couchent les branches en terre, et de cette 
mamière un arbre en produit dix autres : cette méthode 
vaut mieux que si l’on plantait des arbres entiers. 
Toutes ces marcottes ne manquent jamais de réussir, 
et les müriers qu’elles produisent deviennent touffus 
et florissants. 

Dans le dixième mois (novembre), la vie de Farbre 
est suspendue; 1l convient de planter les müriers en 


40 CULTURE DES MURIERS. 
cachant leur tête sous la terre. On coupe toute la tige 
de l'arbre et on le plante comme en automne. 

Dans les mois d'hiver, la séve des arbres descend en 
bas. Dès que l'influence du printemps s’est fait sentir, 
ils poussent tous ensemble; et, dans l’espace d’un an, 
les nouveaux jets dépassent la hauteur de l'arbre qui 
a fourni les marcottes. 

Lorsqu'on plante des müriers qui ont plus de deux 
ans, si, à l'époque appelée Kou-yu (le 20 avril), il y 
en a dont les bourgeons et les feuilles annoncent peu 
de vigueur , on attache la base de la tige à un tuteur 
solide, et on en coupe toute la partie supérieure en 
lui laissant seulement quelques pouces de bois au- 
dessus du niveau de la terre. On se sert communément 
d'une petite hache, mais il est plus avantageux de 
faire usage d’une serpe bien tranchante. 

On élève un cône de terre au-dessus de l'endroit 
où la tige a été coupée; au midi de l'arbre, on plante 
de cinq à sept grains de millet. Au bout d'environ dix 
jours, arbre commence à pousser de petites branches 
qui partent des bourgeons. Dans les temps de séche- 
resse, on doit arroser fréquemment; après l’époque 
appelée Li-hia (le 6 mai), on ne doit plus suivre cette 
méthode; 11 est également impossible de la suivre 
dans les grandes chaleurs. 

Dans tous les mois de l’année, on peut transplanter 
les müriers, excepté dans l’espace de temps appelé 
Ta-han (qui commence au 2 janvier et finit au 4 février). 


CULTURE DES MURIERS. al 


MANIÈRE D'OBTENIR DES MARCOTTES. 


Après l’époque appelée Han-chi (5 avril), on choisit 
un müûrier qui ait plus de deux ans; on creuse à côté 
un profond sillon , et l'on y couche tout le corps de 
l'arbre, que l’on maintient dans cette position à l'aide 
de pieux solides. On laisse sortir au-dessus de la sur- 
face de ja terre les petits rameaux qui ont poussé sur 
les branches, et l'on couvre complétement de terre 
les grosses branches et la tige de l'arbre. Tout autour 
de l'arbre, on fait un rebord avec de la terre, de 
manière à former une espèce de cuvette pour retenir 
l'eau. Dans les temps de sécheresse, on doit arroser 
fréquemment. Si l’on n’a pas d'arbre convenable pour 
l'opération décrite plus haut, on se contente de creu- 
ser au bas de l'arbre des sillons où l’on enterre les 
branches horizontales, en les maintenant à l’aide de 
pieux à crochets. Dans le sixième mois, on ne doit 
pas enterrer l'arbre entier. 


MANIÈRE DE PLANTER LES MURIERS QUI PROVIENNENT 
DE MARCOTTES. 


Vers la fin de l'automne, lorsque les cultivateurs 
ont beaucoup de doisir, on creuse d’avance des carrés 
profonds où la terre puisse conserver son humidité 


A2 CULTURE DES MURIERS. 

pendant l'hiver, afin de diminuer le travail à l’époque 
où l'influence de la nouvelle saison obligera de planter 
tous les müriers en même temps. 


Dans chacune de ces fosses qui doivent être carrées 
et profondes de plus de deux pieds, on répandra deux 
ching (deux dixièmes de boisseau) de fumier bien con- 
sommé qu'on a pétri avec de la terre. Il faut que le 
le terrain soit élevé au nord et plus bas au midi, afin 
de retenir la neige de l'hiver et la pluie du printemps. 


Dans le dernier mois de l’année (janvier), on prend 
deux ou trois branches grosses et longues de mürier 
de Lou; on les réunit ensemble, on coupe la partie 
inférieure avec une hachette bien tranchante, et l’on 
cicatrise la coupure en la passant légèrement dans le 
feu. On fait des bottes de quarante-cinq branches et 
on les couche dans une fosse exposée au midi, en ayant 
soin de séparer chaque botte par un paquet de paille 
de riz. 


La fosse doit être longue et profonde de trois à 
quatre pieds. [ faut creuser les fosses d'avance, de 
peur deprouver beaucoup de difficultés, si on ne le 
faisait que lorsque le froid aurait gelé la terre à une 
certaine profondeur. 


On recouvre ces bottes de branches d'une épaisse 
couche de terre. Après l’époque appelée Tchun-fen 
(21 mars), on les retire. Alors on ouvre la première 
fosse, on y verse trois ou quatre ching (trois ou quatre 


CULTURE DES MURIERS. h3 
dixièmes de boisseau) d’eau, et l’on y sème de vingt 
à trente grains de millet. On prend les branches, on 
les plie en rond (en forme de cercle), on les lie dans 
cette position avec une corde de paille, on les couche 
au milieu de la fosse et on les recouvre de trois à quatre 
pouces de terre. Si par hasard les bourgeons des bran- 
ches s'élèvent déjà de deux ou trois pouces, on cou- 
vrira les branches d'environ un pied de terre. On 
battra la terre afin qu’elle soit compacte et serrée, mais 
on formera de petites buttes de terre légère au-dessus 
des bourgeons naissants. Quelque temps après, quand 
les bourgeons auront acquis une certaine croissance, 
la terre qui les entourait se détachera d'elle-même. Au 
midi de la fosse, on sèmera d'avance du chanvre; il 
faut que la terre soit ombragée et humide. On larro- 
sera cGnstamment. 

Quant aux müriers qu’on a plantés en couchant ] ar- 
bre entier, il faut ensuite répandre de la terre par- 
dessus. Les branches qui partent des bourgeons ne 
tardent pas à grandir et à s'élever. On coupera les bran- 
ches latérales, et, au bout de trois ans, ces müriers 
seront déjà des arbres. Quelques personnes, qui veulent 
avoir des müriers naïns, coupent les extrémités des 
branches et les plantent en terre de manière à cacher 
le haut de la tige. Elles en lient deux ou trois ensem- 
ble, et les plantent suivant la méthode exposée plus 
haut. D'autres personnes font un trou dans une rave 
et y plantent une petite branche qui lui emprunte 


Al CULTURE DES MURIERS. 

une partie de sa vie et de sa force : ce procédé est en- 
core plus avantageux que l’autre. Elles creusent une 
petite fosse carrée, et y enterrent solidement la rave 
et le mürier, suivant les principes que nous avons déjà 


développés. 


PLANTATION DES BRANCHES DE MURIER SUR DES PLANCHES 
DE TERRE. 


En automne on laboure une terre bien fumée; le 
second mois (en mars), on l’aplanit. À l’est et à l’ouest 
on forme des planches élevées en laissant entre elles 
une distance convenable; on creuse la terre et l’on 
ouvre des fosses carrées. On prend alors les branches 
de müriers qu’on avait enterrées dans le dernier mois 
de l’année, et on les plante suivant la méthode reçue. 
Quelquefois on plante de la même manière des bran- 
ches fortes et élevées qui n’ont encore qu'une seule 
racine. 

Lorsqu'on plante des branches pour reproduire des 
müriers, on peut couper largement les nouveaux jets 
si l’on a beaucoup d'anciens müriers. Mais, lorsqu'on 
n'en a qu'un petit nombre, il serait à craindre que 
l'année suivante les vers à soie ne manquassent de 
nourriture, si l'on taillait les arbres sans ménagement. 
C’est pour cela que nous donnons ici les meilleures 
méthodes pour diriger le cultivateur qui veut semer 


CULTURE DES MURIERS. 45 
des müriers, faire des marcottes ou planter des bou- 
tures; c’est à lui de choisir, parmi ces trois moyens de 
reproduction, celui qui lui convient le mieux. 

Supposons un village où deux cultivateurs voisins 
associent leur travail. Ils élèvent une petite clôture 
carrée, ayant cent pas sur chacune des faces de la 
pépinière. (Si les habitants sont nombreux et pos- 
sèdent ensemble un vaste terrain, le travail, partagé 
entre tous, sera encore moindre pour chacun.) 

Chaque cultivateur élèvera deux cents pas de clô- 
ture. Le terrain renfermé dans l'enceinte aura dix 
mille pas. À chaque pas de distance on plantera un 
mürier, ce qui fera dix mille pieds pour toute la pé- 
pimière, et cinq mille pieds pour chaque famille. 
Mais, si une famille est seule et isolée, elle pourra 
construire une clôture de deux cents pas. Le terrain 
qu'elle embrassera ne pourra contenir que deux mille 
cinq cents pas. Si l'on suit la règle indiquée plus 
haut, et qu'on plante les müriers à un pas de dis- 
tance les uns des autres, on n’en pourra placer que 
deux mille cinq cents pieds. 

Quand deux cultivateurs sont associés, 1ls doivent 
tâcher d'éviter tout sujet de querelle et de litige. 
Le meilleur moyen est de partager la pépinière par 
le rhilieu, au moyen d'une haïe vive. Cette manière 
de travailler à la clôture est beaucoup plus avanta- 
geuse que si l'on était seul. D'abord on peut planter 
le double de müriers; ensuite cette assistance qu'on 


6 CULTURE DES MURIERS. . 
se prête mutuellement allége beaucoup le travail in- 
dividuel. (WNong-tching-tsiouen-chou.) 


On lit dans l'ouvrage intitulé Ssé-chi-loui-yao : Lors- 
qu'on plante des müriers, il ne faut pas que ce soit 
à une trop grande profondeur, autrement ils ne 
pousséraient pas. Quand jls ont atteint la hauteur 
d'un pied, on doit les garnir de fumier. 


TCHONG-HOA-MIN. 


On plante les müriers dans le premier et le se- 
cond mois (février et mars); on peut encore les 
planter jusqu'au huitième mois (septembre). Il faut 
faire en sorte que les racines soient bien droites, 
et qu’un limcn compact les entoure et les maintienne 
solidement. On doit arroser le pied des müriers avec 
du fumier liquide, alors ils ne tardent pas à pousser 
avec vigueur. Suivant l'opinion de Siu-houang-hi, 11 
ne faut pas faire usage de fumier au commencement 
de la plantation. 

Lorsqu'on veut planter des müûriers, on sarcle la 
terre et on la fume. L'opération par laquelle on coupe 
le tronc s'appelle Kia. 

On laisse auprès de la base de l'arbre des bran- 
ches d'environ un pied, et on les enfouit profondé- 
ment, en ne leur laissant qu'un pouce de saillie au- 
dessus de la terre. On cultive l'arbre, et on le fait 


CULTURE DES MURIERS. A7 
croître en l'arrosant. L'endroit de la coupure devient 
noir, On le couvre avec une coquille, ou bien on 
l'enduit de cire, pour empêcher que les pluies du 
quatrième mois ne pénètrent le bois et ne détermi- 
nent la carie. On doit fumer la terre tout autour 
de l'arbre, afin que ses racines se développent et 
s'étendent de tous côtés. Si l'on n'arrosait que le 
pied du mürier, il ne tarderait pas à périr. On ne 
doit pas arroser avec de l'eau seule, il faut y mêler 
du fumier liquide. 

Au bout de deux ans, les müriers seront dans 
un état florissant. La partie recouverte de terre doit 
être cultivée chaque mois avec la houe. Quelques 
personnes retournent deux fois la terre à une pro- 
tondeur d’un ou deux pieds. On arrose alors la terre 
avec du fumier liquide, sans aucun mélange d’eau. 
Il faut arroser la terre tout autour des müriers, 
afin d'atteindre les racines qui s'étendent au loin; 
on continuera ainsi jusqu'à la cueillette des feuilles. 
Au bout de trois ans, les müriers pousseront avec 
une force remarquable. Si l'on empêche de couper 
les branches vigoureuses, et qu'on ne laisse nl plantes 
ni arbrisseaux auprès des müriers, ils acquerront 
une nouvelle force, et les feuilles qu'on cueillera 
peñdant l'éducation des vers à soie seront propres 
et parfaitement saines. Aussitôt après, on coupera les 
branches aux endroits où elles se réunissent, et on 
laissera de grands vides autour du tronc. Alors les 


18 CULTURE DES MURIERS. 

branches de l’année suivante pousseront avec plus 
de force, et les feuilles deviendront plus épaisses. 
Si, chaque année, on coupe ainsi les branches su- 
perflues, les autres deviendront florissantes. 

On ne doit pas élever des vers à soie d'automne, 
autrement les branches de l’année suivante seront 
faibles et délicates, et leurs feuilles seront minces et 
dépourvues de suc. 

IL faut garnir les racines des müriers avec du fu- 
mier, des crottes de vers-à-soie, des cendres de paille 
de riz, de la boue des canaux ou de la terre grasse 
et fertile. Mais, au commencement de la plantation, 
on doit employer, au lieu des engrais indiqués plus 
haut, des plantes aquatiques et des graines de co- 
tonnier. Les racines auront de la chaleur, et l'arbre 
poussera rapidement. 

Suivant un auteur nommé Siu-kouang-ki, on peut 
employer une pâte de haricots, de graines de chanvre 
ou de cotonnier, du fumier de cochon, de mouton, 
de bœuf ou de cheval. 

Au commencement du printemps, les branches 
grandiront avec rapidité. On aura soin de retrancher 
les petits rameaux desséchés. Lorsqu'un arbre est bas 
et petit, 1l faut entr'ouvrir ses racines, et les entourer 
avec de la vase; sans cela les feuilles croîtraient len- 
tement, et elles viendraient minces et dépourvues 
de suc. Û 

Lorsqu'on couche les branches en terre pour en 


CULTURE DES MURIERS. 19 
faire des marcottes, elles pourriront si la terre est 
humide; mais, si la terre a de la chaleur, les racines 
pousseront promptement. Il est plus avantageux de 
reproduire les müriers par marcottes que par semis. 

Il y a un insecte appelé sang-nieou, qui fait beau- 
coup de mal aux müriers. Il faut chercher son nid 
dans les fissures de l'écorce, et y verser de l'huile de 
l'arbre thong (Bignonia tomentosa) ; il périra sur-le-champ. 

Quelques personnes font usage de la plante pou- 
mou-tsao dont les feuilles ressemblent à celles du bam- 
bou. On fait bouillir cette plante, et avec l’eau impré- 
gnée de son suc on arrose les feuilles attaquées par 
cet insecte. On peut semer des légumes au bas des 
müriers. | 

Dans les pépinières de müriers, il ne faut point 
planter l’espèce d'arbre appelée yang. Les fissures de 
son écorce donnent asile à un grand nombre d’insec- 
tes qui mangent l’épiderme des müriers, et y prati- 
quent des nids où leurs œufs éclosent. Siu-kouang-hi 
dit, au contraire, qu'il ne faut point bannir ces arbres 
des pépinières de müriers; seulement on doit appor- 
ter un grand soin pour détruire les insectes qu'ils 
attirent. 

Les müriers de Wang-haï se plantent de la même 
manière que les müriers blancs. 

Dans le douzième mois (janvier), on ouvre les 
étangs et l’on garnit ces arbres de fumier : c'est-à-dire 


qu'on entoure leurs racines de terre limoneuse. Dans 


入 


50 CULTURE DES MURIERS. 

le deuxième moïs, et quelquefois dans les troisième, 
sixième et septième mois, on enlève le limon dont 
on avait garni les racines des müriers. 

Les müûriers à branches roses sont d’une espèce qui 
vient forte et élevée. Il n’est pas nécessaire de les 
tailler pour que leurs branches deviennent épaisses. 
On doit les planter beaucoup plus tôt que les autres. 
IL convient de les placer près de la maison, mais on 
n’a pas besoin d’entourer les racines avec du limon des 
mares. Seulement, lorsque ces müriers sont jeunes, il 
faut les garnir de fumier avant l'arrivée de Thiver. 
Quelques personnes les fument deux fois et d’autres 
trois fois. Le douzième mois (janvier) est l’époque la 
plus favorable pour cette opération. 

On lit dans l'ouvrage intitulé Nong-sang-yao-tchi : 
Toutes les fois qu'on a nouvellement planté des mu- 
riers, on ne doit tailler les branches et cueillir les 
feuilles qu'à l’époque convenable. On ne doit pas cueïl- 
lir les feuilles qui viennent sur les longues branches 
du centre de l'arbre. On se contentera de prendre les 
feuilles des branches latérales qu’on ne taïllera point, 
afin que les branches et les petits rameaux deviennent 
épais et touffus. Alors on entourera les müriers d’une 
haie, pour empêcher les bœufs et les autres animaux 
domestiques de brouter les feuilles, d’ébranler les 
arbres ou de les arracher. Ensuite, lorsque les rameaux 
du centre auront acquis de la force, on pourra couper 
les branches latérales. 


CULTURE DES MURIERS. 51 

Lorsque les racines sont fortes et étendues, la séve 

se porte avec abondance vers les rameaux du centre. 

Alors le mürier croît et devient bientôt un arbre fort 

et élevé, 1l se fortifie de jour en jour et offre tous les 
signes d'une riche végétation. 


È ni ; 二 : : 1 Ne Hs jé ‘ | 
ARR MES "0 


à 


Wu Cf a ‘tte ÿ 


? 


BUTS Ne 


. (a, 
ui 8 7er à EACASE EEE 
ra . [ ni 

K * 站 


SUPPLÉMENT 


A LA 


CULTURE DES MURIERS. 


“1 
ï 
‘(mA 
( 
vx 
ue, 
1e 
Jar 
û 
1 
vw 


MX 


AUAED 


à 
1 
+ 
{ 
0 
1# 
Ÿ 
| 
如 
( 


PA | à # 


SUPPLÉMENT 


A LA 


CULTURE DES MURIERS. 


GREFFE DES MURIERS 1. 


On lt dans l'ouvrage de Kouo-tho-tho : Si Yon grefle 
le mürier sur l'arbre Kou, ses feuilles seront larges 
et épaisses. 


OBSERVATIONS DU TRADUCTEUR. 


Cet arbre est le même que les naturalistes modernes 
appellent Broussonetia papyrifera. L'abbé Grozier en parle 
ainsi dans sa Description de la Chine : 

« Get arbre est d'autant plus précieux pour les Chinois, 
«qu'il leur fournit une grande partie du papier qu'ils con- 
«somment. Lorsqu'on rompt ses branches, l'écorce se dé- 
«tache et senleve sous forme de longs rubans. Si l'on 
«voulait juger de son espèce par ses feuilles, on croirait 
«que c'est un mürier sauvage; mais, par son fruit, il res- 
«semble plus au figuier. Ce fruit tient aux branches, sans 
«qu'il y soit attaché par aucune queue; il rend du lait 

1 Nous n'ignorons pas que les agriculteurs de France sont fort supérieurs 
aux Chinois dans la pratique des différentes greffes; mais nous avons cru devoir 


imprimer cet article, pour conserver le texte original dans toute son inté- 


grité. (Sr. 工 ) 


56 CULTURE DES MURIERS. 

«comme la figue lorsqu'on l'arrache avant sa maturité. 
“Un grand nombre de traits de ressemblance avee le figuier 
«et le mürier pourraient le faire regarder comme une espèce 
«de sycomore. 卫 croit sur les montagnes et dans les ter- 


«Trains pierreux. » 


On lit ce qui suit dans l'ouvrage intitulé Ssé-nong- 
Pt-yong : 

IT est avantageux de greffer des branches du müû- 
rier de Lou (grande espèce de müriers) sur le tronc 
du mürier de Khing (du mürier naim ). 

Pour que la greffe réussisse, 十 faut choisir l'époque 
du mouvement de la séve, rapprocher étroitement, et 
avec une justesse précise, les parties qu'on veut sou- 
der ensemble, les maintenir serrées à l’aide d’une 
forte ligature, et les envelopper d’un emplâtre épais 
pour qu'elles ne s’écartent point et qu’elles ne soient 
point exposées à la gelée. Les dix jours qui précèdent 
le terme appelé Tchun-fen (21 mars), sont la pre- 
mière époque favorable pour cette opération; les cinq 
jours qui précèdent ou qui suivent sont l'époque 
moyenne (ou la seconde époque, qui est moins fa- 
vorable que la première ); mais l’époque la plus favo- 
rable est celle où les yeux des branches ont pris une 
teinte noire. Cette règle doit être suivie dans tous les 
climats; mais il faut un temps serein et un jour où 
règne une douce chaleur. Si l'union des parties ne- 
tait pas très-étroite, la communication de la séve au- 


SUPPLÉMENT. 57 
rait de la peine à s'établir entre le sujet et la grefle; 
si l'on ne les maintenait pas par une ligature solide, 
le vent et le froid s’insinueraient entre eux et empe- 
cheraient leur soudure. Les sauvageons qui donnaient 
des fruits petits et d'un goût désagréable, produisent, 
après qu'on les a greffés, des fruits plus gros et d'une 
saveur excellente. C’est dans un but semblable qu'on 
a coutume de greffer les müriers, afin d'améliorer 
leurs feuilles. 


_ Lorsqu'on a besoin de greffes qui doivent être em- 
ployées dans un endroit éloigné, il faut les prendre 
d'avance; on saisit l’époque favorable et l'on coupe les 
branches. 

Lorsqu'on a coupé des branches garnies de bou- 
tons, qu'on veut transporter au loin, on les enveloppe 
avec des feuilles de roseaux, et on les serre dans un 
panier neuf et non vernissé, tressé avec des branches 
de diospyros. Lorsqu'on a bien bouché l'ouverture du 
panier, et que les greffes sont parfaitement à l'abri 
de l'air extérieur, elles peuvent être transportées jus- 
qu'à une distance de mille lis {cent lieues), sans cou- 
rir le risque d'être endommagées par le froid. Pour 
les arbres à fruits, il faut prendre jes greffes sur des 
branches de trois ans: la manière de les conserver et 
de les unir (greffer) est la même que pour les mu- 


rlers. 


58 CULTURE DES MURIERS. 

Siu-kouang-hi dit à cette occasion : Les meilleures 
branches sont celles de l'année; c’est une erreur que 
de recommander, pour cet objet, des branches de 
trois ans. Pour greffer, il faut attendre absolument les 
derniers jours de la lune. Cette opération peut se 
pratiquer depuis le second quartier de la lune jus- 
qu'au premier quartier de la lune suivante; mais le 
dernier jour de la lune est une époque bien plus fa- 
vorable encore. Pendant le temps qui s'écoule depuis 
le premier quartier jusqu’au second, il faut s'abstenir 
de greffer; le temps de la pleine lune est plus dan- 
gereux encore. 


GREFFE EN FENTE. 


On commence par scier horizontalement la tige du 
sujet, à une petite distance de terre. À l'aide d'un 
couteau bien tranchant, dont la pointe est tournée 
en haut, on fait à droite et à gauche, dans l'écorce et 
l'aubier, deux entailles obliques d’un pouce et demi, 
qui vont en diminuant jusqu'à ce que leur extrémité 
forme un angle aigu. On prend alors une greffe lon- 
gue de cinq pouces et à peu près grosse comme le 
doigt, on la taille en forme de prisme, à un pouce 
et demi de son origime, on la met dans sa bouche pen- 
dant quelques instants pour la réchauffer; puis on 
l'insère dans l’entaille qu’on a pratiquée latéralement 
sur le sujet. 


SUPPLÉMENT. 59 
- H est très-important que l'union des deux parties 
soit étroite et précise, de manière que le liber et 
jaubier du vieil arbre coïncident parfaitement avec le 
liber et l’aubier de la greffe (qui est destinée à l'a- 
méliorer ou à le rajeunir ). Le mème sujet peut recevoir 
ainsi plusieurs greffes en fente, quand sa grosseur le 
permet. 

On prend alors de la bouse fraîche , que l'on pétrit 
avec de la terre, et l’on en forme une enveloppe autour 
de la greffe ; ensuite on l'entoure solidement avec de 
l'écorce fraiche de mürier. Ce n’est pas tout : on cache 
encore la ligature d’écorce avec le même emplâtre 
qu'auparavant; ensuite on recouvre la greffe de cinq 
pouces de terre humide ; enfin, on attache tout autour 
de cette poupée de terre des branches épineuses pour 
protéger la greffe. 

Quand les nouvelles pousses seront sorties à tra- 
vers la terre humide, et qu’elles auront un ou deux 
pieds de longueur, on les coupera en en laissant seu- 
lement deux ou trois. Il est convenable de les main- 
tenir par des tuteurs. 

Stu-kouang-ki dit : La profondeur de l’entaille doit 
être proportionnée à la force de l'arbre et à la grosseur 
de la greffe. Il est important que l'écorce et le bois 
de la greffe coïncident exactement avec l'écorce et le 
bois du sujet; mais 1l y a une condition plus impor- 
tante encore, c'est la correspondance parfaite du point 
où l’aubier se joint à l'écorce. 


60 CULTURE DES MURIERS. 

Lorsqu'on veut greffer de grands müriers, 本 con- 
vient de faire usage de la greffe en fente ou de la greffe 
par insertion. Quant aux petits müriers, les greffes les 
plus favorables sont celles en oreille de cheval (c’est-à- 
dire la greffe en flûte) et par compression (c’est-à-dire 
la greffe en écusson ). 

Lorsqu'on grefle un arbre rez terre, il faut len- 
tourer de terre glaise comme ceux dont nous venons 
de parler plus haut, et que l’on greffe en fente à mortié 
de leur hauteur; seulement on se contente d’entourer 
l'entaille avec du papier. Ensuite on l'enveloppe avec 
un vieux morceau de natte disposé comme une écuelle 
(c’est-à-dire en forme de cornet très-évasé ); on y met 
de la terre humide pour alimenter la greffe; on doit 
faire en sorte qu’elle soit à l’abri de l'air et du vent. 
Au lieu d’un morceau de natte, on pourra faire usage 
d’un vieux vase de terre sans fond. Quand on voit 
que la terre est sèche, il faut l’arroser pour maintenir 
l'humidité. Bientôt les rejetons sortiront à travers ja 
terre humide qui enveloppe l'endroit grelfé. Il faut 
bien se garder d’ôter cette terre : mais à l'automne, 
lorsque les jets ont acquis de la force et que la greffe 
est solidement soudée, cette terre devient inutile. Dès 
que les greffes sont bien prises et participent à la vie 
du sujet, on peut les laisser sl la force de l'arbre et 
le nombre des branches horizontales le permettent. 


SUPPLÉMENT. 61 
GREFFE EN ÉCUSSON. 


Lorsqu'on grefle par compression (en écusson), on 
coupe une branche horizontale à un pied de la tige. 
(On ne peut pas déterminer rigoureusement la lon- 
gueur qu'on doit laisser ; 1l faut avoir égard à la force 
de l'arbre.) Sur la greffe, à un demi-pouce en avant 
d'un œil, on incise en carré la peau et la chair (工人 - 
corce et l’aubier ) jusqu’à ce que la pointe du couteau 
soit arrivée à l'os (au bois); ensuite on enlève légè- 
rement une plaque decorce et d’aubier portant un 
call . 

Au-dessous de l'œil et sur le bois, il y a un petit 
cœur (que nos agriculteurs appellent corculum) qui 
est gros comme un grain de riz : c’est le principe vital 
d'une petite pousse. Lorsqu'on lève l'écusson, il faut 
l'arracher avec la pointe de l'ongle, de manière qu'il 
reste attaché à la petite plaque d’écorce et d’aubier. 

On met quelques instants dans sa bouche la plaque 
d'écorce et on l’applique sur la branche horizontale, 
où elle laisse une empreinte humide. On la reprend 
et on la remet de nouveau dans sa bouche; puis, en 
conduisant la pointe du couteau sur la ligne carrée 
qu'a laissée l’écusson humide, on incise l'écorce et l'au- 
bier, et l'on en enlève une portion de même largeur, 
de manière à dénuder l'os (le bois). On prend alors 
l'écusson et on linsère à la place de la partie qu'on 
vient d'enlever {sur la branche horizontale ). ( 卫 est 


62 CULTURE DES MURIERS. 
nécessaire que l'œil de l'écusson soit tourné en haut. ) 

On liera en haut et en bas les parties greffées avec 
de l'écorce fraiche et mince de mürier. La ligature 
doit être serrée d’une manière convenable. Si elle 
l'était trop, la vie du sujet ne pourrait se communiquer 
à la greffe ; si elle était trop lâche, les deux parties ne 
seraient pas assez rapprochées, et l'opération ne pour- 
ralt réussir. 

On pétrit de la bouse avec de la terre glaise, et on 
en couvre les quatre côtés de la greffe en laissant l'œil 
libre. 

On proportionnera le nombre des écussons à la 
grosseur de chaque arbre. 


LA 


MANIÈRE DE GREFFER LES BRANCHES QUI ONT DE PETITES POUSSES. 


On peut faire usage de la greffe en oreille de cheval 
(c'est-à-dire en flûte). On va dans la pépinière où sont 
des müriers de Khing ( des müriers nains) plantés l’an- 
née précédente; on coupe leurs jets à deux pouces de 
terre, et on les taille obliquement en oreille de cheval 
(en flûte). Ensuite on prend une greffe de mème gros- 
seur sur un mürier de Lou (müûrier de la grande 
espèce), et on la taille également en oreille de cheval 
(en flûte); on applique l’une sur l'autre les deux oreilles 
de cheval (les deux parties taillées en flûte), et on les 
lie solidement avec de l'écorce fraiche et mince de 


SUPPLÉMENT. 63 
mürier. On couvre la greffe avec de la bouse mêlée 
de terre glaise, et on entoure la branche greffée avec 
de la terre humide. Quand les rejetons sont sortis de 
terre, on pourra en laisser un ou deux (et couper les 
autres). À l'automne ils auront atteint la hauteur d'un 
homme d'une taille élevée. L'année suivante on les 
transplantera dans la pépinière pour les y cultiver. On 
se conformera aux règles tracées plus haut. Il faut ab- 
solument que la greffe soit de la même grosseur que 
la branche du sujet qui doit la recevoir. 卫 faut encore 
(et ceci est le point le plus important) que les libers 
et les aubiers coïincident exactement entre eux. 

On lit ce qui suit dans l'ouvrage intitulé Wou-pen- 
sin-chou : 

Les fruits de tous les müriers s'améliorent par la 
greffe. Toutes les fois qu'on veut greffer des branches, 
il faut choisir les plus belles. H est nécessaire de faire 
usage des branches anciennes , qui sont tournées vers 
le soleil (le midi); elles sont plus fortes et plus flo- 
rissantes. Les jeunes branches, qui sont exposées au 
nord, sont plus faibles et réussissent difficilement. La 
racine et le tronc suivent chacun leur espèce. Cepen- 
dant le mürier nain de Khing peut être greflé sur le 
grand mürier de Lou; le mei (prunier) sur l’'amandier, 
et le pècher sur le poirier. 

: H'ya cinq espèces de greffes : 
1° La greffe sur le corps de l'arbre (la grefle en 


fente); 2° la greffe sur racines; 3° la grefle sur écorce ; 


64 CULTURE DES MURIERS. 
四 la greffe sur branches; 5° la greffe en écusson; 
6° la grefle en flûte. 

On lit dans l’ouvrage intitulé J-sang-tsong-lun : 

On greffe dans le second mois. On distingue ja 

greffe en fente, la greffe par insertion, la greffe par 
_ compression (en écusson), et la greffe par application 
(la greffe en flûte ). 

Il y a encore la greffe appelée houan-tsié, ou greffe 
d'échange. Gette expression s'applique à l’opération par 
laquelle on greffe le mürier sur l'arbre tchu-kou (voyez 
le commencement de l’article sur la greffe); ses feuilles 
deviennent plus épaisses et plus larges. 


FIN DE LA CULTURE DES MURIERS. 


ÉDUCATION 


DES VERS A SOIE. 


n 网 
FE 


v# 


ÉDUCATION 
DES VERS A SOIE. 


OBSERVATIONS 
PRÉLIMINAIRES. 


TÉMOIGNAGES DES AUTEURS CHINOIS 


QUI PARLENT DE LA CULTURE DES MURIERS ET DE L'ÉDUCATION 
DES VERS A SOIE, DEPUIS LES TEMPS LES PLUS ANCIENS (DEPUIS 
4438 ans) JUSQU'A LAN 976 DE NOTRE ÈRE. 


On lit dans le livre des Vers à soie : 


« La femme légitime de l'empereur Hoang-ti, nom- 
«mée Si-ling-chi, commenca à élever des vers à soie. » 

C'est à cette époque que l'empereur Hoang-ti in- 
venta l'art de faire des vêtements. 


OBSERVATIONS DU TRADUCTEUR. 


Le même fait se trouve exposé avec plus de détails 
dans l'Histoire générale de la Chine, du P. Maïlla, l'an 2602 
avant notre ère {il y a 4438 ans ). 


68 OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES. 

«Ce grand prince (Hoang-t) voulut aussi que Si-ing-chi, 
«sa légitime épouse, contribuât au bonheur de ses peuples. 
< 卫 la chargea d'examiner les vers à soie et d'essayer à 
«utiliser leurs fils. Si-Uing-chi fit ramasser une grande quan- 
«tité de ces insectes, qu'elle voulut nourrir elle-même dans 
«un lieu qu'elle destina uniquement à cet usage. Elle trouva 
«non-seulement la facon de les élever, mais encore la ma- 
«nière de dévider leur soie et de l'employer pour faire des 
«vêtements. » 

C'est en reconnaissance d'un si grand bienfait , dit l’his- 
toire intitulée Wai-ki, que la postérité a élevé Si-Uing-chi 
au rang des Esprits, et lui rend des honneurs particuliers 
sous le nom de Déesse des vers à soie. ( Mémoires sur les 


Chinois, tom. XIIT, pag. 240.) 


On lit dans le chapitre iu-kong du Chou-king , un 
des cinq livres canoniques des Chinois : 
«On put planter des müriers et nourrir des vers à 


« sOIe. » 
OBSERVATION. 
Suivant les annales de la Chine, ce chapitre a été com- 


posé vers l'an 2205 avant J.-C. (il y a Ao41 ans.) Voyez 
le Chou-king, trad. par le P. Gaubil, pag. 45. [ St. Julien. ] 


On ht dans le livre des Vers, l'un des cinq livres 
canoniques, au chapitre Pin-fong, ode 1 : 


OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES. 69 
« Dans le mois où l’on nourrit les vers à soie { dans 
«le quatrième mois ), on cueille des feuilles de ma- 


« rie r:'» 
OBSERVATION. 


Ce chapitre a été composé par Tcheou-kong, oncle de 
l'empereur Tching-wang , vers lan 1115 avant notre ère 


(il ya 2951 ans). (St. Julien.) 


On lit dans le Li-ki, ou livre des Cérémonies (l’un 
des cinq livres canoniques des Chinois ) au chapitre 
Youeïi-ling : 

« Dans le dernier mois du printemps, l'impératrice 
« jeûne, se purifie, et offre un sacrifice à l'Esprit des 
«vers à soie. Elle va dans les champs situés à l’est et 
«cueille elle-même des feuilles de mürier. Elle dé- 
« fend aux dames nobles et aux femmes des ministres 
« de sorner de leurs parures, et elle dispense ses sui- 
«vantes de leurs travaux de couture et de broderie, 
«afin qu'elles puissent donner tous leurs soins à l’é- 
«ducation des vers à soie. » 


OBSERVATION. 


Le Li-ki, ou livre des Rites, d'où ce passage est extrait, 
a été rédigé par Confucius, dont la naissance répond à 
lan 551 avant J.-C. 

L'ouvrage que nous traduisons offre encore plusieurs 


70 OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES. 


passages semblables, qui se rapportent au 1v°et au n° 
siècle avant J.-C. | St. Julien. | 


On lit dans louvrage mttulé Nong-sang-thong- 
kioue : 

« Le local appelé Kien-houaun (ou la maison des co- 
«cons ) est celui où l’impératrice élève elle-même des 
«vers à soie. Dans les temps anciens, il y avait une 
« plantation de müriers appartenant à l'état, et un 
«bâtiment appelé Tsan-chi ( ou la maison des vers à 
«soie), qui avait la même destination que celui qu'on 
« désigne aujourd'hui par l’expression Kien-kouar, qui 
«veut dire la maison des cocons. » 

« L'impératrice jeûne, se purifie et offre un sacri- 
« fice à l'Esprit des vers à soie, afin de donner l'exemple 
«à tout l'empire et d'engager tout le monde à soc- 
«cuper de l’éducation des vers à soie. L'impératrice 
«se rend dans les champs de mûriers. Elle coupe 
«d'abord une branche; une suivante, qui tient une 
«corbeille, reçoit les feuilles de  müûürier; ensuite 
« l'impératrice coupe trois branches. Une dame d'hon- 
«neur, revêtue du titre de Chang-chou ou présidente, 
«se met à genoux et dit: C'est assez. Une suivante, 
«qui tient une corbeille, reçoit les feuilles de mü- 
«rier et va les donner aux vers à soie. Il ne lui est 
«pas permis d'apporter les feuilles de mürier dans la 


«partie du palais appelée Kin-chi, ou maison d'Or.» 


OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES. 站 
On hit dans l'histoire de l’empereur Hiao-wen-ti, 


qui commença à régner l'an 163 avant J.-C.: 


5 

« Un décret ordonna à l'impératrice de cuerllir elle- 
«même des feuilles de mürier pour nourrir des vers 
«à soie et fournir les vêtements destinés aux sacri- 


« fices. » 


L'AN 156 AVANT J.-C. 


L'empereur King-t rendit un décret qui ordonnait 
à limpératrice de cueillir elle-même des feuilles de 
mürier, afin de donner l'exemple à tout l'empire. 


L'AN AS AVANT J.-C. 


La mère de l’empereur Youen-ti visitait la maison 
des cocons ( ou des vers à soie ) et, suivie de lim- 
pératrice et des dames du palais, elle allait cueillir 
des feuilles de mürier. 


LAN 58 APRÈS J.-C. 
Sous le règne de Ming-ti, de la dynastie des Han, 
limpératrice et les femmes des vassaux élevaient des 


vers à sole. 


OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES. 


1 
19 


LAN 220 APRES J.-C. 


Sous la dynastie des Weï, la femme de l'empereur 
Wen-ti élevait des vers à soie dans un lieu situé au 
nord de la ville, pour se conformer au rituel de la 
dynastie des Tcheou ( ouvrage composé dans le 
Xe siècle avant J.-C. ). 


ENTRE LES ANNÉES 265 et 275 APRÈS J.-C. 


Sous le règne de Wou-ti, de la dynastie des Tin, 
dans les années Thaï-khang, l'empereur fit construire 
pour les vers à soie une maison appelée Tsan- kong. 
L'impératrice allait cueillir elle-même des feuilles de 
müûrier pour se conformer aux anciens usages de la 


dynastie des Han et de celle des Wei. 


ENTRE LES ANNÉES 454 ET Ad% APRÈS 1.-C. 


Sous la dynastie des Song, l'empereur Hiao-wou-ti 
fit construire une maison pour les vers à soie. 

L'impératrice cueillait elle-même des feuilles de 
mürier, conformément aux rites de la dynastie des 
Tsin. 

L'auteur de l'ouvrage intitulé Nong-sang-thong-kioué 
continue à citer des faits analogues qu'il a recueillis 


OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES. RE ©: 
dans l’histoire des empereurs suivants jusqu'aux an- 
nées Thien-pao ( de 968 à 976 ) de la dynastie des 
Song, sous laquelle il vivait, afin de montrer que, 
depuis les temps les plus anciens, l’impératrice élevait 
des vers à soie pour donner l'exemple à tout l'empire. 


On lit dans l'ouvrage intitulé Tsan-lun, ou Consi- 
dérations sur les vers à soie : 

« Chaque espèce d'arbre a besoin d’un terrain par- 
«ticulier, mais le mürier seul peut pousser en tous 
« lieux ; et par conséquent il n’y a pas un seul endroit 
« de l'empire où l’on ne puisse élever des vers à soie. » 

Le livre des Vers dit au chapitre Pin-fong (composé 
vers l'an 1115 avant J.-C. ): 

« La jeune fille prend son panier élégant et suit des 
«sentiers dérobés pour aller cueillir des feuilles de 
«mürier.» On voit, par ce passage, qu'on pouvait 
élever des vers à soie dans le pays de Pin. 


OBSERVATION. 


Le pays de Pin correspond au territoire où se trouve 
aujourd'hui Si*gan-fou, capitale de la province de Chen:si, 
qui est située au nord-ouest de la Chine. [ St. Jul. ] 


On lit dans 1ode Tsiang-tchong-tseu, du même ou- 
vrage : « Gardez-vous de briser nos müûriers. » 


7h OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES. 


Ce passage montre que lon pouvait élever des vers 


à soie dans le pays de Thing. 


OBSERVATION. 


Le pays de T ching correspond à l'arrondissement de 
Tching-tcheou, dépendant du département de Khaï-fong- 
fou, dans la province de Ho-nan, qui est située au centre 


de la Chine. (St. Julien.) 


On lit dans l’ode intitulée Tche-lin : 
Po 3 » , 
«Les müriers croissent sur les collines escarpées, 
«et le peuplier dans les vallées humides. » 
Ce passage montre qu'on pouvait élever des vers à 
soie dans le royaume de T'hsin. 


OBSERVATION. 


Le pays de Thsin correspond à Thaï-youan-fou, qui est 
aujourd'hui la capitale du Chan-si. Cette province est située 


dans le nord de la Chine. (St. Jul.) 


On lit dans lode intitulée Mong : 

« Les feuilles de müûriers ne sont pas encore tom- 
« bées; elles sont fraîches et abondantes. ( Ibid.) Les 
« feuilles de mûrier jaunissent et tombent. » 


On lit dans l'ode intitulée Sang-tchong : 


OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES. 75 

« I m'a donné rendez-vous au milieu des müriers. » 

Ces deux passages montrent qu'on pouvait élever 
des vers à soie dans le royaume de Wei. 


OBSERVATION. 


Le pays de Wei correspond aujourd'hui au territoire 
de Weï-hoeï-fou, dans la province de Ho-nan, qui se trouve, 
comme l'indique son nom, au midi du fleuve Jaune. Le 
Ho-nan est situé au centre de la Chine. ( St. Julien. ) 


On lit dans l’ode intitulée Hoang: : 

«I coupa , 1l tailla les arbres appelés yen (müriers 
«sauvages ) et tchd (arbres épineux dont les feuilles 
«servent à nourrir les vers à soie ). 

Ce passage montre qu'on pouvait élever des vers 
à sole dans le pays de Tcheou. 


OBSERVATION. 


L'auteur continue à montrer, par des citations d'anciens 
ouvrages, qu'on pouvait élever des vers à soie dans le pays 
de Tcheou, qui répond à une partie de la province actuelle 
du Hou-nan, qui est située au centre de la Chine; dans 
les pays de Lou et de Thsi (dans la province de Chan- 
tong), au nord de la Chine; dans le pays de Thsou (ancien 
nom de la province centrale de Hou-kouang, dont on a 
formé, sous la dynastie actuelle, les provinces de Hou-pé 
et de Hou-nan ); dans le royaume de Liang, qui fait partie 


4 


76 OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES. 

du territoire actuel du Ho-nan, province centrale de la 
Chine, et dans le pays de Cho, qui répond à une partie 
du territoire actuel du Ssé-tchouen, province occidentale de 
la Chine. 

L'auteur termine ainsi cet article : «On peut cultiver et 
«moissonner les cinq espèces de grains dans les contrées 
«les plus froides de la Chine; on peut également cultiver 
«les müriers, sous quelque température que ce soit. » 


CONSTRUCTION 


DU 


LOGEMENT DES VERS A SOIE. 


On lit dans le livre des Rites ( ouvrage rédigé par 
Confucius dans le ve siècle avant J.-C. ) : 

« L'empereur et les vassaux doivent avoir une plan- 
«tation de müûriers appartenant à l’état et une mal- 
«son pour élever les vers à soie. On létablit près 
« d'une rivière ou d’un ruisseau d’eau vive; sa hau- 
«teur est de onze coudées. On l'entoure à l'extérieur 
«d’un haie d’arbrisseaux épineux. » 


MÊME OUVRAGE. 


On choisit, par le moyen des sorts, les dames des 
trois palais et les femmes nobles qui sont pures et 
entourées d’heureux présages, et on les envoie dans 
la maison des vers à soie, pour les nourrir, et s’oc- 
cuper de tous les soins de leur éducation. 


78 . ÉDUCATION DES VERS À SOIE. 


THSI-MING-YAO-CHOU. 


I faut ouvrir des fenêtres aux quatre faces du loge- 
ment. On y colle du papier pour garantir les vers de 
l'air extérieur. Dans l’intérieur de l'atelier on allume 
du feu aux quatres angles. 


MÊME OUVRAGE. 


Dans le troisième mois, à l'époque appelée Thsing- 
ming (le 5 avril), on ordonne aux femmes chargées 
de nourrir les vers à soie, de préparer leur demeure, 


et de boucher les trous et les fissures par où l'air : 


pourrait pénétrer. 


MÊME OUVRAGE. 


Les vers à soie aiment naturellement le repos et 
craignent les cris bruyants; c’est pourquoi leur mal- 
son doit être tranquille et exempte de tout bruit. Is 
aiment la chaleur et craignent l'humidité; c'est pour- 
quoi leur logement doit être construit en planches. 
Dans une maison tranquille et retirée, 1ls ne seront 
point importunés par les cris et les clameurs des 
hommes. Dans une maison bien close, 1ls seront à 
l'abri des atteintes imprévues du vent du sud. Dans 
une maison construite en planches, ils seront à l'abri 
des exhalaisons et des vapeurs humides de la terre. 


1 


| 
: 
; 
1 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 79 


LE LIVRE DES VERS A SOIE, 


“ 


Les vers à soie aiment un logement où règne une 
douce chaleur; il faut, au contraire, placer les cocons 
dans un lieu frais. 


WOU-PEN-SIN-CHOU. 


La maison des vers à soie doit être éloignée des 
fumiers et des immondices {et de tout ce qui exhale 
une mauvaise odeur, comme les écuries, les étables, 
etc.). Ayez soin que, pendant la nuit, la lueur dau- 
cune lampe ne s’insinue à travers les fentes des croi- 
sées, et ne vienne à rayonner subitement dans la 
demeure des vers à soie. N etelgnez pas, dans l'atelier, 
de ces allumettes en papier qui répandent beaucoup 
de fumée. | 

Quand les vers viennent de naïître, 1ls craignent la 
poussière que l’on fait en balayant. Ils n'aiment pas 
à entendre pleurer et crier; ils n'aiment pas qu’on 
laisse entrer dans leur logement des personnes qui 
ne seraient pas parfaitement propres (par exemple, 
une personne qui serait accouchée depuis moins de 


trente Jours, ou qui aurait ses mois). 


(Cette observation est tirée d'un autre ouvrage sur le même sujet.) 


80 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 


MÊME OUVRAGE. 


Toutes les fois qu'on élève des vers à soie dau- 
tomne, le temps de leur naissance n'est pas éloigné 
des trois époques appelées San-fo. (Elles tombent au 
milieu de l'été). La chaleur (de l'été) subsiste encore, 
et, comme il se forme beaucoup d'humidité dans le 
logement des vers à soie, il faut prendre les mesures 
nécessaires pour que l'air circule librement dans 
toutes les parties de l'atelier. 


CONSTRUCTION DE L’ÉTUVE. 


Il faut creuser au milieu de la maison une fosse 
dont la largeur et la profondeur soient proportion- 
nées aux dimensions de l'atelier. La grandeur ordi- 
naire de cette fosse doit être de quatre pieds sur 
chacun de ses côtés. On élèvera des quatre côtés un 
mur carré de deux pieds de haut, en briques liées 
entre elles avec du ciment. On prendra de la bouse 
de vache bien sèche et réduite en poudre, et l'on 
couvrira le fond de la fosse d'une couche de cette 
poudre, épaisse de trois à quatre pouces. On étendra 
par-dessus un lit de morceaux de bois bien secs, ayant 
au moins cinq pouces de diamètre, qu'on aura coupés 
dans le dernier mois de l’année. On pourra prendre 
du müûrier, de l’acacia, de l’orme, ou tout autre bois 
dur et solide. Sur ces morceaux de bois on étendra 
une seconde couche de bouse sèche et, pulvérisée. 
Dans les endroits vides entre chaque pièce de bois, 
on battra fortement la bouse pulvérisée, de manière 
à ne pas laisser le plus petit vide; car, s’il y avait des 
vides, le feu produirait une flamme qui pourrait en- 
dommager la maison, et, en outre, ce feu ne pour- 

6 


82 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 
rait durer longtemps. Quand on a complétement 
rempli la fosse, et qu'on a bien battu la bouse pulvé- 
risée qui couvre les morceaux de bois et en remplit 
les interstices, on y répand encore une couche de 
même matière. Sept ou huit jours avant la naissance 
des vers à soie, on place sur la bouse sèche des char- 
bons allumés qu'on couvre de cendre chaude. La 
bouse sèche prend feu, et dégage, pendant cinq à sept 
jours, une fumée noire et jaune. Un jour avant la 
naissance des vers à soie, on entr'ouvre la porte pour 
dissiper la fumée, puis on la referme soigneusement. 
Dès ce moment le bois et la bouse sèche se trouvent 
complétement embrasés jusqu'au fond de la fosse. 
Quand les vers à soie sont jeunes, ils aiment la 
chaleur et craignent la fumée; par conséquent il ne 
faut pas faire un feu vif. De plus, un feu vif brûle 


tantôt avec force, tantôt 1l s'arrête tout à coup; il ne 


peut répandre constamment une chaleur égale et uni- 
forme. Mais, quand le feu que nous recommandons 
est une fois bien allumé, 1l ne produit aucune fumée, 
et peut se conserver pendant un ou deux mois sans se 
diminuer nl s’étemdre. On éprouve une douce chaleur, 
sans s'apercevoir qu'il y ait du feu dans l'atelier. Mais, 
si l'on brülait des branches menues, elles produiraient 
une fumée qui se répandrait partout. Il est nécessaire 
de construire sur les bords de la fosse un petit mur carré 
en briques, haut d'environ deux pieds, afin que la 
chaleur s'élève et arrive au milieu de l'atelier, et 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 83 
qu'elle sy répande d’une manière égale. Ce mur ser- 
vira encore à empêcher que les personnes qui circu- 
lent la nuit dans l'atelier ne tombent par mégarde 
dans la fosse. La maison étant construite de maté- 
riaux secs et propres à recevoir la chaleur, les parois 
des murs ne tarderont pas à être échauffés. La fumée 
qui se dégage de la bouse pulvérisée étouffe tous les 
insectes qui pourraient nuire aux vers à sole. 

La bouse de vache répand dans l'atelier une odeur 
qui est salutaire aux vers à soie. 


OBSERVATION DU TRADUCTEUR. 


La surface de la fosse doit être couverte d'un carrelage 
en briques percées de plusieurs trous, pour faciliter le dé- 
gagement de la chaleur. 


] faut remplacer le vieux papier, qui garnit les fe- 
nêtres, par du papier blanc et parfaitement propre. 
De peur que la chaleur ne s'échappe au dehors, 1l faut 
se garder de lever les stores et les paillassons des fe- 
nêtres et des portes, pendant le temps que l'on met à 
arracher le papier ancien et à en coller de nouveau. 
Au haut de chaque fenêtre, il faut établir quatre 
grands stores d'un tissu serré. On les disposera. de 
manière à pouvoir être roulés ou déroulés à volonté. 


(Ssé-nong-pi-yong.) 


6. 


84 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 


NONG-SANG-THONG-KIOUË. 


Lorsqu'on a besoin d'un atelier pour les vers à soie, 
on construit une maison exposée au midi. On choisit 
surtout un lieu uni et agréablement situé. La meil- 
leure exposition est celle qui est exactement au midi; 
celle du sud-ouest est moins bonne, celle de lest 
l'est beaucoup moins encore. 

Si la maison est ancienne 1l faut la Se avec le 
plus grand soin et la crépir longtemps avant l'époque 
où l’on en aura besoin. Si on le faisait peu de temps 
avant la naissance des vers à soie, les parois conserve- 
raient une humidité qui leur serait funeste. Quelques 
personnes couvrent cette maison avec des tuiles, d’au- 
tres avec du chaume. Il faut crépir en dedans et en 
dehors tous les bois de charpente et de menuiserie 
pour prévenir les dangers du feu. On élèvera dans 
l'atelier des piliers garnis de traverses pour recevoir 
les claies. Les fenêtres auront une grande ouverture 
qui laisse passer assez de jour pour bien distinguer le 
sommeil ou le réveil des vers à soie. Au-dessus des 
étagères on ouvrira de petites lucarnes pour augmen- 
ter au besoin la lumière le matin et le soir. 

Au niveau du sol on placera de distance en distance 
des tuyaux ou conduits d'air communiquant avec je 
dehors, et disposés de manière qu’on puisse les ou- 
vrir et fermer aisément. Ils serviront à dissiper lhu- 
midité, ou à expulser les miasmes dangereux. 


ÉDUCATION DES VERS À SOIE. 85 


MÊME OUVRAGE. 


Lorsqu'on veut élever des vers à soie, 1l faut d’a- 
bord ouvrir une chambre au levant pour y nourrir les 
vers nassants. On les retire de cette chambre avant et 
après . second sommeil. Il faut fermer avec soin 
la fenêtre tournée à l'ouest, parce que les rayons du 
soleil couchant nuisent particulièrement aux:vers à 
soie. Le vent du sud-ouest est très-dangereux pour les 
vers à soie. Afin de les en préserver, on élèvera en de- 
hors une palissade éloignée de quatre à cinq pieds. 

L'auteur consacre ici plusieurs lignes pour indiquer 
la place des idoles et les pratiques de dévotion qu'il 
faut employer pour la prospérité de l'atelier. 


MÊME OUVRAGE. 


Lorsqu'on veut nourrir les vers naïssants, on ouvre 
d'abord une chambre située au levant. Aux quatre 
angles on construit des niches creuses (de petits 
poêles) disposées comme les trois étoiles de la cons- 
tellation du cœur, c’est-à-dire en triangle, afin de dis- 
tribuer la chaleur d’une manière uniforme. L'auteur 
ajoute que la petitesse de cette chambre permet de 
l'échauffer aisément. Half 


86 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 


NONG-SANG-THSIOUEN-CHOU. 


A 


Quand les vers à soie viennent de naître, 1ls ont 
besoin d’une extrème chaleur; à cette époque l'air 
est encore froid. Après le troisième sommeil (ou ja 
troisième mue) les vers à soie ont besoin de ficheur. 
À cette époque l'air est déjà chaud. En outre, le vent, 
la pluie, le temps sombre, le temps clair, surviennent 
souvent à limproviste; la température du matin et 
du soir, celle du jour et de la nuït, offrent de grandes 
différences. Si, dans ces diverses circonstances, on man- 
que une seule fois de prendre les mesures convena- 
bles, les vers à soie tombent aussitôt malades. Mais 
on peut parer à tous ces changements de l’atmos- 
phère si l’on suit fidèlement les règles que nous pres- 
crivons 1C1. | 

Il faut établir tout autour de l'atelier {c'est-à-dire 
à chaque fenêtre) des stores qui puissent se rouler et 
se dérouler à volonté. Au milieu de la chambre on 
allume un feu souterrain. Si les vers à soie ont be- 
soin de chaleur et que l'air extérieur soit froid, on 
abaisse les nattes qui garnissent les fenêtres et l'on 
répand de la chaleur dans l'atelier. Alors le froid du 
dehors ne peut y pénétrer, et une douce température 
se propage dans tout le local. Mais, s’il faisait un froid 
rigoureux, il serait impossible de le dissiper quand 
même l’on ouvrirait souvent les bouches de chaleur 
de l’étuve. Alors on allume au dehors des mottes de 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 87 
bouse sèche, et lorsqu'elles sont embrasées et ne pro- 
duisent plus de fumée, on les place aux quatre angles 
de l'atelier. Bientôt une douce chaleur se répand par- 
tout; dès que le froid est dissipé l'on remporte le 
reste des mottes embrasées. 

Lorsque les vers à soie ont besoin de fraicheur et 
que l'air extérieur est chaud, on ferme les bouches 
de chaleur et l’on relève les stores des fenêtres: alors 
la chaleur intérieure se dissipe et la fraîcheur du de- 
hors pénètre dans l'atelier. S'il faisait une chaleur 
étouffante, il ne suffirait pas de relever tous les stores 
pour la dissiper. Alors on enlève le papier des fené- 
tres, on ouvre les petites lucarnes du toit et les con- 
duits d'air qui sont au niveau du sol, et l’on répand 
de l’eau fraîche en dehors des fenêtres et au bas des 
chassis. Bientôt un air frais se répand dans toutes les 
parties de l'atelier. 

Quand cette chaleur étouffante est dissipée, on 
recolle du papier aux fenêtres et l'on bouche les con- 
duits d'air. De cette manière les vers à soie ne sont 
incommodés nl par le froid ni par la chaleur, depuis 
le commencement jusqu'à la fin de leur éducation. 
Il y en a très-peu de malades et les coques ne laissent 
rien à désirer. C’est de l'observation de ces procédés 
que dépend tout le succès de l’éducation des vers 
à soie. Mais il ne faut pas que la fraicheur soit rem- 
placée subitement par la chaleur; on doit augmenter 
peu à peu le feu. Si lon passait subitement du froid 


88 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 

au chaud, les vers à soie deviendraient jaunes et mous. 
Quand il fait trop chaud, il ne faut pas non plus in- 
troduire subitement un air frais dans l'atelier; on doit 
_ ouvrir peu à peu les fenêtres. Cette précaution est 
nécessaire, car, si la chaleur était tout à coup rem- 
placée par un air frais, les vers à soie ne tarderaient 
pas à devenir blancs et à mourir. C’est encore un 
danger grave qu'on doit connaître d'avance, afin d’é- 
loigner les causes qui peuvent y donner lieu. 


BAINS 


QUE LON DONNE A LA GRAINE DES VERS A SOIE. 


L'ancien dictionnaire Eul-ya cite trois sortes din- 
sectes qui forment un cocon : 1° le Siang ou le ver à 
soie qui se nourrit de feuilles de muürier; 2°le Tcheou- 
IE qui se nourrit des feuilles du jujubier et des arbres 
appelés hoa et louan; 3° le Hang qui se nourrit des 
feuilles de la plante appelée siao. 


On lit dans le Chou-king (Yun des livres canoniques 
des Chinois) : « Le premier jour de la lune du dernier 
« mois de printemps, la femme du prince lave la graine 
des vers à soie dans la rivière. » 


HISTOIRE ABRÉGÉE DU ROYAUME DE OU. 


Dans le district de Nan-yang les vers à soie forment 
leurs cocons huit fois par an. 


90 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 


KOUANG-TCHI. 


.On distingue plusieurs sortes de vers à soie : les 
vers à soie d'automne, les vers à soie d'hiver, et les 
vers à soie sauvages. 


YONG-KIA-KI. 


Dans le district de Yong-kia on compte huit espèces 
de vers à soie : 

1° Les vers à soie appelés Hang-tchin-tsan. Ils for- 
ment leur cocon dans le troisième mois (avril); 

2° Les vers à soie appelés Tché-tsan, c'est-à-dire 
les vers que l’on nourrit avec les feuilles de l'arbre 
Tche. Is forment leur cocon au commencement du 
quatrième mois (mai); 

3° Les vers à soie appelés Hang-tsan. Ils forment 
leur cocon dans le quatrième mois (mai); 

4° Les vers à soie appelés ’Aïtchin-tsan, c'est-à-dire 
vers à soie chéris et précieux. Îls forment leur cocon 
dans le cinquième mois (juin ); 

5° Les vers à soie appelés ’Ai-tsan ou vers à soie 
cheris. Ils forment leur cocon vers la fin du sixième 
mois (juillet); 

6° Les vers à soie appelés Han-tchin-tsan, c'est-à- 
* dire vers à soie froids et précieux. Ils forment leur 
cocon dans le septième mois (août); 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 91 
7° Les vers à soie appelés Sse-tchou-tsan, c'est-à- 
dire vers à soie qui viennent d’une quatrième ponte. 
Ils forment leur cocon au commencement du neu- 
vième mois (octobre ); i 
8° Les vers à soie appelés Han-tsan, c'est-à-dire 
vers à soie froids. Is forment leur cocon dans je 
dixième mois (novembre). 


On lit dans le même ouvrage : « Tous les vers à soie 
des premières espèces qui mürissent deux fois dans 
un an {c'est-à-dire qui donnent de la graine pour une 
seconde éducation de la même année), s'appellent 
Tchin-isan, c'est-à-dire vers à soie précieux. I y a peu 
de personnes qui élèvent les vers à soie appelés pre- 
cieux. 

Les vers de la cinquième classe, appelés ’Aï{san 
ou vers à soie chéris, proviennent de la graine des 
vers de ja troisième classe, appelés anciennement 
Hang-tsan. 

Lorsque les vers à soie (de la première classe) ap- 
pelés Hang-tchin ont formé leurs cocons dans le troi- 
sième mois (avril), les papillons sortent, et l’on re- 
cueille leurs œufs. Dans le septième et le huitième 
mois, les œufs éclosent et les papillons naissent. Un 
grand nombre de personnes élèvent cette espèce de 
vers à soie. Ce sont là ceux qu'on appelle Hang-tsan, 
ou les vers à soie de la troisième classe. 

Lorqu'on veut obtenir des vers à soie appelés ’Ai- 


99 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 

isan, où vers à soie chéris ( de la cinquième classe ), 
on prend des œufs des vers de la troisième classe, 
appelés Hang-tchin, on les met dans un vase de terre 
dont la dimension doit être proportionnée à la quan- 
üté de graine qu'on veut conserver. On bouche 
l'ouverture du vase avec du papier, puis on place le 
vase dans un bassin rempli d’eau de source, afin que 
la fraicheur arrête l’éclosion de la graîne. On laissera 
ainsi les œufs de trois à sept jours; au bout de ce 
temps ils écloront, et l’on pourra élever les vers à 
soie. On les appelle ’Aïtchin, ou vers à soie chéris et 
précieux; on les nomme encore ’Aï{seu, ou enfants 
chéris. Ce sont ceux de la quatrième classe. 

Quand ils ont formé leur cocon, les papillons sor- 
tent et pondent leurs œufs. Sept jours après la ponte, 
les œufs éclosent et deviennent vers à soie. Un grand 
nombre de personnes élèvent les vers de cette espèce. 
Ce sont alors les vers de la cinquième classe, appelés 
’Aïtsan, ou vers à soie chéris. | 

Il faut faire en sorte que l’eau où baigne le vase 
aille juste à la hauteur des œufs qu'il renferme; car, 
si l’eau extérieure s'élevait au-dessus de la ligne des 
œufs, ils mourraient et ne pourraient plus éclore. Si 
l'eau extérieure était plus basse que les œufs, alors ils 
manqueraient de fraîcheur, et l’on ne pourrait arrêter 
leur éclosion. Si l'on ne pouvait arrèter leur ecloslon , 
alors on ne pourrait les conserver de trois à sept jours 
dans le vase. Si Jon ne peut les conserver de trois à sept 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 93 
jours dans le vase, lors même qu'ils éclosent, ils ne 
peuvent accomplir leur tâche. Gette expression veut 
dire qu'ils filent vainement pour former leur cocon. 
Quand les papillons sont sortis et que les femelles ont 
pondu, leurs œufs ne peuvent éclore au bout de sept 
jours; ces œufs ne peuvent plus éclore que l'année 
suivante : mais 1l faut les déposer à l'ombre d'un arbre 
bien touffu. Il y a aussi des personnes qui les mettent 
dans un vase de terre non cuite. Ils éclosent au bout 
de trois à sept jours, et les vers qui en proviennent 
réussissent à former une coque bien conditionnée. 


TSA-HOU-HING-CHOU. 


Aujourd’hui l'on distingue treize sortes de vers à 
sole. 


1° Les vers à soie qui ont trois sommeils et ne 
naissent qu'une fois; 

2° Les vers à soie qui ont quatre sommeils et qui 
naissent deux fois, c’est-à-dire dont on emploie la graine 
pour faire une seconde éducation dans la même an- 
née ; 

3° Les vers à soie à tête blanche; 

4° Les vers à soie appelés Hie-chi-tsan ; 

5° Les vers à soie du pays de Thsou. { Thsou est l'an- 
cien nom de la province aciuelle du Hou-kouang ) ; 


94 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 
: 6° Les vers à soie noirs; parmi ceux-ci les uns 
naissent une fois, les autres deux fois (voyez 2°); 
7° Les vers à soie cendrés; 
8° Les vers nés d’une mère d'automne: 
9° Les vers à soie du milieu de l'automne; 
10° Les vers à soie appelés Lao-thsieou-eul-tsan (tte- 
ralement, vieux vers du petit automne ) ; r 
11° Les vers de la fin de l'automne, appelés Lao- 
hiaï-eul-tsan ; 
12° Les vers à soie appelés Kin-eul-tsan : 
13° Les vers à soie qui travaillent au même cocon. 
Tantôt deux, tantôt trois vers à soie travaillent en- 
semble au même cocon. 
En général, la soie fournie par les vers de trois 
mues diffère beaucoup de celle des vers de quatre 
mues. 


HAI-NING-HIEN-TCHI. 


Dans la nuit qui précède l’époque appelée ising- 
ming, le 5 avril, les personnes qui élèvent des vers 
à soie enveloppent la graine dans un vêtement de 
coton, et la placent sous elles dans leur lit; elles 
pensent que Ja chaleur naturelle du corps humain 
hâte la naissance des vers à soie. 


MÊME OUVRAGE. 


Le douzième jour de la dernière lune de l’année 


EDUCATION DES VERS A SOIE. 95 
(c’est-à-dire à la fin de décembre, ou dans le mois de 
janvier lorsqu'il y a une lune intercalaire }, toutes les 
personnes qui élèvent des vers à soie baignent la grame 
dans de l'eau salée, l’exposent à des fumigations de 
melongène, et la cachent dans un morceau de balle 
de riz. Au bout de vingt-quatre jours elles la retirent; 
elles la baignent ensuite dans une eau vive et at- 
tendent l'arrivée du printemps. 


SSÉ-NONG-PI-YONG. 


Les vers dete sont d’une autre espèce; on les ap- 
pelle vulgairement San-tsan, ou troisièmes vers à sole. 

Les vers qu'on élève au printemps donnent de la 

à. F F 

2 LE 『 》 7 1 L 
graine pour l'été; les vers qu'on élève en été donnent 
de la graine pour lautomne; les vers d'automne 
donnent de la graine pour le printemps de l'année 
suivante. ] ne faut négliger aucune de ces pontes, car 
autrement on manquerait de graine pour les éduca- 
tons suivantes. 


MÊME OUVRAGE. 


Les vers à soie d'automne s'appellent aussi Youen- 
tsan, c'est-à-dire seconds vers à sole, ou vers à soie 
d'une seconde éducation. Mais, en cueïllant des feuilles 
pour les nourrir, on ne manque jamais de nuire à 


96 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 

l'arbre. Comme il arrive quelquefois qu’un malheur 
du ciel fasse périr les vers à soie du printemps, on 
ne peut se dispenser d'élever des vers à soie d'automne 
pour réparer les pertes qu'on a éprouvées. Mais les 
éducations tardives sont plus sûres et plus avanta- 
geuses que celles du commencement de l’année. 


Stiu-kouang-ki dit :« Les hommes da présent n’élèvent 
«pas de vers à soie d'automne; ils se contentent de 
« conserver de la graine dete pour l'éducation du prin- 
«temps suivant. Elle réussit également bien. » 

Le même auteur dit encore : « C’est une idée fort 
« juste que de dire : Les vers à soie d'automne servent 
«à réparer les pertes qu'on a éprouvées au printemps 
«et à suppléer aux besoins de l’année. En automne, 
«on a beaucoup de beaux jours; par conséquent l’édu- 
«cation de cette époque promet des succès plus assurés 
«que celle du printemps. Mais on rencontre au- 
«jourd'hui des gens qui disent : Les vers à soie d’au- 
«tomne ne peuvent plus trouver des feuilles tendres. On voit 
«qu'ils ignorent complètement les raisons puissantes 
«qui obligent de faire une éducation en automne, 
«savoir, la nécessité de réparer quelquefois les pertes 
«qu’on a éprouvées et de suppléer aux besoins de jan- 
«née. Lorsqu'on élève des vers à soie en été ou en 
«automne, 1l faut prendre toutes les mesures néces- 


« saires pour les préserver des cousins et des mouches. » 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 97 


MÈME OUVRAGE. 


Après l'époque appelée thsing-ming (après le 5 avril), 
les œufs commencent à changer. D'abord ils prennent 
une teinte uniforme et se gonflent; ensuite ils s’ar- 
rondissent et présentent un côté pointu. Leur centre 
ressemble à la couleur des saules au commencement 
du printemps. Enfin ils se transforment en vers qui ont 
l'apparence de petites fourmis noires. Les vers qui 
se replient sur eux-mêmes d'une manière circulaire 
et qui ressemblent à une montagne qu'on voit de loin, 
sont ceux qu'il faut absolument garder; mais il ne faut 
pas élever ceux qui ont la tête plate, qui sont secs 
et comme brûlés, ainsi que ceux qui sont d’un bleu 
céleste, jaunes ou couleur de chair. 


MÊME OUVRAGE. 


Il y a des personnes qui arrosent la graine avec de 
l'eau salée. Cette opération s'appelle sien-tsan, c'est-à- 
dire bain des vers à soie. Cette graine, ainsi lavée, 
produit les vers à soie les plus estimés. 

Les vers dont on ne lave pas la graine s'appellent 
Ho-tsan, c’est-à-dire vers à soie ardents (ce sont ceux 
d'automne). Ils sont moins estimés que les précé- 
dents. 


On lit dans l'ouvrage intitulé Sang-isan-tchi-choué : 


" 
1 


98 ÉDUCATION DES VERS A SOÏE. 

« Ceux qui veulent que les œufs éclosent promptement 
« déplient souvent, et roulent une à une les feuilles de 
« papier où les papillons femelles les ont déposés. (Ce 
« papier devra être fabriqué avec du coton ou de l'écorce 
«de mürier. Suivant les idées des Chinois, qui ban- 
«nissent des ateliers tout ce qui est fait de chanvre, 
« par exemple, les cordes et les tissus de chanvre, notre 
«papier d'Europe serait très-nuisible aux vers à soie.) 
« Ceux qui veulent retarder l'éclosion déploient les 
«feuilles à des intervalles éloignés , et les roulent en- 
«suite d’une manière serrée, sans laisser le moindre 
« vide dans le centre du rouleau. » | 


% 


L 


HOANG-SING-TSENG DIT : 


Le douzième jour de la dernière lune, en décem- 
bre, ou en janvier s’il y a un mois intercalaire, on fait 
tremper la graine dans de l’eau salée, et on la retire 
le vngt-quatrième jour. Alors la soie sera plus facile 
à dévider. 


UN AUTRE AUTEUR DIT : 


Le huitième jour de la dernière lune, on fait trem- 
per les feuilles couvertes d’œufs dans de l’eau où l'on 
a fait bouillir de la cendre de branches dé mürier, ou 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 99 
de la cendre d'herbes; on les retire au bout d'un jour. 
Le douzième jour de la seconde lune, on donnera un 
bain aux œufs le matin de l’époque appelée {hsing-ming ; 
puis on les enveloppera dans du papier de coton, et 
on les déposera dans la cuisine. On attendra que les 
feuilles de müûrier soient grandes comme une cuiller 
à thé, alors on enveloppera la graine dans du coton. 
Le soir, on la couvrira avec les vêtements chauds 
qu'on a portés pendant le jour; le matin où l’enve- 
loppera dans la couverture du lit. Quand la graine est 
éclose, on doit échauffer les vers à l’aide du feu; 
mais, quand ils ne sont pas encore sortis de l'œuf, 1l 
faut bien se garder de les faire éclore au moyen de 
la chaleur du feu. 

Lorsqu'on veut faire tremper les feuilles de papier 
couvertes d'œufs, on prend de la cendre de branches 
de mürier, on humecte les feuilles et on les saupoudre 
de cette cendre. Ensuite on les roule et on les fait 
tremper dans de l'eau où l’on a dissous une certaine 
quantité de sel. Si l'on craint que les rouleaux de 
feuilles ne surnagent, on les maintient au fond de 
l'eau en les chargeant d’une assiette de porcelaine. On 
doit retirer les feuilles le vingt-quatrième jour. 

On lave les feuilles dans une eau courante pour 
enlever la cendre, ou bien on les arrose dans un bas- 
sin; ensuite on les suspend au frais, et la graine éclôt 
à l'arrivée du printemps. Si une partie de la graine 
n’éclôt pas, on la conserve dans l'obscurité et l’on 


7- 


100 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 
n'est point exposé à faire une dépense inutile de 
feuilles. 

Le douzième jour de la seconde lune, on prend des 
feuilles des plantes appelées thsai et yé-thsaï, des 
fleurs de poireau, de pêcher et de haricots blancs. 
On les écrase dans de l’eau et on y baigne les feuilles. 


Lorsque les femelles pondent, elle s'arrêtent dor- 
dinaire au bout d’une nuit. Dans le cas contraire, les 
vers à soie que produisent leurs œufs ne peuvent 
éclore tous ensemble. 


MÊME OUVRAGE. 


Beaucoup de personnes conservent la graine de 
vers à soie dans des boîtes de bambou, où elle est ex- 
posée à tous les changements de température humide, 
üède, chaude ou brûlante. Si élle passe subitement 
du froid à une chaleur excessive, elle en est affectée 
d’une manière funeste. Les habitants de la province de 
Tché-kiang appellent cela Tching-pou. Cette expression 
veut dire que les vers à soie contractent une maladie, 
lorsqu'ils sont encore dans l'œuf (littéralement, sur la 
toile, ou sur les feuilles de papier). Les vers de cette 
oraine sont Jaunes en naissant : or, les vers naïssants 
qui sont Jaunes ne valent pas la peine d'être élevés. 
On peut les comparer à un enfant qui a contracté une 
maladie dans le sein de sa mère. À: sa naissance 1l est 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 101 
faible et débile. Il est difficile de le guérir de cette ma- 
ladie innée. En général, lorsqu'on veut conserver de 
la graine de vers à soie, on étend les feuilles sur des 
planches de bambou, en faisant en sorte qu’elles ne 
soient pas exposées au vent ni au soleil. De plus, on 
les couvre avec une étoffe de soie, de peur que les 
papillons ou les insectes du coton ne les mangent. 

On attend qu'il y ait beaucoup de neige, soit le pre- 
mier jour de la dernière lune, soit dans le courant de 
la dernière lune, et l'on étend au milieu de la neige 
les feuilles couvertes de graines. Au bout d’un jour 
on les retire et on les étend de nouveau sur les plan- 
ches de bambou, et on les couvre comme auparavant 
avec une étoffe de soie. 

Quand le printemps est venu, on observe avec at- 
tention l'époque précise où la graine est sur le point 
d'éclore; on prend du cinabre en poudre, on le délaye 
dans de l’eau tiède, et on baigne la graine dans cette 
eau. L'eau ne doit être nl trop froide ni trop chaude; 
elle doit être maintenue à la température du corps 
humain. 


MÊME OUVRAGE. 


Lorsque les vers ne sont pas encore éclos, on pèse 
la graine, et on en écrit le poids sur le dos de la feuille 
où elle est attachée. Lorsque les vers sont éclos, gar- 
dez-vous de les balayer pour les séparer du papier. I 
y a beaucoup de personnes qui, dès qu’elles voient les 


102 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 

vers éclore, les détachent du papier avec un petit balai 
ou avec un petit plumeau; mais ces petits êtres, si dé- 
licats et minces comme un cheveu où un brin de soie, 
ne peuvent supporter les blessures que leur fait le balai 
ou le plumeau. 卫 faut couper des feuilles de mürier 
en filets extrêmement fins, et les semer d’une manière 
égale sur une grande feuille de papier. On applique le 
côté du papier où sont les vers éclos, sur celui qui est 
couvert de filaments de feuilles de mürier. Les vers 
qui aiment l'odeur des feuilles de mürier, descendent 
d'eux-mêmes sur le papier destiné à les recevoir. 


Alors on pèsera de nouveau Îe papier où était ja 
graine; on saura la quantité de vers éclos, et l’on 
pourra calculer combien il faudra de livres de feuilles 
pour les nourrir. Il vaut beaucoup mieux avoir plus 
de feuilles qu'il n’en faut pour le nombre de vers à 
soie qu'on veut élever. Alors vous aurez à votre dis- 
position une nourriture abondante pour vos vers à 
soie, et vous ne serez point exposé aux malheurs que 
cause la disette des feuilles. Il y a beaucoup de per- 
sonnes qui ne font point d'avance ce calcul; mais, quand 
les feuilles viennent à manquer, elles se trouvent ré- 
duites aux plus fâcheuses extrémités; elles mettent en 
gage ou vendent leurs effets pour s'en procurer. Elles 
ont la douleur de voir leurs vers à soie tourmentés 
par la faim; les claies sont jonchés de vers qui lan- 
guissent et meurent. Ainsi, par leur imprévoyance, 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE, 105 
elles sacrifient inutilement la vie d'un grand nombre 
de ces précieux insectes. 


NONG-SANG-TSI-YAO. 


Il dépend de vous de retarder ou de hater les chan- 
gements de couleur qu'éprouve la graine; mais il faut 
avoir soin que ces changements aient lieu d'une ma- 
nière naturelle, et ne compromettent point la vie du 
ver à soie qui est renfermé dans l'œuf. 

Lorsque les feuilles de mürier sont déjà poussées, 
de huit à dix heures du matin, on retire du vase les 
feuilles de papier, on les déroule et on les suspend. 
Il n'y a point de règle rigoureuse pour déterminer le 
progrès des œufs. Seulement il faut que le premier 
jour leur couleur soit changée de trois dixièmes, le 
second jour de sept dixièmes. Alors vous roulez les 
feuilles, vous les mettez dans un tube de papier bien 
collé des deux bouts, et vous les replacez dans le vase. 
Le troisième jour, vers midi, vous retirez encore les 
rouleaux du vase et vous les dépliez. 卫 faut qu'alors 
leur couleur soit complétement changée. 


104 ÉDUCATION DES VERS À SOIE. 


NONG-SANG-PI-KIQUÉ. 


L'art d'élever les vers à soie commence par le choix 
de la graine et la conservation des cocons. On prend, 
dans les coconnières, les cocons qui sont tournés vers 
le jour (c'est-à-dire ceux du haut de la coconniere ) 
qui sont brillants, propres et d’un tissu serré. 

Les papillons qui sortent le premier jour s’appel- 
lent miao-ngo (comme si on disait papillons en herbe). 
Les papillons qui sortent les derniers de tous s’appel- 
lent mo-ngo (c'est-à-dire papillons de la fin). Ni les 
uns ni les autres ne doivent être gardés. On prend 
seulement ceux qui sortent après le second jour. On 
étend les feuilles de papier sur les cases d’une étagère, 
alors les mâles et les femelles se rapprochent et sac- 
couplent. Quand le soir est venu, on sépare les papil- 
lons mâles, puis on place les femelles sur des feuilles 
de papier, en laissant entre elles une égale distance. 
On doit rejeter les œufs qui se trouvent en grumeaux. 
Lorsque les femelles ont pondu un nombre d'œufs 
suffisant, on laisse la graine sur les feuilles où elle est 
déposée, et on les couvre pendant trois ou cinq jours. 
Quand on suspend les feuilles, il faut que les œufs 
soient tournés en dehors (lisez : en dedans), de peur 
que le vent ne puisse les faire périr. 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 105 


MEME OUVRAGE. 


Au solstice d'hiver, et le huitième jour de la der- 
nière lune, il ne faut pas baigner la graine dans une 
eau trop profonde. Après l'avoir fait tremper, on la 
retire. Le quinzième jour de la lune (lorsqu'elle est 
dans son plein), on prend plusieurs feuilles couvertes 
de graines et on les roule ensemble. On les lie solide- 
ment avec une corde decorce de mürier (ou de coton), 
puis on les suspend devant le vestibule au haut d’une 
perche élevée, afin qu'elles recoivent le froid qui se 
fait sentir dans les derniers jours de l’année. Après le 
premier jour de l'an, on reprend les rouleaux, et on 
les met debout dans un vase de terre. Au bout d’une 
dizaine de jours, on observe le moment où le soleil est 
élevé sur l'horizon, et l’on retire les feuilles du vase. 
Chaque fois que le temps a été sombre et pluvieux, on 
les expose ainsi à la chaleur du soleil, aussitôt qu'il 
vient à se montrer. 

Voilà la manière de baigner et de conserver la graine 
de vers à soie. 


WOU-PEN-SIN-CHOU. 


À l’époque appelée thsing-ming (le 5 avril), on prend 


les feuilles couvertes d'œufs, qui étaient déposées dans 


106 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 

un vase de terre, on les transporte, à l'abri du vent, 
dans une chambre où règne une douce chaleur, et on 
les suspend juste à la moitié de la hauteur de ce local, 

À l’époque appelée kou-iu (le 20 avril), on prend 
les feuilles et on les expose à l'air et au soleil, mais 
il faut les disposer de manière à mettre en dedans la 
partie qui était en dehors. Vous roulez de gauche à 
droite celles qui étaient roulées de droite à gauche, 
et vous roulez de droite à gauche celles qui étaient 
roulées de gauche à droite. Chaque jour vous les chan- 
gez de côté, et vous les roulez dans un sens différent 
de la veille. Après les avoir suffisamment roulées et 
déroulées, vous les remettez dans le vase comme au- 
paravant. 

Quand l’époque de léclosion approche, vous trans- 
portez les feuilles dans une chambre où elles soient à 
l'abri du vent et du soleil: les vers à soie naïîtront tous 
ensemble. 


MÈME OUVRAGE: 


Pour faire descendre les vers qui viennent d’éclore, 
il y a beaucoup de personnes qui frappent le revers 
de la feuille avec un petit bâton de bois de pêcher. 
Quand les vers sont descendus, elles les rassemblent 
avec un peut balai ou un plumeau, les mettent dans 
une enveloppe de papier et les pèsent, puis elles les 
répandent sur les clales. Dans la suite, aux différentes 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 107 
époques de leur existence, jls éprouvent des maladies 
qui viennent le plus souvent de cette pratique dange- 
reuse. 

Quand les vers sont éclos, il faut répandre sur une 
claie un lit de paille hachée où l'on place une ou deux 
jujubes cuites sous la cendre. Avant la naissance des 
vers à soie, on pèse avec soin les feuilles couvertes 
d'œufs. Après l'éclosion, on répand les vers nouvelle- 
ment nés sur le lit de paille hachée. BH faut qu'ils 
soient distribués d’une manière égale et très-éloignés 
les uns des autres. | 

Quand les vers sont tous éclos, on pèse de nou- 
veau les feuilles vides, et l'on connaît la quantité 
exacte des vers qu'on aura à élever. 

Si l'on suit fidèlement les règles que nous venons 
d'exposer, on ne perdra pas un ver à soie sur cent. 

Aujourd'hui l’on voit des personnes qui déposent 
sur une seule natte des vers provenant d’une ou de 
deux onces de graine; ils sont entassés et pressés les 
uns contre les autres. Il résulte infailliblement de 1à 
qu’elles perdent un grand nombre de vers à soie. 

Lorsqu'on a des vers naissants qui proviennent de 
trois onces de graine, il est nécessaire de les répandre 
d’une manière égale sur une grande claie. Gardez- 
vous surtout d'élever un trop grand nombre de vers 
à soie, car si vos moyens ne vous permettent de nour- 
rir que les vers provenant de trois onces de grame, 
et que, par cupidité, vous veuilliez élever les vers de 


108 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 

quatre onces de graine, vous serez bientôt réduit à 
manquer d'espace, de claies, d’ouvrières et de com- 
bustible. De cette manière vous perdrez en même 
temps vos vers à soie et les dépenses que vous aurez 
faites pour cette éducation infructueuse. 


NONG-TCHING-TSIOUEN-CHOU. 


On lit dans l'ouvrage intitulé Ssé-nong-pi-yong : 

Pour faire éclore les vers à soie, 1l faut connaître 
exactement les degrés de chaleur ou de froid qui leur 
conviennent, et la manière de hâter ou de retarder 
leur éclosion, de sorte qu'il n’y en alt pas un seul qui 
naisse avant ou après les autres. 

Voici le procédé qu'il faut suivre. 

Quand les œufs ont tous pris une couleur cendrée, 
on réunit deux à deux jes feuilles couvertes de graine, 
et on les étend sur une claie parfaitement propre. En- 
suite on les roule d’une manière serrée, on les lie des 
‘ deux bouts avec une ficelle (de coton ou decorce de 
mürier), et on place les rouleaux debout dans une 
chambre propre, fraîche et où il ny ait point de 
fumée. 

Le soir du troisième jour on retire les rouleaux, 
on les déploie et on les étend sur des claies. C’est-une 
chose très-heureuse, si aucun ver’ n’est éclos. Mais si 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 109 
par hasard il y en a quelques-uns qui soient éclos avant 
les autres, on les enlève et on les jette. Ensuite on 
prend les feuilles trois à trois, on les roule ensemble 
d’une manière lâche, et on les dépose dans la chambre 
nouvellement chauffée pour les vers à soie. On ob- 
serve avec attention le moment du lever du soleil: 
alors on déroule les feuilles, et on les étend une à 
une sur des claies au milieu de la cour. S'il y a de la 
rosée, on placera les claies dans une chambre fraîche 
ou sous une espèce de tente. Quelque temps après, 
on transportera les feuilles dans la chambre préparée 
pour les vers à soie, et on les étendra une à une sur des 
claies placées à terre. Au bout de quelques instants 
les vers à soie naïîtront fous ensemble, sous forme de 
petites fourmis noires. Il ny en aura pas un seul qui 
naisse avant ou après les autres. On pèsera alors les 
vers éclos, avec les feuilles de papier, pour connaître le 
nombre de vers à soie qu’on aura à nourrir, et calculer 
d'avance la quantité de feuilles dont on aura besoin. 


MEME OUVRAGE. 


* Lorsqu'on fait descendre les vers nouvellement 
éclos, il faut agir d'une main légère, les répandre 
sur la claie d'une manière égale, et laisser entre eux 
un espace convenable. Il faut prendre garde de ne 
point les blesser ou de les trop presser les uns contre 
les autres. Dès que les vers sont éclos tous ensemble, 


110 ÉDUCATION DES VERS À SOIE. 

on prend des feuilles fraiches et tendres, et on les 
coupe en filets très-minces avec un couteau bien ai- 
guisé; puis on les répand avec un tamis à larges trous 
sur la feuille qui doit recevoir les vers à soie, et sous 
laquelle on a répandu d'avance un lit de paille hachée. 
H est nécessaire que les feuilles soient distribuées d’une 
manière uniforme en couches très-légères. Ensuite 
on prend les feuilles de papier où sont les vers nou- 
vellement éclos, et on les applique sur les feuilles de 
mürier; les vers descendent d'eux-mêmes sur les 
feuilles de mürier. Si quelques vers sont trop long- 
temps à descendre, s'ils montent sur le dos de la 
feuille de papier, et s'ils ne descendent pas lorsque 
la feuille a été retournée, il faut les jeter‘avec la 
feuille même où ils restent attachés : ce sont des vers 
malades qu’il serait impossible d'élever. 


MÈME OUVRAGE. 


Le succès dé l'éducation des vers à sore dépend des 
précautions que l’on prend dans l'origine, afin qu'à 
l'avenir ils ne soient exposés à aucun danger. Si les 
vers à soie ne s’éveillent pas tous ensemble de leur 
premier sommeil, cela vient de ce qu'ils n’ont point 
changé de couleur et ne sont pas éclos tous ensemble 
S'ils ne changent pas de couleur et ne naissent pas 
tous ensemble, cela vient de ce qu'on n’a pas suivi 
exactement les règles prescrites pour bien conserver 


les œufs. 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 111 


MÊME OUVRAGE. 


On lit dans le livre intitulé Thsin-kouan-tsan-chou : 

Le premier jour de la dernière lune on réunit la 
graine et on l'arrose avec de l'urine de vache; ensuite 
on la lave dans une eau vive. Il faut faire en sorte que 
les feuilles couvertes d'œufs ne se déchirent point. (Un 
auteur conseille de les fortifier avec des fils de coton 
ou de soie, faufilés de distance en distance dans le 
sens de leur longueur et de leur largeur.) 


NOURRITURE 


DES VERS A SOIE. 


KOUAÏ-KI-TCHI. 


La plupart des vers à soie de printemps ont quatre 
sommeils, tous les autres vers à soie n’ont que trois 
sommeils. Les habitants du pays de Youé expriment 
l'idée qu'on attache au mot mien, sommeil (mue), par 
le mot yao, jeunesse. Ainsi ils disent : la première 
jeunesse, la seconde jeuncsse, la troisième jeunesse 
des vers à soie. 


LE LIVRE DES VERS A SOIE. 


On distingue trois couleurs brillantes dans les vers 
à sole : 

Quand ils sont d’une blancheur luisante, nourrissez- 
les modérément; 

Quand ils sont d’un bleu luisant, nourrissez-les 
abondamment; 

Quand leur peau se ride, c’est signe qu'ils ont 
faim ; 


EDUCATION DES VERS A SOIE. 115 
Quand ils sont d’un jaune Iuisant, diminuez peu 
à peu la nourriture. 


THSI-MIN-YAO-CHOU. 


Chaque fois que vous donnez à manger aux vers à 
soie, levez les stores des fenêtres, et baissez-les dès 
qu'ils ont fini de manger. La lumière donne de Fap- 
pétit aux vers à soie (littéralement : dès que les vers à 
soie voient de la lumière, js mangent). Après avoir 
beaucoup mangé, ils croissent et grandissent. 


LE LIVRE DES VERS À SOIE. 


Le lendemain de la naissance des vers à soie, on 
leur donnera des feuilles de mürier ou de tché, se- 
chées dans un endroit bien aéré. Quand ils ont un 
vingtième de pouce, ils mangent cinq fois le Jour et 
la nuit. 

Le neuvième jour 1ls cessent de manger pendant 
un jour et une nuit. Ce repos s'appelle le premier 
sommeil. 

Sept jours après, js s'endorment de nouveau comme 
la première fois. Quand ils ont mangé des feuilles et 
qu'ils ont atteint la longueur d'un dixième de pouce, 
ils mangent six fois le jour et ja nuit. 


e 


114 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 

Sept jours après ils s'endorment encore comme la 
seconde fois. 

Cinq jours après ils cessent de manger. Cette abs- 
tinence dure deux jours (le sixième et le septième 
jour); cest ce qu'on appelle ta-mien ou le grand 
sommeil. Alors les vers à soie ne mangent que la 
moitié de la feuille. Hs mangent huit fois le jour et 
la nuit. 

Trois jours après ils éprouvent un grand appétit; 
ils mangent alors la feuille entière. Hs mangent dix 
fois le jour et la nuit. Avant que trois jours se soient 
écoulés, ils commencent à travailler à leur coque. 

Toutes les fois que les vers à soie commencent à 
manger après un de leurs sommeils, 1l faut répandre 
légèrement les feuilles sur eux. Si on les jetait, ils 
en éprouveraient une émotion qui leur ôterait l'ap- 
pétit. 


OBSERVATION DU TRADUCTEUR. 
Lextrait qui précède se rapporte aux vers à soie de 
quatre mues dont l'éducation dure plus longtemps que celle 


des vers à soie ordinaires, c’est-à-dire des vers à soie de trois 


mues. 


HO-PI-SSÉ-LOUI. 


Quand le ver à soie se couche-et reste immobile, 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 115 
ce repos s'appelle sommeil. Pendant ce sommeil, il ne 
mange pas de feuilles de mürier ou de l'arbre fche. 
Au bout d'un jour et d'une nuit il quitte sa peau. 

Il y a des vers à soie qui ont trois sommeils, il y 
en a qui ont quatre sommeils. 


HOANG-SING-TSENG DIT : 


Depuis la naissance des vers à soie jusqu'à leur trol- 
sième sommeil, on doit leur donner constamment 
des feuilles coupées. Lorsqu'on nourrit des vers à soie 
ardents c’est-à-dire des vers à soie d'automne, 1l faut 
les surveiller avec le plus grand soin. Dès qu'ils ont 
mangé leurs feuilles, donnez-leur-en d’autres, car ils 
tomberaient malades s'ils respiraient, à jeun, la cha- 
leur de l'atelier. 


NONG-SANG-TSI-YAO. à 


Vers la fin de l'automne, lorsque les feuilles de 
mürier ne sont pas encore Jaunes, il faut en cueillir 
une grande quantité. On les fait sécher et on les brise 
de manière à les réduire presque en farine. Il faut les 
conserver dans un lieu chauffé par un feu qui ne pro- 
duise aucune fumée. Elles serviront l’année suivante 
pour nourrir les vers à soie de printemps après cha- 
cune de leurs mues. 


116 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 


MÊME OUVRAGE. 


Le huitième jour du dernier mois (janvier), on fait 
tremper dans de l’eau fraîche de petits pois verts ap- 
pelés lo-teou (dolichos). On les étend sur des claies, 
par couches peu épaisses, et on les fait sécher au so- 
leil. En outre, on lave dans une eau pure du riz 
mondé et on le fait sécher. On doit conserver ces pois 
verts et ce riz dans un endroit situé à l'ombre. La 
farine qu’on en aura obtenue servira à nourrir les vers 
à soie au sortir de leur dernier sommeil ou de leur der- 
mère mue. On ja répand d’une manière égale sur Îles 


feuilles qu'on leur a données. : 


MÊME OUVRAGE. 


Manière de nourrir les vers à soie naissants. 


Il faut couper fréquemment des feuilles de müûrier 
en filaments irès-menus et les répandre légèrement 
à l'aide d’un tamis. On doit distribuer de la nour- 
riture sans interruption. Dans l’espace d’une heure 
(deux de nos heures) on leur donnera environ quaire 
repas, ce qui fait quarante-huit repas dans l’espace 
d'un jour et d'une nuit. 


MÊME OUVRAGE. 


] faut absoiument donner à mañger aux vers à soie 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 117 
le jour et la nuit. Si leurs repas sont multipliés, il en 
résuliera nécessairement qu'ils arriveront vite à l’épo- 
que de leur vieillesse ; mais si leurs repas sont rares et 
peu nombreux ils vieilliront lentement. 

Quand les vers à soie vieillissent en vingt-cinq jours, 
une claie peut donner vingt-cinq onces de soie. Quand 
ils vieillissent en vingt-huit jours, on n’en obtient que 
vingt onces. S'ils vieillissent en un mois ou en qua- 
rante jours, une claie ne donnera qu'une dizaine 
donces de soie. 

Les personnes qui nourrissent les vers à soie doivent 
tâcher de ne point dormir. La paresse a de graves in- 
convénients. 

Chaque fois qu'on a donné à manger aux vers à soie, 
il faut faire le tour des claies et les visiter avec la plus 
grande attention ; il est essentiel que les feuilles soient 
réparties d’une manière égale. Si le temps est couvert 
et pluvieux, si l'air extérieur est froid, avant de donner 
à manger aux vers à soie, on prend des branches sèches 
de mürier ou bien une poignée de paille de riz de- 
pouillée de ses feuilles, on y met le feu et l'on pro- 
mène cette flamme autour et au-dessus des claes, 
afin de dissiper le froid et humidité qui engourdis- 
sent les vers à soie. Après cette opération, on leur 
donne à manger. De cette manière ils ne contractent 
aucune maladie. Au moment de leur sommeil, on 
observe le moment où ils sont tous endormis, et alors 


on suspend la nourriture. Ensuite on ne leur donne 


118 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 
à manger que lorsqu'ils sont tous éveillés. Si on leur 
donnait de la nourriture lorsqu'il ny en a que les 
huit ou neuf dixièmes d’éveillés, ils ne pourraient 
arriver tous ensemble à époque de leur vieillesse ; 
en outre, il y en aurait un grand nombre de perdus. 
Depuis le second sommeil jusqu’au grand sommeil 
(le troisième sommeil), lorsque les vers prennent une 
teinte d’un jaune luisant et qu'ils se disposent à dor- 
mir, suspendez la nourriture et transportez-les sur 
d’autres claies. Lorsqu'ensuite ils sont tous éveilles, 
nourrissez-les lentement (c’est-à-dire donnez-leur des 
repas éloignés), et répandez les feuilles sur eux en 
couches très-légères. Si les feuilles étaient distribuées 
avec trop d’abondance, ils mangeraient sans appétit 
et tomberaient malades. Or, comme c’est la nourri- 
ture qui donne aux vers à soie la force et la vie, il 
faut apporter la plus grande attention pour qu'elle 
ait toutes les qualités convenables. Les vers à soie re- 
doutent beaucoup les feuilles imprégnées de pluie ou 
de rosée; s'ils en mangent, le plus grand nombre 
d’entre eux tombe immédiatement malade. 


MÈME OUVRAGE. 


Quand les vers à soie s'éveillent de leur grand som- 
meil (du troisième sommeil), il faut dissiper constam- 
ment la chaleur interne qui les incommode. On doit à 
cette époque leur donner des repas multipliés. Si par 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 119 
hasard le vent du sud vient à s'élever, 1l faut abaisser les 
stores des fenêtres et les paillassons des portes. Dans 
ce moment, il ne faut pas les transporter sur d’autres 
claies. Lorsqu'on répand les vers à soie sur les claies, 
il faut laisser entre chacun deux la distance d’un 
doigt. On prend alors les petits pois verts qu'on a mis 
en réserve au mois de janvier, et on les fait tremper 
dans une petite quantité d’eau jusqu’à ce qu'ils aient 
germé ; ensuite on les fait sécher au soleïl et on les 
réduit en farine. 


Le riz mondé, qu'on a mis également en réserve 
au mois de janvier, peut être employé au même usage, 
après avoir été cuit à la vapeur et réduit en farine. Au 
quatrième repas , on répand cette farine d'une manière 
uniforme sur les feuilles de mürier. Elle rafraichit les 
vers à sole et dissipe la chaleur interne qu'ils res- 
sentent à cette époque de leur âge, et qui est pour 
eux un poison mortel. La soie qu'ils donnent ensuite 
est plus abondante et plus facile à dévider ; en outre 
elle est plus forte et plus brillante. 


Si l'on n'a qu'une petite quantité de feuilles nou- 
velles, on prend les feuilles qu'on a récoltées dans 
l'automne précédent, on les brise de nouveau et on 
les réduit en poudre. On humecte légèrement les 
nouvelles feuilles, et l'on y répand, d'une mamière 
uniforme, cette poudre de feuilles. On suppléera ainsi 
à la disette des feuilles de mürier. On pourra aussi 


æ nd 


120 ÉDUCATION DES VERS À SOIE. 
employer, au lieu de cette farine, les feuilles de la 
plante appelée ou-kiu (cicorium intubus ?). 


NONG-SSE-PI-YONG. 


Même sujet. 


了 faut arroser de grand matin le pied des müûriers, 
et cueillir les feuilles aussitôt après. Si l’on arrose de 
grand matin, les feuilles auront beaucoup de suc; si 
on les cueille aussitôt après avoir arrosé, elles ne se 
dessècheront pas. | 

I faut les couper en filaments menus avec un couteau 
bien aiguisé, et les répandre par couches légères avec 
un tamis à larges trous. Si l’on ne se servait pas d’un 
couteau bien affilé, les feuilles perdraient leur suc; si 
on ne les coupait pas très-menues, elles couvriraient et 
accableraient les vers à soie. Si l'on ne faisait pas usage 
d'un tamis, elles ne seraient pas distribuées d’une 
manière égale; si elles n'étaient pas réparües d’une 
manière égale, les vers à soie n’en mangeralent pas 
tous une égale quantité. 

Le suc des feuilles est peu abondant; au bout de 
quelque temps 1l se tarit et se dessèche : c’est pour- 
quoi les feuilles, immédiatement après l’arrosage, 
ont besoin d’être tamisées de suite sur les vers à soie. 

Le premier jour, on leur donnèra deux repas par 


œ 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 121 
heure, c’est-à-dire environ quarante-huit repas dans 
l'espace d’un jour et d'une nuit. 

Le deuxième jour, on leur donnera trente repas 
dans le même intervalle de temps, et les feuilles qu'on 
leur distribuera seront coupées un peu moins me- 
nues. 

Le troisième jour, on leur donnera seulement vingt 
repas (pendant le jour et la nuit) composés de feuilles 
moins menues encore que le second jour. Il faut les 
tenir dans une grande chaleur et une grande obscu- 
rité. En général, les vers naissants ont besoin d’obscu- 
rité. Quand ils s’éveillent de leur sommeil ou mue, 
il faut leur donner un peu de lumière; lorsque, plus 
tard , ils montrent un vif appétit, il faut leur donner 
beaucoup de lumière. 


MEME OUVRAGE. 


Autre méthode. 


Aussitôt qu'on a coupé les feuilles en filamenis 
irès-minces , 1l faut les répandre en couches légères à 
l'aide d'un tamis. On ieur donnera quatre repas par 
heure (deux de nos heures), ce qui fait environ qua- 
rante-huit repas dans l'espace d’un jour et d’une nuit. 
Quelques personnes n’en donnent que trente-six dans 
le même intervalle de temps. Voici là-dessus mon opL- 


mion. Les vers nalssants ne se nourrissent que du suc 


129 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 


des feuilles. Si leurs repas ne sont pas multipliés, ils 
ressemblent à de jeunes nourrissons qu’on priverait de 
lait dès leur plus tendre enfance ; dans la suite, ils ne 
manquent jamais d’être fables et chétifs et de tom- 
ber malades. 

Il faut donner aux vers à soie naissants des feuilles 
pleines de suc qu'on a cueïllies la nuit précédente sur 
les branches exposées au sud-est. On garde ces feuilles 
à part dans une jarre de terre, et on les coupe en fila- 
ments très-minces dès qu'on les en a retirés. 


MÈME OUVRAGE. 


Méthode pour diminuer la nourriture et pour hater la mue. 


Quand les vers à soie se disposent à dormir (à muer), 
il faut diminuer leur nourriture en proportion du de- 
gré de jaune ou de blancheur que présente leur peau; 
il faut couper en filaments minces les feuilles desti- 
nées à leur nourriture, et les répandre fréquemment 
en couches légères. | 

Lorsque les vers à soie sont complétement jaunes, 
on doit les transporter de suite sur d’autres claies sans 
s’'embarrasser si le ciel est couvert ou serein, si l’on 
est au matin ou au milieu de la nuit. Quand vous les 
avez transportés sur d’autres claies, suspendez la nour- 
riture, puis donnez-leur-en de nouveau quand ils sont 
lous ensemble sortis de leur sommeil. Voilà ce qu'on 


AI Un 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 123 
appelle diminuer la nourriture et décider la mue. Ces 
deux expressions veulent dire que lon diminue la 
nourriture des vers à soie qui se disposent à muer (on 
a soin de ne point les couvrir ni les surcharger de 
feuilles), et que, d’un autre côté, on s'applique à 
nourrir abondamment les vers à soie qui ne se dis- 
posent pas encore à muer, afin qu'ils sendorment 
promptement. Non-seulement ils pourront sortir fous - 
ensemble de leur mue, mais 1s seront encore exempts 
des maladies que leur cause l'accumulation des feuilles 
et la chaleur interne qui en est la suite. 


NONG-SANG-THONG-KIOUE. 


Les vers à soie peuvent se trouver dans dix états 
différents : ils ont froid ou chaud ; ils sont affamés ou 
rassasiés, clair-semés ou trop rapprochés, endormis 
ou éveillés; ils mangent lentement ou avec appétit. 


MEME OUVRAGE. 


Choses nuisibles aux vers à soie. 


1° Les vers à soie n'aiment pas à manger des feuilles 
humides ; 
2° Ils n'ament pas à manger des feuilles chaudes ; 


124 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 

3° Les vers naissants n'aiment pas l'odeur du pois- 
son qu'on fait frire dans la poèle; 

4° Ts n'aiment pas à être dans le voisinage des 
gens qui pilent le riz dans des mrortiers; 

9° [ls n'aiment pas à entendre frapper sur des corps 
sonores ; ; 

6° Une femme qui est accouchée depuis moins d’un 
mois ne doit pas être la mère des vers à soie, c'esi-à- 
dire être chargée d'élever les vers à soie; 

7° Ils n'aiment pas qu'un homme qui sent l'odeur du 
vin leur donne de la nourriture, les transporte d’un 
lieu à l’autre, ou les répande sur les claies ; 

8° Depuis leur naissance jusqu'à leur vieillesse, les 
vers à soie redoutent la fumée et les exhalaisons odo- 
rantes ; 

9° Ils n'aiment pas que l’on brüle près d'eux de la 
peau , des poils ou des cheveux; | 

10° Ils n'aiment pas l'odeur du poisson, du muse, 
ou l'odeur qu'exhalent certains animaux herbivores 
(comme le bouc, etc.); 

11° Us n'aiment pas que, pendant le jour, on ouvre 
une croisée exposée au vent; 

12° Ils n'aiment point à recevoir les rayons du 
soleil couchant ; 

13° Ils n'aiment point que, lorsque la temperature 
de leur habitation est chaude, on y introduise un 
froid vif ou un veni violent ; 


14° Lorsque leur habitation est fraîche, ls n'aiment 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 125 
pas qu'on y répande tout à coup une chaleur exces- 
Slve ; 

13° Ils n'aiment pas que des personnes sales et 
malpropres entrent. dans leur demeure; 
16° Il faut avoir soin d’éloigner du logement des 


vers à soie les miasmes et les ordures. 


MÊME OUVRAGE. 


Le troisième jour, entre dix heures et deux heures 
après midi, on place trois claies sur une autre éta- 
gère. Celle de dessus garantit les vers de la poussière, 
celle den bas de l'humidité ; celle du milieu est des- 
unée à recevoir les vers à soie. On change les jeunes 
vers à soie qui sont déjà incommodés par une chaleur 
interne. On dépose sur la claie intermédiaire une 
petite quantité de vers occupant un espace large comme 
une dame à jouer; bientôt ils pourront la couvrir tout 
entière. Peu à peu on augmente les feuilles destinées 
à les nourrir. Le matin, si le temps est pur, on peut 
relever les stores des fenêtres situées au levant, et, 
pendant la journée, celles qui se trouvent dans une 
direction opposée au vent. Peu à peu ils changeront 
de couleur, et, suivant la couleur qu'ils prendront, 
on augmeniera ou l'on diminuera leur nourriture. 
Lorsqu'ils seront devenus complétement jaunes, on 
cessera de leur donner de la nourriture. Ils restent 
immobiles, et c'est ce qu'on appelle theou-mien, ou le 


126 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 

premier sommeil. Lorsqu'on les aura transportés après 
leur premier sommeil, on pourra leur donner six re- 
pas dans l’espace d'un jour et d’une nuit. Le second 
jour, on augmentera peu à peu la quantité des feuil- 
les. On pourra ouvrir les fenêtres à moitié. Dès le 
premier moment qu'ils commencent à devenir jaunes, 
il faut leur donner une très-grande chaleur. Lorsqu'ils 
sont tout à fait endormis, ils ont besoin d’une bonne 
chaleur; lorsqu'ils sont tout à fait éveillés, ils ont be- 
soin d'une faible chaleur. : 

Lorsqu'on a transporté les vers à soie après leur 
deuxième sommeil et qu'ils se sont éveillés tous en- 
semble, on doit d’abord leur donner de légers repas. 
On se bornera à quatre repas dans l’espace d’un jour 
et d’une nuit. Le lendemain, on pourra augmenter 
peu à peu la quantité des feuilles. Quelques per- 
sonnes lèvent les stores des fenêtres. 

Dès le premier moment qu'ils commencent à de- 
venir jaunes, ils ont besoin d’une bonne chaleur; quand 
une fois 1ls sont tous endormis, on doit leur donner 
une faible chaleur; quand 1ls sont tous éveillés, ils 
ont besoin d’une douce chaleur. 

Lorsqu'on a transporté les vers à soie après leur 
troisième sommeil, et qu'ils sont tous éveillés, on 
leur donne trois repas dans l’espace d'un jour et 
d'une nuit. Le premier repas doit être fort léger; le 
deuxième repas sera encore plus léger que le premier; 
le troisième repas sera le même que le premier. Si 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 127 
ces trois repas n'étaient pas administrés avec beaucoup 
de réserve, les vers à soie mangeraient lentement jus- 
qu'à l'époque de leur vieillesse. Le second jour, on 
augmentera peu à peu la quantité des feuilles. On 
pourra relever entièrement les stores des fenêtres et 
ouvrir les lucarnes qui sont au-dessus des étagères. 

Dès le premier moment qu'ils commencent à de- 
venir jaunes, ils ont besoin d'une fable chaleur ; quand 
ils sont tout à fait endormis , il leur faut une chaleur 
tiède ; quand ils soni tous éveillés , ils ont besoin de 
fraicheur. Après chacun des repas, on doit prendre 
une corbeille de feuilles et faire le tour des étagères. 
Si l’on aperçoit (sur une claie) une place vide, il 
faut la couvrir de feuilles que l’on parsèmera de farine 
de riz. Après le septième ou le huitième repas (de 
dix heures à deux heures après midi), on prendra 
des feuilles coupées et on les répandra sur les claies; 
on les humectera d’eau fraîche dans une égale propor- 
tion; puis , au bout de quelque temps, on y répandra 
de la farine de riz tamisée, en ayant soin de la dis- 
tribuer d'une mamière uniforme. Pour chaque cor- 
beiïlle de feuilles, on emploiera un ching (espèce de 
mesure ) d’eau fraîche et quatre onces de farine. Si 
lon n’en a pas, on emploiera seulement une corbeille 
de feuilles nouvelles; elle pourra fournir un repas aux 
vers d'une claie. 

[Extrait de Nong-tching-tsiouen-chou. La farine de 
fewilles que l’on répand sur les feuilles fraîches remplit 


128 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 

le corps des vers à soie (c’est-à-dire est très-nourris- 
sante ) et les dispose à faire un cocon ferme et épais 
dont la soie est d’une force remarquable |. 

Quand on a coupé les feuilles, on y injecte une 
rosée d'eau fraîche dans une égale proportion; puis 
on y répand, d'une manière uniforme, de la farine 
de feuilles passée au tamis. 

Après le grand sommeil des vers à soie (le troisième 
sommeil), on leur donnera, à certains intervalles, de 
irois à cinq repas de cette espèce. Quand les vers à 
soie approchent de leur vieillesse, il ont besoin de 
repas légers et fréquents et d’une faible chaleur. 


MÊME OUVRAGE. 


Si, parmi les vers à soie, il y en a de retarda- 
taires, c’est-à-dire qui ne paraissent pas disposés à 
s'endormir en même temps que les autres, on doit 
leur donner des repas très-fréquents, afin de les pres- 
ser et de les faire arriver à la mue à la même époque 
que le reste de la claie. Quand les vers à soie ne 
s’endorment pas tous ensemble, cela vient d’une es- 
pèce de maladie qui date du commencement de leur 
éducation. Voici la méthode qu'il faut suivre pour y 
remédier. Si, parmi les vers à soie qui sont complé- 
tement jaunes, on en voit qui quittent leur couleur 
blanche et tournent au jaune, il ne leur faut pas beau- 
coup de temps pour devenir complétement jaunes. 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 129 
A l'aide de repas très-fréquents, ils pourront bientôt 
se mettre au niveau des autres : en effet, la multi- 
plicité des repas hâte l’époque de leur sommeil. 

Mais si, lorsque le plus grand nombre est complé- 
tement jaune , 1l s'en trouve beaucoup de bleus et de 
blancs, ils sont encore loin de devenir tout à fait 
jaunes; et quand on leur donnerait des repas fréquents, 
ce serait peine inutile : il est impossible qu'ils arrivent 
à la mue en même temps que les premiers. 

Or le changement de couleur dans le ver à soie, 
est ie moindre changement qu'il éprouve. Quand il 
s'endort, il cesse de manger et quitte sa peau; 1l éprouve 
alors un grand changement. Mais le plus grand de ces 
changements est sa métamorphose en chrysalide et en 
papillon. Quand un ver à $oie est devenu complé- 
tement jaune, sa bouche se ferme, il ne mange plus 
et s'endort; 1l ressemble alors à un homme atteint 
d'une grave maladie; le sang répandu dans tout son 
corps éprouve de grandes modifications. S'il reste un 
jour et une nuit sans manger , le sommeil lui procure 
un heureux soulagément. 

Si donc il y a encore beaucoup de vers à soie bleus 
et blancs, et que vous pressiez trop leur alimentation, 
vous dérangerez leurssanté, et un sommeil précoce ne 
leur procurera aucun soulagement. Lorsque ceux qui 
étaient bleus ou blancs jaunissent et se disposent à dor- 
mir, tous les autres ont déjà accompli leur mue et se 
trouvent éveiiles. 

- 


130 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 

Quand les vers à soie commencent à sortir de la mue, 
ils n’ont besoin que de peu d'aliments; ils ressemblent 
à un convalescent à qui il ne faut que peu de nour- 
riture pour réparer graduellement ses forces. Si, pen- 
dant que les retardataires dorment, vous suspendez 
la nourriture de leurs devanciers, ceux-ci languiront 
de faim et de faiblesse, et, en outre, vous serez obligé 
d'attendre, pour donner à manger à ceux-ci, que les 
retardataires soient éveillés. Un grand nombre d’entre 
eux contracteront des maladies, et vous récolterez 
très-peu de soie. C’est pourquoi l'auteur du Tsan-king, 
ou Livre des vers à soie, dit avec beaucoup de raison 
que «le réveil inégal des vers à soie cause toujours 
«une diminution de soie. » 


. 
MÊME OUVRAGE. 


Lorsque les vers à soie viennent de naïître, leur cou- 
leur est noire. Il faut augmenter peu à peu leur nour- 
riture. Trois jours après ils deviennent graduellement 
blancs; alors ils gagnent de l'appétit. J faut leur donner 
des feuilles coupées moins menu. Quand ils sont de- 
venus bleus, c’est l'époque de leur grand appétit; 1l 
faut alors leur donner des feuilles plus abondantes et 
coupées encore moins menu. Quand ils redeviennent 
blancs, ils mangent lentement; il faut diminuer un 
peu leur nourriture. Quand ils deviennent jaunes, ils 


n'ont qu'un faible appétit; il faut diminuer encore 
e 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 131 
davantage leur nourriture. Quand ils sont compléte- 
ment jaunes, ils cessent tout à fait de manger ; c’est 
ce qu’on appelle leur sommeil. Lorsqu'ils sont éveillés, 
ils passent du jaune au blanc, du blanc au bleu, du 
bleu à une seconde couleur blanche; enfin, du blanc 
au jaune; c'est leur deuxième sommeil. À chaque som- 
meil ils éprouvent ces mêmes changements de cou- 
leur: Il faut les observer avec soin, afin de diminuer 
ou d'augmenter leur nourriture dont la quantité doit 
varier suivant les différentes situations où ils se trou- 
vent. 

Les feuilles qu'on leur donne ne doivent être ni. 
humides de rosée, ni séchées au vent ou au soleil, ni 
imprégnées de mauvaises odeurs, car, dès qu'ils en au- 
raient mangé, ils contracteraient des maladies. Si l’on 
a soin de conserver d'avance une provision de feuilles 
pour trois jours, on n'aura rien à redouter des lon- 
gues pluies; les vers à soie ne mangeront jamais de 
feuilles humides, et en même temps ils ne souffriront 
jamais de la faim. Lorsqu'on revient de cueillir des 
feuilles , 1l faut attendre, avant de les donner aux vers 
à soie, que la chaleur qui vient de leur accumulation 
dans les sacs, soit complétement dissipée. L'espace 
d'un jour et d’une nuit est, pour les vers à soie, comme 
une année qui a ses quatre saisons. Le matin et le 
soir, sont comme le printemps et l'automne. Le mi- 
lieu du jour ressemble à lete; le milieu de la nuit 
ressemble à l'hiver. Dans ces quatre époques, la tem- 

9. 


139 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 


pérature n’est jamais la même. Quoique l’on conserve 
un bon feu dans l'atelier, on doit apporter une grande 
attention pour le tenir au degré convenable à cha- 
cune de ces quatre époques. La proportion de la cha- 
leur ne doit pas être constamment la même. Depuis 
leur naissance jusqu'à leur second sommeil, les vers 
à soie ont besoin d’une chaleur tiède. La mère des 
vers à soie (la personne qui les soigne) doit porter 
un vêtement simple {c’est-à-dire non doublé). Elle ré- 
glera la température de l'atelier suivant la sensation 
de froid ou de chaud qu’elle éprouvera. Si elle sent 
du froid, elle jugera nécessairement que les vers à 
soie ont froid, et alors elle augmentera je feu; si elle 
sent de la chaleur, elle en conclura que les vers à 
soie ont aussi trop chaud, et alors elle diminuera con- 
venablement le feu. 

Lorsque tous les vers à soie sont une fois endormis, 
si le ciel est pur et brillant, entre dix heures et deux 
heures, elle levera les stores des fenêtres pour intro- 
duire dans l'atelier de l'air et du jour. Si le vent est 
au midi, elle lèvera les stores des fenêtres du nord; 
s’il est au nord, elle levera les stores du côté du midi: 
L'air qui entre par un côté opposé à la direction du 
vent ne peut nuire aux vers à sole. 

Lorsque les vers à soie seront sortis du grand som- 
meil (de la troisième mue), on leur donnera trois 
repas, puis on ouvrira avec des ciseaux le papier qui 


garnit les fenêtres, afin de faire pénétrer dans l’ate- 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 155 
lier de l'air et du jour. Les vers à soie nen seront ni 
emus, ni Incommodes. 

Lorsqu'après le grand sommeil, on a levé les stores 
et coupé le papier des fenêtres, si l'air extérieur est 
trop chaud, on placera à l'entrée de la porte un vase 
de terre dont on renouvellera souvent l'eau, afin que 
l'air se rafraichisse au passage. Si le vent s'élève, sil 
pleut, ou si la nuit devient froide, on baissera imme- 
diatement les stores des fenêtres. 


NONG-TCHING-TSIOUEN-CHOU. 


Les vers à soie sont d’une nature ardente. I con- 
vient de faire usage du feu pendant tout le temps de 
leur éducation. s 

Voici un procédé pour réchauffer l'atelier : - 
On se sert d’un long fourneau muni de brancards 
* pour qu'il puisse être porté par deux hommes. Lors- 
qu'on a répandu les feuilles sur les vers à soie, on 
attend qu’ils soient montés sur ces feuilles, et alors on 
commence à entrer avec le fourneau, qu'on aura soin 
d'allumer en dehors de l'atelier. I faut que le feu se 
compose d'un brasier ardent; on le recouvre d'un lit 
de cendres de paille pour empêcher qu'il ne s'en élève 
une flamme rouge et brillante. Quand les vers à soie 


ont fini de manger, on remporte le fourneaw Lors- 


154 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 

qu'ensuite on donne d’autres repas aux vers à soie, 
on rapporte de même le fourneau à chaque fois. Alors 
les vers à soie échappent aux maladies que leur cause 
la chaleur ; mais si l’on introduit le fourneau lorsque 
les vers à soie ont faim, ils gagnent aussitôt de l’é- 
chauffement. Si l’on introduit le fourneau aussitôt 
après leur avoir donné de la nourriture, c'est-à-dire 
lorsqu'ils sont encore sous les feuilles (lorsqu'ils n’ont 
pas encore eu le temps de monter sur les feuilles), 1ls 
seront bientôt incommodés par la fermentation de 
leurs crottes, et ils seront, en outre, accablés par les 

feuilles répandues sur eux. 


MÊME OUVRAGE. 


Lorsque l'air de l'atelier est chaud, s’il se refroidit 
subitement, Jés vers à soie perdent l'appétit et ne 
mangent point. On prend alors un réchaud rempli de 
mottes de bouse sèche bien embrasées et ne produi- 
sant aucune fumée, et, à l'aide d’une fourche de fer, , 
on le promène plusieurs fois au-dessus des claies. Cette 
opération dissipe le froid qui engourdissait les vers à 


soie, et 1ls ne tardent pas à manger avec appétit. 


ÉDUCATION DES VERS A SOLE. 155 


DISTRIBUTION DES VERS A SOIE SUR 
LES CLAIES POUR LES ESPACER. 


THSI-MING-YAO-CHOU. 


Quand les vers à soie sont endormis, on a cons- 
tamment besoin de trois claies. La claie du milieu est 
destinée à recevoir les vers à soie , la claie supérieure 
et la claie inférieure doivent rester vides. La claie in- 
férieure préserve les vers de l'humidité de la terre, 
la claie supérieure les préserve de la poussière de 
l'atelier. 


WOU-PEN-SIN-CHOU. 


Lorsque les vers à soie viennent de naître, 1ls ont 
besoin d’être tenus fraîchement. On répand sur les 
claies un lit de paille hachée; il ne faut pas faire usage 
de paille de froment. Chaque jour, on les transporte 
une fois sur d’autres claies; si on ne les change pas, 
il leur survient ordinairement des taches blanches. 


136 ÉDUCATION DES VERS A SOIF. 


TRANSPORT DES VERS A SOIE. 


Il faut plusieurs personnes pour transporter promp- 
tement les vers à soie. Si on les laisse longtemps en- 
tasses dans les corbeilles, ils s’échauffent et transpirent 
abondamment. Dans la suite un grand nombre d’entre 
eux tombent malades et meurent. Peu à peu ils dimi- 
nuent à mesure qu'on les transporte; et ceux qui, plus 
tard, parviennent à leur vieillesse (à leur maturité }, 
ne produisent que des coques minces et peu fourmies. 

Il faut enlever fréquemment les crottes des vers à 
soie; si on ne les enlève pas, elles s’échauffent; en 
s'échauffant, elles fermentent et dégagent des miasmes 
putrides. Dans la suite un grand nombre de vers à soie 
deviennent blancs et meurent. 

Chaque fois qu'on transporte les vers à soie, 1l faut 
les distribuer sur les claies de manière à laisser de. 
l'espace entre eux; s'ils étaient trop rapprochés, les 
plus forts mangeraient aux dépens des plus faibles. Il 
est nécessaire de faire souvent le tour des claes, et 
de les visiter avec soin. De plus, si l'air ne circule pas 
librement dans l'atelier, et que vous ouvriez tout à 
coup la porte, un vent funeste peut sy glisser à votre 
insu, et dans la suite un grand nombre de vers à soie 
deviennent rouges et meurent. Lorsqu'on distribue 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 137 
les vers à soie sur les claies, on doit le faire d’une 
main légère; il ne faut pas les jeter de haut, ils se 
blesseraient en se heurtant mutuellement. La santé 
d'un grand nombre de vers à soie en souffrirait, et 
dans la suite ils deviendraient ce qu'on appelle lai- 
lao-ong, c'est-à-dire des vieillards paresseux qui laissent 


une chrysalide rouge. 


NONG-SANG-YAO-TCHI. 


H faut placer deux claies ‘au-dessous de celle où 
sont les vers nouvellement éclos. Lorsque le soleil est 
assez élevé sur l'horizon, on ôte une claie et on la fait 
sécher jusqu'au moment où 1l commence à se coucher; 
on la prend et on la place de nouveau sous la claie 
où sont les vers à soie. Le lendemain on ôte encore 
la claie de dessous, on l’expose aux rayons du soleil 
et on la remet à la même place comme la première 
fois. De cette manière les vers à soie reçoivent natu- 
rellement une chaleur douce et tempérée. On enlève 
cette claie après qu'ils ont mangé au sortir du second 
sommeil. 


MÊME OUVRAGE. 


了 ya des vers à soie qui blanchissent et meurent : 
cela vient de ce que, dans les premiers jours après 
leur naissance, 1ls ont été incommodés par des exha- 


158 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 
laisons humides. Lorsque le ciel est pur et serein, on 
prend vitement trois ou quatre claies en forme de 
cribles, et on les transporte dans l'atelier des vers à 
soie, après les avoir exposées quelque temps aux rayons 
du soleil. Puis, à mesure qu'on transporte une claie, 
on la remplace par une autre claie. On s'arrête lors- 
que les claies des vers x soie sont suffisamment 
échauffées par la chaleur du soleil. 

Les gens de la campagne disent vulgairement : 
« Lorsque les crottes des vers à soie sont sèches et 
« éparpillées, c’est signe qu'ils se portent bien. » Lors- 
que les crottes forment des plaques humides et d’un 
blanc luisant, cela annonce que les vers à soie sont 
malades; 1l faut alors les changer promptement de 
claies. Mais si, au moment où il convient de les chan- 
ger, 11 survient une pluie humide ou un vent froid, on 
n'ose pas alors les déplacer; on prend de la paille de 
jonc hachée de la largeur d'un haricot, et l’on en dis- 
tribue un ou deux boisseaux sur chaque claie, on la 
répand d'une manière égale sur les vers à soie; puis 
on sème par-dessus une couche de feuilles fraiches. 
Bientôt après les vers à soie montent pour manger 
les feuilles de mürier. Le lit de paille de jonc isole 
entièrement les vers à soie des crottes qui pouvaient 
les incommoder. Dès que le ciel est devenu serein, 
on les transporte de nouveau sur d'autres claies; si 
l'on n’a pas de paille de jonc, on 下 la remplacer 
par la paille de riz. 


ÉDUCATION DES VERS À SOLE. 139 


SSÉ-NONG-PI-YONG. 


Les vers à soie de trois onces de graine, qui occu- 
pent une claie au moment de leur naissance, pourront 
couvrir trente claies à la dernière période de leur vie. 
En général un dixième d’once de vers à soie nouvel- 
lement éclos peut fournir une claie de vers à soie 
muürs, en supposant que la claie ait, comme d'ordi- 
naire, dix pieds de long sur deux pieds de large. Si 
les claies sont d’une plus petite dimension, elles de- 
vront recevoir une plus petite quantité de vers à soie 
nouvellement éclos. S'ils sont trop nombreux pour 
l’espace qu'ils occupent, ils se ‘trouveront trop serrés, 
et dans la suite il en résultera de graves accidents. 

Les personnes qui veulent nourrir des vers à soie, 
pour couvrir plus de trente claies, doivent augmenter 
le nombre des claies destinées aux jeunes vers à soie 
(aux vers à soie nalssants ). Celles qui nelevent qu'une 
médiocre quantité de vers à soie peuvent se servir de 
corbeilles à petits rebords. 


1 MÊME OUVRAGE. 


Le troisième jour, entre dix heures et midi, on place 
trois claies sur une étagère séparée. Il faut changer 
les vers naissants qui ont déja déposé une légère 
couche de crottes. On aura soin de le faire d’une main 
délicate. Une quantité de vers à soie, qui (au moment 


140 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 

de leur naissance) occupaient la largeur d’une petite 
dame à jouer, devra être distribuée sur la claie inter- 
médiaire. 


TRANSPORT DES VERS A SOIE APRÉS . 
LEUR PREMIER SOMMEIL. 


SSÉ-NONG-PI-YONG. 


On placera quatre claies sur une étagère séparée, et 
l’on s’occupera de changer les vers à soie qui ont de- 
posé une légère couche de crottes. Quand ils auront 
mangé abondamment; une quantité de vers à soie, qui 
à leur naissance occupaient un espace large comme 
une grande dame à jouer, pourra remplir les deux 
claies intermédiaires; une quantité de vers à soie, qui 
occupaient une place large comme une petite pièce 
. de monnaie, pourra couvrir la troisième claie. 


TRANSPORT DES VERS A SOIE APRÈS 
LEUR SECOND SOMMEIL. 


Une quantité de vers à soie, qui au moment de leur 
naissance occupaient un espace large comme une pe- 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 141 
tite pièce de monnaie, pourra couvrir six claies. 
Quand jls auront mangé abondamment, les mêmes 
vers à sole pourront couvrir douze claies. 


TRANSPORT DES VERS A SOIE APRÈS 
LEUR TROISIÈME SOMMEIL. 


Une quantité de vers à soie, qui au moment de leur 
naissance occupaient un espace large comme deux 
pièces de monnaie, pourra couvrir vingt-cinq claies. 
Quand ils sont tous endormis, on enlève le lit de 
paille hachée; 1ls peuvent alors remplir jusqu’à trente 
claies. 

Pour transporter et espacer les vers à soie d’une 
manière convenäble, il faut agir avec beaucoup de 
promptitude et de douceur. On doit les séparer les 
uns des autres et laisser entre eux un espact égal, de 
peur qu'ils ne se mouillent les uns les autres, et qu'ils 
ne se nuisent réciproquement. Les vers à soie rendent 
beaucoup d'humeurs; c'est pourquoi il faut absolu- 
ment les séparer. Lorsqu'ils ont déposé une grande 
quantité de crottes, 1l est nécessaire de les transporter 
sur d'autres claies. Si on ne les sépare pas, ils seront 
trop foulés. Si on ne les change pas de claies, ils 
seront incommodés par l'abondance des humeurs qui 
se dégagent de leurs corps. C'est pourquoi ces deux 
opérations doivent être faites avec une grande célérité. 


142 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 

Les vers à soie sont des êtres faibles et délicats: 
ils souffrent beaucoup d’être mamiés rudement. Quand 
ils sont petits on les traite avec ménagement et avec 
une sorte d'affection; mais, quand ils sont devenus 
grands, 1l ny a presque personne qui fasse attention 
à eux en les transportant. On les laisse longtemps 
accumulés et entassés pêle-mêle, on les lance de loin 
ou bien on les laisse tomber de haut. Ce défaut de 
soins et de précautions leur cause des maladies et sou- 
vent les fait périr; c'est pourquoi il faut les toucher 
d’une main légère et les distribuer sur les claies à uné 
égale distance les uns des autres. Q 


SANG-TSAN-TCHI-CHOUE. & 


Les vers à soie de quatre sommeils sont d’une espèce 
différente; on les élève de la même manière que les 
vers à soie de printemps (qui n'ont que trois mues). 
Seulement, après le troisième sommeil, on les distri- 
bue sur quinze tlaies. Lorsqu'ils ont mangé abondam- 
ment, on les répand sur vingt claies; et, après le grand 
sommeil ( le quatrième sommeil), on les distribue sur 


trente claies. 


NONG-SANG-THONG-KIOUE. 


Sur chaque étagère on place trois claies: la pre- 
e 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 145 
miére est destinée à recevoir la poussière de l'atelier, 
et celle de dessous à intercepter l'humidité du sol. 
On répand un lit de paille de riz hachée sur la claie 
intermédiaire, afin qu'elle puisse recevoir les vers à 
soie que l'on change. On brise et on amollit cette 
paille de riz, puis on la distribue d'une manière 
égale sur la claie du milieu; enfin on étend par-dessus 
une feuille de papier dont on colle les extrémités aux 
bords de la claie. C’est sur cette feuille de papier qu'on 
pose les vers à soie. 


NONG-TCHING-TSIOUEN-CHOU: 


Hoang-sing-tseng dit : Quand on veut transporter 
les vers à soie, on répand d'avance sur d’autres claies 
de la balle de riz broyée au moulin; cela les rend 
sains et dispos, et les préserve de maladie. Quelques 
personnes les changent à l’aide d’un filet qu’elles par- 
sèment de feuilles de mürier. Voyez la planche 2. 


ENTRÉE DES VERS À SOIE 


DANS LA COCONNIÈRE. 


NONG-CHOU. 


On fait le fond de la coconnière avec des planches 
de sapin, longues de six pieds et larges de trois pieds. 
On construit avec des bambous minces, dont on fait 
des flèches, un châssis dont la membrure est percée 
de grands trous. Dans ces trous on passe des roseaux ; 
‘puis on croise par-dessus en long et en large des bran- 
ches de bambous dépouillées de leurs feuilles. On re- 
couvre le dessus de la coconnière avec une claie de 
roseaux tresses. 

Les vers à soie ont alors un endroit où ils peuvent 
s'établir en süreté sans craindre de tomber. Lorsque 
l'intérieur de la coconnière est bien disposé, qu'il 
offre la profondeur et la sécurité convenable, et que la 
claie ne présente aucun interstice, on y répand de suite 
les vers à soie. D'abord on inclinera un peu cette claie, 
jusqu'à ce qu'ils se soient vidés des matières excré- 
mentielles; ensuite on les chauffera doucement avec 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 145 
de la braise. Quand ils auront commencé à entrer dans 
leur filet (c'est-à-dire lorsque leur coque formera déjà 
un léger filet), ou augmentera peu à peu la chaleur. 
Il ne faut point qu'ils s'arrêtent au milieu de leur tra- 
vail; s'ils éprouvent un peu de froid, 1ls se promènent 
sur leur soie et cessent de filer. Lorsqu'on la dévi- 
dera elle se rompra fréquemment. En général on 
sera obligé de faire bouillir les cocons et den faire de 
la bourre de soie, parce qu'il est impossible de les 
dévider d’un bout à l’autre. 


THSI-MIN-YAO-CHOU. 


Quand les vers à soie sont parvenus à l'époque de 
leur vieillesse ( c'est-à-dire de leur maturité), s'il sur- 
vient de la pluie, elle endommage les cocons; il con- 
vient alors d'établir les coconnières dans l’intérieur de 
l'atelier. 


OBSERVATION. 


Les coconnières rondes et oblongues se placent dehors. 


On étend un lit de petites branches sèches sur des 
claies, et l'on y répand les vers à soie. Quand on a ter- 
miné cette opération, on les recouvre encore d’un lit 


10 


146 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 
de branches sèches. Une étagère peut supporter dix 
grandes claies. 


AUTRE MÉTHODE. 


On peut remplacer les petites branches sèches par 
des tiges de plantes, dont on forme un lit, sur lequel 
on répand les vers à soie. On suspend les claïes entre 
des piliers en bois, à l'aide de cordes ou de bâtons à 
crochets. On peut en placer un certain nombre les unes 
au-dessus des autres. Lorsqu'on a fini de suspendre 
ainsi les claies, on les echauffe doucement au moyen 
de réchauds placés au-dessous. Dès que les vers à soie 
sentent la chaleur, ils travaillent avec célérité; mais 
s'ils sont affectés par le froid , ils travaillent lentement. 
Il faut visiter fréquemment les claies. Dès qu'elles sont 
assez échauffées, on doit enlever les réchauds. Si un 
air frais circule au-dessus de la coconnière (tandis que 
le bas est échauflé), la soie ne sera pas gâtée par l'hu- 
midité qui se dégage des vers à soie; les vers à soie 
qui meurent, tomberont sur-le-champ, et les cocons 
des autres vers à soie ne seront pas salis par leur con- 
tact; les crottes n’adhéreront point aux cocons et n'y 
produiront point de tares. Si la soie était imprégnée 
d'humidité, il serait difficile de la préparer pour ja 
teinture; si le cocon était sali, la soie se romprait al- 
sément; side cocon avait des tares 1l ne serait plus bon 


à rien. 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 147 

Les coconnières garnies de tiges de plantes sèches 

sont aussi avantageuses que celles que nous venons de 
décrire. 


MÊME OUVRAGE. 


Il y a des pays où les coconnières se placent dehors; 
mais , si le soir l'air devient froid, aucun ver à soie ne 
peut se décider à faire sa coque. Lorsqu'on chauffe les 
coconnières, la soie devient plus propre à recevoir la 
teinture; en outre elle acquiert du lustre et de la 
blancheur. 


WOU-PEN-SIN-CHOU. 


Le terrain sur lequel on établit des coconnières, 
doit être élevé et uni. Elles doivent être bien aerees 
à l'intérieur. On y répandra d’une manière égale de 
Petites branches, ou des tiges de plantes sèches; en- 
suite on y distribuera les vers à soie, en laissant éntre 
eux une distante convenable : s'ils étaient trop rap- 
prochés, ils s'échaufferaient mutuellement. S'ils s’e- 
chauffent entre eux, ils ont de la péine à former leurs 
fils, et de plus leur soie est difficile à dévider. Il ne 
faut pas établir des coconnières dans les endroits ex- 
pôsés au nôrd-ést, dans ceux où lon élève des ani- 
maux domestiques, au-dessous dés ärbres, au-dessus 
d'un fossé où près dés lieux couverts dé fumiérs et 
d'eaux infectés. 


10. 


148 EDUCATION DES VERS A SOIE. 


NONG-SSÉ-PI-YONG. 


Voici la manière d'établir les coconnières : on doit 
choisir un endroit sec et chaud, afin que nl le froid 
ni l'humidité ne puissent pénétrer dans l'intérieur de 
la coconnière. Quand les vers approchent de leur ma- 
turité, on allume du feu sur le terrain qui doit rece- 
voir la coconnière, jusqu'à ce qu'il soit parfaitement 
sec; ensuite on balaye les débris du feu et la cendre, 
et on y place la coconnière. 


MÊME OUVRAGE. 


On distingue six maladies des vers à soie dans ja 
coconnière : 

1° Lorsque les vers à soie salissent la coconnière ; 

2° Lorsque les vers à soie tombent dans la cocon- 
nière ; 

3° Lorsqu'ils se promènent sans travailler; 

4° Lorsqu'ils se changent en chrysalides rouges; 

5° Lorsqu'ils blanchissent et meurent ; 

6° Lorsqu'ils deviennent noirs: La saleté de la co- 
connière vient de ce que les vers mürs ont emporté 
avec eux des portions de feuilles qui ont fermenté et 
produisent une humidité funeste. 

Les cinq autres maladies résultent toujours de l'hu- 
midité de la terre ou de la froideur de l'air extérieur. 


COCONNIÈRES RONDES. 


Planche 6. 
HAN-CHI-TCHI-CHOUEÉ. 


On établit les coconnières sur un terrain élevé; cha- 
cune d'elles peut contenir les vers à soie de six grandes 
claies. Lorsqu'on voit que les vers à soie approchent 
des neuf dixièmes de leur maturité, 11 faut leur dis- 
tribuer un peu de feuilles, puis on les transporte sur 
les claies de la coconnière à l'aide de corbeïlles en 
forme de cribles. I faut les manier doucement lors- 
qu’on les prend pour les mettre sur les claies des co- 
connmières; on doit les espacer d'une manière égale; 
ensuite on les couvre avec de petites branches sèches 
ou des tiges de haricots. On continue à disposer de 
nouveaux vers à soie comme la première fois jusqu à 
ce qu'on ait fini la troisième claie, et on les recouvre 
de nouveau d’un lit de petites branches sèches. Après 
cette opération, on dresse des branches renversées 
(c'est-à-dire dont la base est tournée en haut), afin 
que les vers à soie puissent y monter; elles peuvent 
recevoir tous les vers à soie des trois autres claies. En 
couvrant le haut de la coconnière avec des plantes 
sèches, on lui donne une forme arrondie, on len- 
toure de claies par le bas, et l’on dispose par le haut 


150 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 

des paillassons roulés en cône, de manière que la tête 
de la coconnière ressemble à la pointe d’un pavillon. 
Quand le soir est venu on entoure la coconnière avec 
de nouveaux païllassons depuis le bas jusqu’en haut ; 
on les ôte le lendemain lorsque le soleil est assez 
élevé sur l'horizon. Le soir, on entoure de nouveau 
la coconnière avec des paillassons. Au bout de trois 
jours le travail des coques est achevé, et l'on ma plus 
besoin de faire usage de paillassons. 

Les coconnières oblongues appelées Ma-theou-ts0 , 
doivent également être garnies de paillassons. La cons- 
truction de ces coconnières demande une plus grande 
quantité de matériaux. L'intérieur doit être muni de 
châssis pour recevoir les elaies où lon installe les 
vers à soie. 

Lorsqu'on a une grande quantité de vers à soie, on 
doit faire usage des grandes coconnières oblongues 
appelées Ma-theou-tso. I convient de les établir dans 
un endroit exposé au nord et au sud. 


MÊME OUVRAGE. 


Pendant les trois jours qui suivent linstallation 
des vers à soie dans la coconnière, entre huit et dix 
heures du matin, on enlève les paillassons et les nattes 
de bambou dont la coconnière est garnie, et on laisse 
les vers à soie exposés à la chaleur du soleil jusqu’à 
deux heures de Faprès-midt; ensuite on la recouvre 
comme auparavant. Si la chaleur est trop forte il faut 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 151 
couvrir la coconnière d'un simple treillis de roseau 
pour garantir les vers à soie de l'ardeur du soleil. 


AUTRE MÉTHODE. 


Si le temps est pluvieux à l’époque où l'on se ds- 
pose à installer les vers à soie mürs, on se contente 
d'établir les coconnières dans l'atelier mème au bas des 
étagères. On ouvre les portes et les fenêtres afin que 
l'air y circule librement. Le matin et le soir, ou bien 
si le temps devient froid ou pluvieux, on ferme les 
portes et les fenêtres, et l'on réchauffe le local en y 
promenant un réchaud rempli de bouse sèche bien 
embrasée. Cela vaut mieux que de changer les vers de 
coconnière au commencement ou au milieu du tra- 


vail, lorsque la première était exposée à la pluie. 


AUTRE MÉTHODE. 


NONG-SANG-THONG-KIOUÉ. 


Dans les pays du midi on a coutume d'établir les 
coconnières dans la maison: dans le nord au contraire 
on les construit dehors; dans le midi on les place dans 
la maison parce qu'on élève peu de vers à soie, et 
qu'il est plus aisé de les soigner (littéralement, distin- 
guer); mais cela nest pas praticable lorsqu'on a une 
grande quantité de vers à soie. Dans les pays du nord 


152 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 

on place dehors le plus grand nombre de coconnières; 
mais 1l arrive souvent qu'une multitude de vers sont 
étouffés ou écrasés : ainsi les coconnières du midi et 
du nord ont leurs inconvénients particuliers. Voici des 
observations dues à un habile éducateur de vers à soie. 

Dans le midi et dans le nord, lorsqu'on a peu de 
vers à soie, on ouvre les portes et les fenêtres de late- 
lier, et on y établit les coconnières. Cette méthode 
est bonne, mais il faut y renoncer si l'on a une grande 
quantité de vers à sole. 

On construit au milieu d’une cour un long han- 
gar couvert d'herbes sèches du printemps, et l’on y 
établit les coconnières. Tout autour de ce hangar 
on place des étagères en planches ou l’on étend de 
petites branches sèches, puis on y répand les vers à 
soie en les espacant d’une manière convenable. Enfin 
on entoure les étagères de nattes de jonc pour pro- 
téger les vers à soie. 

De cette manière aucune maladie ne se déclare 
dans la coconnière, Cette méthode paraît excellente. 


NONG-TCHING-TSIOUEN-CHOU. 


Les coconnières garnies de tiges de plantes sèches 
valent beaucoup mieux que celles dont on fait usage 
aujourd’hui. Voici pourquoi cette méthode n'est pas 
suivie. Les coconnières placées dehors ne sont usitées 
que dans les pays du nord; et, dans le midi, l’éduca- 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 153 
üon des vers à soie tombe à l’époque des pluies ap- 
pelées Mei-yu (en avril), par conséquent il serait fort 
difficile d'employer ces sortes de coconnières; c'est 
pourquoi (dans le midi) tout le monde se trouve 
obligé d'établir les coconnières dans l'intérieur de la 
maison. Les coconnières doivent être chauflées à 
l'aide de réchauds placés au-dessous, à quelques pieds 
de distance. 


- 


SUITE DES COCONNIÈRES RONDES. 


Dans la construction des coconmières on se sert de 
chaume, de branches sèches, de paillassons, de nattes, 
etc. Lorsqu'on veut construire une coconnière ronde, 
on établit d’abord le centre; on divise en cinq parties 
la circonférence du milieu qui doit être en planches 
de sapin, on y implante cinq perches que l’on attache 
ensemble à leur sommet, ensuite on les entoure de 
nattes de jonc: c’est là ce qu'on appelle le cœur, c’est- 
à-dire le centre de la coconnière. Alors on dresse tout 
autour, contre les nattes, des branches sèches où doi- 
vent monter les vers à soie. Lorsqu'on a fini de placer 
les vers à soie dans la coconnière, on l'entoure de 
nattes de jonc dans sa partie inférieure, puis on la 
couvre, par en haut, de paillassons roulés en cône, 
de manière à imiter la pointe d'un pavillon. 

Voilà ce qu'on appelle Touan-tso ou coconnière 
ronde. 


MA-THÉOU-TSO 
OU COCONNIÈRES OBLONGUES. 


Planche 5. 

On plante des pieux aux deux bouts et on les joint 
par des traverses, que l’on couvre de chaque côté avec 
des lattes minces; c’est ainsi que lon établit le fond 
de la coconnière. Pour le reste, on suit la méthode 
ordinaire. (Voyez le commencement du chapitre sur 
les coconnières.) 

Ces coconnières oblongues sont généralement en 
usage dans le nord. J'ai vu dans le midi (dit l'auteur) 
des gens qui établissent les coconnières dans leur 
maison. Ils répandent des tiges courtes de plantes 
sèches sur les claies qui ont déjà servi pendant l'édu- 
cation, et ils y installent les vers à soie. Ce procédé 
demande peu de travail et de soins, et les vers à soie 
ne sont exposés à aucun des accidents qui en font 
périr un grand nombre dans les coconnières placées 


dehors. 


OBSERVATION, 


Le texte offre ici la description de la coconnière du 
midi, qui a été rapportée plus haut. 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 155 
L'auteur ajoute : Voilà en général les coconnières 
qui sont en usage dans le midi. Si l'on compare entre 
elles les coconnières du midi et celles du nord, dont 
nous avons parlé plus haut, on voit que leur grandeur 
et leur petitesse (c'est-à-dire leur forme ronde ou 
oblongue) varient suivant qu'on a une grande ou une 
petite quantité de vers à soie. Mais, si l’on examine 
avec soin ces deux sortes de coconnières, on recon- 
nait qu’elles ont chacune leurs inconvénients particu- 
liers. Dans le midi, où l’on élève peu de vers à soie, 
les coconnières sont petites et étroites. Les éducations 
de ces contrées sont presque un Jeu et un amusement; 
aussi ne rapportent-elles que de médiocres bénéfices. 
Les coconnières du nord sont grandes, à la vérité, 
mais elles présentent de graves défauts. L'accumula- 
tion des branches (ou des tiges de plantes) sèches 
étouffe un grand nombre de vers à soie. La pluie 
mouille souvent les coconnières, et quelquefois aussi 
le vent les renverse; ajoutez à cela la différence énorme 
qui existe entre la température extérieure et la tempe- 
rature intérieure. De là naissent les maladies qui sur- 
viennent dans les coconnières, et qui diminuent con- 
sidérablement le nombre des cocons. Mais, comme ces 
usages sont invéterés, 1l est fort difficile de les réfor- 
mer tout à coup. Voici maintenant, ajoute l'auteur 
chinois, une autre méthode qui m'a été communiquée 
par d'habiles éducateurs de vers à soie. 
Ils calculent à peu près la quantité de vers à soie 


156 ÉDUCATION DES VERS À SOIE. 

qu'ils élèvent, et choisissent dans la cour un espace 
vide. Ils y construisent en charpente légère, couverte 
de nattes et de paillassons, un long hangar qui, le 
reste de l’année, peut servir à d’autres usages. Quand 
les vers à soie commencent à mürir, ils y établissent 
les coconnières. D'abord ils forment le fond de cha- 
que coconnière , et en proportionnent la dimension à 
l'étendue du hangar. Entre les deux rangées de co- 
connières on laisse une espèce de couloir assez grand 
pour qu'un homme y puisse circuler librement et pré- 
venir les dangers du feu. On place ensuite dans cha- 
que coconnière des rayons en planches superposées, 
on les couvre de branches sèches couchées à plat, sur 
lesquelles on répand les vers à soie en laissant entre 
eux un espace convenable. Quand cette opération est 
terminée on entoure les coconnières avec des nattes 
doubles. 

Si l’on a peu de vers à soie et qu'on possède un 
vaste local, on pourra ouvrir les portes et les fenêtres 
de l'atelier et y établir les coconnières. Cette méthode 
est excellente. D'abord les vers à soie sont bien cou- 
verts par en haut et ils n’ont point à redouter lhumi- 
dité qui se dégage du sol (lorsqu'on place les cocon- 
nières dehors). Ajoutez à cela que les rayons en planches 
(ou les claies des étagères) leur offrent une surface 
large et plane où ils peuvent travailler à leur aise. Il 
ya encore des personnes qui chauffent les coconnières. 
Ce procédé est excellent pour sécher et fortifier le fil 


EDUCATION DES VERS A SOIE. 157 
que tire le ver à soie; on l’a imaginé en empruntant 
aux coconnières du midi et du nord ce qu’elles ont 
d'utile. I serait fort important que tout le monde 
suivit cette méthode qui ne cause jamais aucun re- 
gret, et offre constamment tous les avantages qu on 
peut désirer. 


CHOIX DES COCONS. 


THSI-MIN-YAO-CHOU. 


Lorsqu'on veut garder les cocons pour en obtenir 
de la graine, il faut absolument prendre ceux qui se 
trouvent au milieu de la coconnière. Ceux qui sont 
près du haut donnent très-peu de soie (ou une soie 
très-mince); ceux qui sont près du bas donnent de 
la graine qui ne peut éclore. 


NONG-CHOU. 


Dès qu'on a descendu les claies de la coconnière, 1l 
faut enlever promptement la bourre des cocons, et 
faire en sorte qu'ils ne puissent fermenter et se dété- 
riorer. Si l'on a une grande quantité de cocons, on 
les conserve sous des couches de sel; alors les papillons 
ne sortent pas, et la soie se trouve souple, forte et 
luisante. 

Voici la manière de conserver les cocons. 

On commence par exposer les cocons au soleil, jus- 
qu'à ce qu'ils soient parfaitement secs. On place une 
grande jarre de terre dans une excavation; on étend 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 159 
au fond de la jarre une natte de bambou, ensuite on 
la couvre avec de grandes feuilles de l'arbre thong 
{ bignonia tomentosa). Alors on fait une couche den- 
viron dix livres de cocons sur lesquels on répand 
deux onces de sel; on les couvre de nouveau avec des 
feuilles du même arbre. On continue ainsi à mettre 
des cocons couche par couche, jusqu'à ce que la jarre 
soit entièrement remplie. Enfin on bouche la jarre 
hermétiquement, en la lutant avec de la terre glaise. 


WOU-PEN-SIN-CHOU. 


Lorsqu'on veut élever des vers à soie, 1l faut songer 
avant tout à la graine qui doit provenir des cocons. 
Aujourd'hui, lorsqu'on a ramassé les cocons, on a 
l'habitude de les accumuler tous ensemble sur des 
claies. Quelques personnes n'ayant pas le temps de 
dévider de suite toute la soie, on voit des pa- 
pillons qui sortent et qui pondent presque aussitôt. 
L'accumulation des coques produit une espèce de fer- 
mentation, et la chaleur fait naître des papillons avant 
l'époque convenable. Ce développement prématuré n’a 
jamais de bons résultats, car ces papillons sont ma- 
lades; et de là vient que les vers à soie que produisent 
leurs œufs sont affectés de maladie dès le moment de 
leur naissance. 

Lorsqu'on ouvre les coconnières (si l’on veut avoir 


160 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 

des cocons propres à la reproduction), il faut choisir 
ceux qui se trouvent dans la partie supérieure, et qui 
sont tournés vers la lumière; ce sont des cocons forts 
et bien conditionnés. On doit les mettre à part, les 
porter dans une chambre bien aérée, et les étaler sur 
des nattes très-propres, par couches de lépaisseur 
d'un seul cocon. Après que les cocons seront restés sur 
ces claies le temps nécessaire (pour la métamorphose 
des chrysalides), les papillons sortiront d'eux-mêmes 
sans être affectés par les causes de maladies que nous 
avons signalées plus haut. 


MÊME OUVRAGE. 


I faut un grand nombre de personnes pour choisir 
. en même temps tous les cocons dont on a besoin; on 
les étend par couches de lépaisseur d’un seul cocon, 
et on les conserve dans un endroit frais. Les papillons 
sortent très-tard. De cette manière, on n’est point 
obligé de se presser pour dévider la soie. 


HOANG-SING-TSENG DIT : 


Les cocons qui sont allongés, brillants et blancs, 
donnent une soie très-fine. Les cocons qui sont gros, 
obscurs, et d’un bleu de couleur de peau d'oignon, 
ne fournissent qu'une soie grossière. On doit enlever 


Li] 


ÉDUCATION DES VERS À SOIE. 161 
la bourre qui recouvre la soie. Les cocons qui sont 
mouillés intérieurement par les humeurs des vers à 
soie s'appellent in-kien, c’est-à-dire cocons obscurs. 

Ceux qui sont minces et mêlés donnent une soie 
commune et épaisse. On ne doit pas laisser les cocons 
exposés longtemps aux rayons du soleil; autrement 
la soie se brülerait et serait fort difficile à dévider. 
La même chose arrive lorsqu'on brüle des parfums 
dans la chambre où sont les cocons. 

Les gros cocons s'appellent tsou-kong, c'est-à-dire 
ouvrage grossier. 


HAN-CHI-TCHI-CHOUÉ. 


Lorsque les vers à soie ont fait leur cocon, il faut 
choisir ceux qui sont fermes, et dont la surface offre 
de grosses raies; ils se dévideront très-promptement. 
Pour cela il faut les exposer à la vapeur de l’eau bouil- 
lante, et les dévider ensuite en les plaçant dans une 
bassine remplie d’eau tiède. 


OBSERVATION DU TRADUCTEUR. 


eo 


« L'expression du texte ling-pen signifie littéralement : 
«bassine d'eau froide. Le sens que j'ai cru devoir adopter 
«(eau tiède), est appuyé sur un passage positif du livre XXV, 
«folio 8, verso, ligne 2.» 53 

1T 


162 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 

Les cocons qni sont minces, et dont la surface offre 
des raies fines, ne peuvent jamais se dévider prompte- 
_ ment. Il ne faut pas les exposer à la vapeur de l'eau 
bouillante. On doit les dévider en les plaçant dans une 
bassine remplie d’eau chaude. 


MÊME OUVRAGE. 


Manière d'étouffer les chrysalides au moyen de la vapeur | 
de l’eau bouillante. 


(Planche 9.) 
OBSERVATION DU TRADUCTEUR. 


« Dans l'Encyclopédie chinoise, intitulée Sun-thsai-thou- 
«hoeï, on recommande de jeter dans la marmite deux onces 
«de sel et une once dhuile; l'auteur assure que cela em- 
«pêche la soie de se dessécher, et la rend plus facile à dé- 
vider. » 


On prend trois corbeilles de bambou et un cou- 
vercle tissu en paille molle, que l’on applique sur l’ou- 
verture d’une marmite remplie d’eau bouillante. 

On place sur le couvercle deux corbeilles, où l’on 
a étendu trois à quatre pouces de cocons. On explore 
la température en mettant souvent le revers de la main 
sur les cocons de la claie supérieure. Si la main ne 
peut endurer la chaleur, on retire la corbeille de des- 
sous et l’on en met une autre sur la première. Il ne 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 163 
faut pas que la vapeur soit trop forte, car elle ramol- 
hirait trop la soie; 1 ne faut pas non plus qu'elle soit 
trop faible, car les papillons ne manqueraient pas de 
percer les coques. 

Si le dos de la main ne peut endurer la chaleur, la 
température de l’eau est au degré convenable pour le 
but qu'on se propose. Alors on transporte les cor- 
beilles dans l'atelier, et l'on verse les cocons sur une 
claie; puis on les remue légèrement avec la main. Si 
les cocons remplissent la claie et commencent à for- 
mer un monceau, on les partagera et on étendra le 
reste (c'est-à-dire la seconde moitié) sur une autre 
claie. 

On attendra que les cocons soient entièrement re- 
froidis, ensuite on les couvrira avec de petites bran- 
ches de saule. 

I faut exposer tous les cocons à la vapeur dans le 
même jour; car si l'on ne pouvait étouffer tous les 
papillons, ceux des coques restantes ne manqueraient 
pas de sortir le jour suivant. 


NONG-SANG-THONG-KIOUE. 


Lorsqu'on a une grande quantité de cocons, et 
qu'on ne peut les dévider de suite, on les conserve 
sous des lits de sel, et alors les papillons ne peuvent 


sorur. Cette méthode est gencralement suivie dans le 
Pr. 


164 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 
midi, mais l’on a besoin d’un grand nombre de jarres 
de terre. : 7 

J'ai lu l'ouvrage intitulé Nong-sang-tchi-kioué, que. 
l'on suit dans le nord, et voici ce que ] al trouvé à ce 
sujet. | 

Quand on récolte les cocons, le meilleur parti est 
de les dévider immédiatement; mais, si on ne peut le 
faire, faute d’avoir un assez grand nombre d'ouvrières, 
on fait mourir les chrysalides, et l’on dévide les co- 
cons aussi lentement que l'on veut. 

HB y a trois manières de faire mourir les chrysa- 
hdes : 

1° En exposant les cocons à l'ardeur du soleil ; 

2° En les humectant avec de l’eau salée; 

3° En les exposant dans des corbeilles de bambou 
à la vapeur de l’eau bouillante. 

Cette dernière méthode est la meilleure, mais il y 
a beaucoup de personnes qui ne savent pas la prati- 
quer. Le séchage au soleil endommage les cocons; le 
plus sûr parti est de conserver les cocons dans des 
jarres de terre, sous des couches alternatives de sel 
et de feuilles. 


NONG-TCHING-TSIOUEN-CHOU. 


Lorsqu'on met du sel sur les cocons, 1l les humecte 
et les pénètre jusqu'au fond. Aujourd'hui beaucoup 


ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 165 
de personnes se contentent de serrer les cocons dans 
des jarres de terre. Elles enveloppent du sel, par pa- 
quets d’une once ou de deux onces, dans du papier, 
de l'écorce de bambou, ou des feuilles de nymphæa. 
Çette méthode est également bonne, mais il faut que 
l'ouverture de la jarre soit fermée hermétiquement 
afin que lair ne puisse s'y insinuer; pour cela on se 
sert de terre glaise mêlée de sel. 


és 


arr 


SPAM AEAY us EL En EUR 
TR LINGE SNS 
请 Qu UE 人 


3 人 ho M 11 sp LAS 


全 ren dass 人 
Sa Or A: YO AA 14 RC DE Ve 
HS ANETEN sta Han aura 
. LA 
* ‘ e : 1 
© 下 il 
‘e 
* 去 
~ 
-生生 
四 
LA 


SUPPLÉMENT 


AU TRAITÉ CHINOIS 


SUR L'ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 


SUPPLÉMENT 


AU TRAITÉE CHINOIS 


SUR L'ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 


GRAINE DES VERS A SOIE. 


Toute chrysalide se change en papillon. Au bout de 
dix jours, il perce la coque et sort. La femelle et le 
mâle se ressemblent. La femelle reste immobile; le 
mâle senleve à l’aide de ses ailes et va trouver la 
femelle, à laquelle il s’unit. Après avoir été uni un 
jour et demi, il la quitte. Dès que le papiilon mâle a 
quitté la femelle, il se dessèche et meurt. Le papillon 
femelle pond aussitôt ses œufs. Quelques personnes 
font pondre les femelles sur du papier ( fait d’écorce 
de mûrier ), d’autres sur un morceau de toile. Chaque 
pays a ses usages. Dans les districts de Kia et de Hou, 
on se sert d'un papier épais que l’on fabrique avec de 
l'écorce de mürier. On peut, l'année suivante, faire 
encore usage des mêmes feuilles de papier. 

Un papillon femelle pond environ deux cents œufs 


qui se collent au papier; chaque graine (chaque œuf) 


170 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 

est distribuée d’une manière égale, sans qu'il y en 
ait plusieurs d’accumulées ensemble. La maîtresse des 
vers à soie (celle qui dirige l'éducation ) les conserve 
pour les faire éclore l'année suivante. 


BAINS QUE LON DONNE A LA GRAINE DES VERS A SOIE. 


Nous indiquerons seulement les méthodes que l’on 
suit dans les districts de Kia et de Hou. Dans le pre- 
mier, on expose les feuilles de papier couvertes d'œufs 
à la rosée du ciel, ou bien on les lave dans l’eau de 
chaux; dans le second district, on se sert ordinaire- 
ment d'eau de sel. On prend deux ching (deux dixièmes 
de boiïsseau) de l’eau qui découle des monceaux de 
sel, on les verse dans un plat, et l’on y met baigner 
une feuille couverte d'œufs; on fait de même avec 
l’eau de chaux. Le douzième jour du dernier mois de 
l'année, on met ainsi tremper les feuilles jusqu’au vingt- 
quatrième du mois, c'est-à-dire pendant douze jours 
entiers, après quoi on les retire. On les fait égoutter 
et on les sèche à une douce chaleur; ensuite on les 
conserve précieusement dans une boîte. On ne doit 
pas les serrer si lair-est humide. 

Les œufs écloront à l'époque appelée Thsing-ming 

le 5 avril 让 


Les personnes qui exposent les fewilles à la rosée 


7 2 
mn st 


SUPPLÉMENT. 171 
du ciel, le font exactement à la même époque que 
celles dont nous venons de parler. Elles mettent les 
feuilles sur des corbeilles d’osier qu’elles placent aux 
quatre angles du toit, et les chargent chacune d’une 
petite pierre pour les retenir. Elles les abandonnent 
ainsi à la gelée, à la neige, au vent, à la pluie, au 
tonnerre et aux éclairs. Elles les retirent au bout 
de douze jours; ensuite elles les serrent dans une 
boîte, comme nous l'avons vu plus haut, et les y 
laissent jusqu'à l’époque appelée Thsing-ming (]us- 
qu'au 5 avril). 

Er graine tardive, c’est-à-dire la graine d'automne 
qui provient d'une seconde ponte de l’année, ne doit 
pas être lavée. 


PRÉCAUTIONS POUR CONSERVER LA GRAINE. 


On fait un petit châssis avec quatre morceaux de ; 
bambou, on y place les feuilles, et on le suspend sur 
une solive élevée où il soit exposé à l'air, et à l'abri 
du soleil. Il serait dangereux de laisser dégager au- 
dessous des feuilles de la fumée d'huile de thong 
( bignonia tomentosa) ou de là vapeur de charbon. 
Dans les mois d'hiver, la graine craint le rayonne- 
ment de la neige, qui a pour effet de la rendre vide 
et stérile. Lorsqu'il est tombé beaucoup de neige, il 
faut s'empresser de retirer les feuilles. Le lendemain, 


172 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 

quand la neige est passée, on les suspend. comme 
auparavant. On attend le dernier mois de l’année pour 
la laver et la serrer dans des boîtes. 


DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE VERS À SOIE. 

I y a des vers à soie précoces (les vers à soie pro- 
venant de la graine du printemps } et des vers à soie 
tardifs (les vers qui proviennent de la graine dau- 
tomne ). Chaque année, ces derniers éclosent cinq ou 
six Jours avant les autres {c’est-à-dire qu'ils mettent 
cinq ou six Jours de moins pour éclore ); ils forment 
aussi leurs cocons beaucoup plus tôt ( c’est-à-dire que 
leur maturité arrive plus promptement); mais ces 
cocons sont d’un tiers plus légers que les autres.. 
Lorsque les premiers sont encore occupés à faire leur 
coque, ceux-ci sont déjà changés en papillons qui ont 
donné de nouveaux œufs. Voilà ce qui permet de les 
élever une seconde fois, c’est-à-dire d'employer leur 
graine à faire une seconde éducation dans la même 
année. 

(L'auteur chinois ajoute en note qu'il faut se garder 
de manger les chrysalides des vers à soie tardifs.) 

Lorsqu'on lave des feuilles couvertes de graine de 
vers à soie suivant les trois méthodes usitées, 1l faut 
avoir soin de noter la manière dont chaque feuille a 
été lavée. Car, si l'on se trompe une seule fois, et que, 


SUPPLÉMENT. 175 
par exemple, l'on mette tremper dans de l’eau salée, 
la graine qui a été exposée à la rosée du ciel, toute 
cette graine deviendra vide et stérile. 

On ne distingue que deux couleurs dans les cocons, 
les blancs et les jaunes. Le pays de Tchouen-chen et 
celui de Tsiniu ne fournissent que des cocons jaunes 
sans mélange d'aucun blanc; les districts de Kia et de 
Hou ne fournissent que des cocons blancs sans mélange 
d'aucun jaune. 

Si l'on accouple un mâle blanc avec une femelle 
jaune, les vers à soie qui naïtront de cette union, for- 
meront un cocon qui participera de ces deux couleurs. 

On peut blanchir la soie jaune’ en la lavant et en la 
faisant tremper dans la graisse qui se trouve au milieu 
des reins (renes) du porc; mais il y a deux couleurs 
que les teinturiers ne peuvent lui faire prendre : celle 

| qu'on appelle piao-pé ( couleur d'un blanc verdatre, 
comme celle des fruits du poirier ou de l'amandier } 
et la couleur de fleur de pêcher. 

On remarque plusieurs formes dans les cocons. Les 
cocons des vers à soie tardifs {vers à soie d'automne) 
ressemblent à une courge allongée; les cocons des 
vers à sole dont la graine a été exposée à la rosée du 
ciel sont pointus et allongés comme une pistache. I 
y en a qui sont ronds et aplatis comme des noyaux de 
pêche. Il y a une autre espèce de vers à soie qui ne 


* M. Darcet a décoloré des cocons jaunes au moyen de ja graisse de porc. 
(Sr. J.) 


174 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 

craint pas les feuilles salies de boue. On les appelle 
Tsien-tsan, c'est-à-dire vers à soie méprisés ou qu'on 
n'estime pas; ils donnent une grande quantité de soie. 

On voit des vers à soie entièrement blancs, tachetés, 
entièrement noirs, rayés de couleurs brillantes; mais 
tous donnent la même soie. Aujourd’hui, dans les 
maisons pauvres, on a coutume d'accoupler un mâle 
précoce (un papillon mâle de printemps) avec une 
femelle tardive ( c’est-à-dire provenant de la graine 
d'automne): on obtient une graine qui donne des 
vers à soie d'une espèce très-remarquable. 

Les vers à soie sauvages forment leurs cocons deux- 
mêmes, c'est-à-dire sans le secours de la coconnière. 
Ils viennent de T'sing-tcheou, de Y-chouï, etc. Les v6- 
tements faits avec la soie sauvage ne sont endommagés 
nl par la pluie ni par la crasse, ni par l'huile. 

Quand le papillon femelle est sort, 1l peut voler 
immédiatement. Il ne dépose pas ses œufs sur du pa- 
pier. On trouve encore en d’autres pays des vers à 
soie sauvages, mais ils y sont plus rares que dans les 
deux endroits que nous venons de citer plus haut. 


_ NOURRITURE DES VERS A SOIÏE. 


Trois Jours après l'époque appelée T'hsing-minq 
(le 8 avril}, les vers à soie éclosent d'eux-mêmes sans 


SUPPLÉMENT: 175 
avoir besoin de la chaleur des vêtements ou des cou- 
vertures de lit. La maison des vers à soie doit être 
tournée au sud-est. On tapisse les murs intérieurs 
avec du papier collé pour boucher les fissures par où 
l'air pourrait pénétrer. Quand il fait froid, on chaufle 
l'atelier avec des réchauds remplis de braise allumée. 
Toutes les fois qu'on donne à manger aux vers à soie 
qui viennent de naître, on doit leur distribuer des 
feuilles tendres coupées en filaments minces. Pour ne 
pas endommager le couteau, on couvrira le bloc de 
bois (ou la table de bois ) avec de la paille de riz ou de 
blé. Lorsqu'on a cueilli des feuilles, on les met dans 
une jarre de terre de peur que le vent ne les dessèche. 

Avant le second sommeil, lorsqu'on veut changer 
les vers à soie de claies, il faut les lever avec un petit 
bâtonnet de bambou, dont l'extrémité est arrondie. 
Mais, après le second sommeil (après la seconde mue), 
on peut les prendre avec les doigts. Le changement 
des vers à soie exige un travail pénible et assidu. Les 
personnes paresseuses à changer les claies, accumu- 
lent sur les vers une grande quantité de feuilles. Ces 
feuilles, jointes aux crottes et à l'humidité, produisent 
une fermentation empestée qui fait mourir une mul- 
titude de vers à soie. 

Lorsque les vers à soie se disposent à muer tous 
ensemble, ils ne s’endorment qu'après avoir jeté au- 
tour d'eux des fils de soie qui les aident à se débar- 
rasser de leur peau. Les personnes qui jies transpor- 


176 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 

tent sur d’autres claies doivent trier, avec beaucoup 
d'attention, les feuilles sur lesquelles ils se sont en- 
dormis et ne leur donner que celles qui sont parfaite- 
ment propres. Car, si, en sortant de leur sommeil, 1ls 
mangent une seule bouchée des feuilles où sont collés 
des fils de soie, ils enflent et meurent aussitôt. 

Après le troisième sommeil, s'il fait dehors une 
chaleur brülante, il faut se hâter de transporter les 
vers à soie dans une chambre fraiche et spacieuse. On 
doit avoir soin aussi de les mettre à l'abri du vent. En 
général , après le grand sommeil (après la troisième 
mue), on les changera de claies après douze repas. Si 
on les soigne avec une attention assidue, on obtiendra 
une grande quantité de soie. 


DES CHOSES QUE CRAIGNENT LES VERS A SOIE. 


L'auteur donne à peu près les mêmes conseils qu'on 
a lus plus haut page 123. 

Il y ajoute les observations suivantes. 

Les vers à soie craignent particulièrement le vent 
du sud-ouest. Quand il souffle avec force, si l’on n’a 
pas soin de fermer les fenêtres et les stores, on perd 
quelquelois les vers à soie de toutes les claies. Toutes 
les fois qu'une mauvaise odeur se fait sentir dans l’ate- 
lier, il faut brûler aussitôt, pour la combattre, des 


feuilles de mürier fanées. 


in Ca Lie. ét AÉANESS 


SUPPLÉMENT. 177 


DES FEUILLES DE MURIER. 


Tous les terrains sont favorables à la culture du 
mürier. Dans les districts de Kia et de Hou, on repro- 
duit les mûriers par marcottes. A l’aide de crochets de 
bambou, on approche peu à peu vers la terre les 
branches latérales du mürier. Dans les mois d'hiver on 
les couvre de terre. Dans le printemps suivant, lors- 
que les racines sont formées, on sépare les marcottes 
des branches mères, et on les plante ailleurs. Tout 
le suc de l'arbre se rassemble et se concentre dans les 
feuilles, et le mürier ne donne plus nl fleurs ni fruits. 

Lorsqu'on a besoin de feuilles, on les cueïlle en 
les coupant avec des ciseaux. Dès que le mürier a at- 
teint sept ou huit pieds, on l’étête, et les feuilles 
poussent alors avec une grande abondance. On peut 
tirer à soi les branches pour les couper et les dé- 
pouiller ensuite de leurs feuilles. Il n’est pas néces- 
saire de faire usage d’une échelle, ou de monter sur 
l'arbre. 

Voici la méthode qu'on suit pour reproduire les 
müriers par semis. Vers l’époque appelée Li-ha (le 
6 mai), lorsque les fruits de ces arbres sont violets 
et mürs, on les cueille, on les écrase et on les fait 
tremper dans de l’eau jaune de terre glaise, ensuite on 
les répand avec l’eau à la surface de la terre. Dans l'au- 


tomne de lamême année, les jeunes müriers seront déjà 
12 


178 ÉDUCATION DES VERS À SOIE. 

hauts d'environ un pied. On les transplante l’année sul- 
vante. Si on les fume et qu'on les arrose avec un soin 
assidu, ils croîtront rapidement. Si, dans le nombre, il 
s'en trouve quelques-uns qui donnent des fruits et 
des fleurs, leurs feuilles seront minces et peu abon- 
dantes. Il y a aussi des müriers appelés hoa-sang, c'est- 
à-dire müûriers à fleurs; leurs feuilles sont très-minces, 
et impropres à la nourriture des vers à soie. 

Les müriers greflés donnent des feuilles épaisses et 
nourrissantes. Il y a encore des feuilles qui provien- 
nent de l'arbre tché; on en fait usage pour suppléer 
à la disette des feuilles de müûrier. Je nal pas vu, dit 
l'auteur chinois, d'arbres tché dans la province de 
Tché-kiang, mais ces arbres sont très-nombreux dans 
la province de Ssé-tchuen. Dans les familles pauvres, 
on les donne aux vers à soie, lorsque les feuilles de 
müûrier sont épuisées. Toutes les cordes darc et de 
guitare doivent être faites avec de la soie des vers que 
l'on a nourris de feuilles, de tché. Leurs cocons sap- 
pellent ki-hien. Cette expression veut dire que la soie 
qui en sort est souple et forte. 

Toutes les fois qu'on cueille des feuilles, il faut 
absolument se servir de ciseaux. Les meilleurs sont 
ceux que l’on tire du village de Thong-hiang, qui dé- 
pend du district de Kia. Dans les autres villages, 1l est 
impossible de s’en procurer d'aussi tranchants. 


À 
| 
} 
| 


SUPPLÉMENT. 179 


MANIÈRE DE COUPER LES BRANCHES. 


Les branches d'une nouvellé pousse donnent, le 
mois suivant, une plus grande quantité de feuilles. En 
coupant un grand nombre de branches, on rend plus 
facile la cueillette des feuilles. Les feuilles des secon- 
des pousses servent dans le second mois de lete à 
nourrir les vers à soie tardifs ou d'automne. Alors on 
se contente de cueillir les feuilles, et l'on ne coupe 
point les branches. Lorsqu'on a cueilli les secondes 
feuilles, 1 en pousse de troisièmes en automne. 

Les habitants de la province de Tché-kiang les lais- 
sent tomber d’elles-mèmes après les gelées. Ils les 
recueillent une à une et les emploient à la nourriture 
des moutons. Ces moutons donnent une abondante 


quantité de lame, qui leur procure de grands bé- 
néfices. 


DES FEUILLES QUI SONT NUISIBLES AUX VERS A SOIE. 


Après le grand sommeil, c'est-à-dire la troisième 
mue, tous les vers à soie mangent avidement les feuilles 
humides. Celles qui ont été cueillies par un temps plu- 
vieux peuvent être étendues par terre et données aux 
vers à soie. Quant à ceiles qui ont été cueïllies par un 
temps pur et serein, si on les humecte d’eau et qu'on 


12. 


180 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 
les donne aux vers, leur soie aura du lustre et de 
l'éclat. 

Mais, lorsque les vers à soie n’ont pas encore subi 
leur troisième mue, si l'on cueille des feuilles par un 
temps pluvieux, il faut les suspendre avec une corde 
sous la saillie d’un toit où elles soient bien exposées 
à l'air. De temps en temps on remuera la corde, jus- 
qu'à ce que l'air les ait parfaitement séchées; mais, si 
on les sèche avec la paume de la main; elles s’échauf- 
feront et perdront leur lustre. Dans la suite la couleur 
qu'on aura donnée à la soie ne tardera pas à se ternir 
et à se passer. 

Toutes les fois que les vers mangent avant leur 
sommeil, 1l est très-important de bien les rassasier ; 
mais, quand ils sortent de la mue, on peut sans incon- 
vénient attendre une demi-journée avant de leur don- 
ner de la nourriture. Les feuilles humides qu’on cueille 
par un temps pluvieux font le plus grand mal aux vers 
à soie. Si donc 1 fait du brouillard dès le matin, il 
faut se garder de cueillir les feuilles et attendre que le 
brouillard soit dissipé. Alors on peut cueillir les feuilles, 
que le temps soit clair ou pluvieux. Si les feuilles sont 
humides de rosée, on ne doit les cueillir qu'après 
qu'elles ont été séchées par les premiers rayons du 
soleil levant. | 


SUPPLÉMENT. 181 


MALADIES DES VERS À SOIE. 


Les vers à soie contractent souvent des maladies 
lorsqu'ils sont encore renfermés dans l'œuf. Lorsqu'ils 
sont éclos, il dépend de l'homme d'empêcher et de 
prévenir celles qui naissent de l'humidité, de la cha- 
leur et de l'accumulation des vers. Lorsqu'on change 
les vers de claies, à l'époque du premier sommeil, cest- 
à-dire après la première mue, et qu'on se sert pour 
cette opération de corbeïlles vernissées, il ne faut point 
les couvrir, afin de laisser évaporer l'humidité dont ils 
abondent. 

Toutes les fois qu'un ver à soie est sur le point de 
tomber malade , le dessus de sa tête devient brillant, 
et tout son corps prend une teinte jaune. Sa tête gros- 
sit peu à peu et sa queue s'amincit. Si, à l'époque où 
les vers à soie entrent tout ensemble dans la mue, xl 
y en a qui se promènent et ne s'endorment point, ou 
qui prennent peu de nourriture, lorsque tous les au- 
tres mangent avec appétit, ce sont autant de symp- 
tômes de maladie. Il faut les enlever promptement, de 
peur qu'ils ne gâtent tous les autres par leur contact. 
En général un ver à soie vigoureux et plein de santé 
s'endort sur les feuilles. Ceux qui restent sous les 
feuilles sont des vers faibles ou paresseux qui font un 
cocon très-mince , ou bien qui ne savent pas l'art de le 
façonner. Ceux qui jettent leur soie à tort et à travers, 


182 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 


et forment un cocon trop large, sont des vers stupides 
(sic) et non des vers paresseux. 


MOYEN DE RECONNAITRE LES VERS A SOIE QUI SONT MURS 
POUR FILER. 


Quand les vers à soie ont suffisamment mangé de 
feuilles, 1 est très-important de savoir reconnaïtre le 
moment précis où ils sont mürs pour filer. Les vers 
éclosent en général entre huit et dix heures; aussi 
est-ce ordinairement à la même époque de la journée 
qu'ils sont mürs pour filer leurs cocons. 

Quand un ver à soie est mür, les deux glandes qui 
sont au bas de sa gorge sont claires et transparentes. 
S'ils sont trop jeunes d’un dixième lorsqu'on les met 
sur la coconnière, ils donnent très-peu de soie; s'ils 
sont trop vieux d’un dixième et qu'ils commencent à 
laisser échapper des fils de soie, ils ne manquent ]a- 
‘mais de former un cocon très-mince. Il faut un œil 
bien exercé pour les saisir à propos. Les personnes 
douées d’un tact parfait ne se trompent pas sur un seul 
ver à soie. Îl est extrêmement difficile de saisir à pro- 
pos les vers à soie noirs, parce que l’on ne peut aperce- 


voir la transparence qui annonce leur maturité. 


SUPPLÉMENT. 183 


OBSERVATION DU TRADUCTEUR. 


On lit dans un autre auteur chinois : 

Quand les vers à soie, qui ont subi toutes leurs mues, 
commencent à prendre une teinte bleue, c'est signe qu'ils 
sont mûrs pour filer leur coque. 


FORMATION DES COCONS. COCONNIÈRES APPELÉES CHAN-PO 有 
USITÉES DANS LES DISTRICTS DE KIA ET DE HOU. 


OBSERVATION DU TRADUCTEUR. 


L'expression chinoise Chan-po signifie : claie couverte de 
monticules. Ce dernier mot désigne les cônes à claire-voie 
où les vers à soie doivent monter. 


Voyez la planche n° 7. 


Les coconnières les plus parfaites sont celles qu'on 
appelle Chan-po, et dont on fait usage dans les dis- 
tricts de Kia et de Hou. 

Dans les autres pays on ne fait pas sécher la soie 
avec du feu (au moment où elle sort de la filière de 
l'insecte.) On laisse les vers à soie filer entre des 
tiges de riz, ou au milieu d'une boîte. Le feu ne 
pénètre point le fil du ver à soie, et l’ar ne le ra- 


184 ÉDUCATION DES VERS À SOIE. 


fraichit pas. C’est pourquoi les taffetas qui se fabri- 


quent dans les districts de Tchang-tan et de Tu-cho se 
pourrissent aisément par le lavage. Quant aux vete- 
ments tissus avec la soie que produisent les districts 
de Kia et de Hou, ils peuvent supporter cent lavages 
sans que la substance de la soie perde rien de sa force 
et de sa qualité. Voici comment l’on construit les cocon- 
nières. 

On tresse des claies avec des lames de bambou 
fendu, et on les place sur un châssis suspendu de 
chaque côté à des piliers de bois, à une hauteur de 
six pieds. Au bas de ce châssis, on dispose des ré- 
chauds remplis de charbon de bois à la distance de 
quatre à cinq pieds. Lorsqu'on commence à mettre 
les vers à soie sur la coconnière, on n’a besoin que de 
peu de feu pour les inviter au travail. Comme les vers 
à soie aiment la chaleur, 1ls se mettent immédiatement 
à l'œuvre, et on ne les voit plus grimper ou*se pro- 
mener. Quand le cocon est commencé et forme déjà 
un léger réseau, on ajoute à chaque réchaud une 
demi-livre de braise allumée. À mesure que les vers 
jettent leur soie, elle se sèche et se durcit immédiate- 
ment; de là vient qu'elle dure très-longtemps sans 
saffaiblir ni se déchirer. Il ne convient pas de couvrir 
la coconnière avec un toit en planches; il faut qu'un 
vent frais circule dans la partie supérieure, tandis 
que le bas est chauffé par le feu des réchauds. Toutes 
les fois qu'on chauffe la partie supérieure de la cocon- 


和 


SUPPLÉMENT. 185 
mière, les papillons ne peuvent donner de bonne 
graine. Lorsqu'on veut obtenir de la graine, 11 faut 
chauffer la coconnière par le bas, ainsi que l'indique 
la planche. 

Les monticules (cônes) à claire-voie que l'on place 
sur la claie se font avec des pailles de riz ou de blé, 
coupées de la même longueur, et que l’on tord à la 
main; ensuite on les fixe sur la claie. Il faut avoir beaur- 
coup de force dans les mains pour tordre la paille de 
ces cônes à claire-voie. Comme la claie de cette co- 
connière se compose de lames de bambou entrelacées 
et assez écartées entre elles, on y sèmera un lit de 
pailles courtes pour empêcher que les vers à soie ne 
tombent par terre ou dans le feu. 


RÉCOLTE DES COCONS. 


Au bout de trois jours, le travail des cocons est 
terminé ; alors on descend les claies ( ou coconmières ) 
et l’on ramasse les cocons. La soie qui flotte autour 
du cocon s'appelle sse-kouang (c’est la bourre). Les 
vieilles femmes du district de Hou la vendent à vil 
prix, savoir, à cent sapecks ( soixante-quinze centimes) 
la livre. On l’enlève à l’aide d’une monnaie de cuivre 
que l'on tient avec les trois premiers doigts de la 
main. 

On file cette bourre et l’on en fabrique l'étofle 
commune appelée hou-tcheou. 


186 ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 

Lorsqu'on a dépouillé les cocons de leur bourre, 
il est nécessaire de les étaler sur de grandes claïes 
placées sur des étagères; ils y restent jusqu’à ce qu'on 
les dévide (si l'on peut le faire peu de temps après 
la récolte). Si l’on serrait les cocons dans ces petites 
caisses (ou malles) dont on se sert dans la cuisine, 
ils se pourriraient par l'humidité qui se dégage des 
chrysalides, et la soie se briserait à chaque instant 
lorsqu'on voudrait la dévider. 


MOYEN DE DONNER DE LA FORCE A LA SOIE. 


On lit ce qui suit dans l’article qui traite du métier 
à broder. 

Toutes les fois qu’on veut broder des fleurs ou des 
ornements dans le tissu, il est absolument nécessaire 
de faire la chaîne avec de la soie des arrondissements 
de Kia et de Hou (voyez plus haut la coconmière 
appelée Chan-po). Cette soie a été séchée deux fois, 
c’est-à-dire au sortir de la filière de l’insecte, et au 
sortir de la bassine. Il n’est pas à craindre que les 
fils de cette chaîne se brisent pendant le travail du 


_Ussage. 


SUPPLÉMENT. 187 
EXTRAIT DU MÊME OUVRAGE (FOL. 31 VERSO, L. 4.) 


_Voici le moyen d'obtenir d'excellente soie, 11 est 
renfermé dans six mots. 
1° T'chhou-kheou-kan, c'est-à-dire , 11 faut sécher la 
soie à mesure qu'elle sort de la bouche de linsecte. 
Pour cela on place des réchauds de braise au bas de 
la coconnière. (Voyez la planche 7.) 
2° Tchhou-choui-kan, c’est-à-dire 11 faut sécher la 
soie à mesure qu'elle sort de l’eau. Lorsqu'on dévide 
la soie on place, à cinq ou six pouces du dévidoir, deux 
petits réchauds contenant chacun quatre ou cinq onces 
de braise allumée. Le mouvement rapide du tour pro- 
duit l'effet du vent. Il donne de l’activité au feu, et 
fait sécher rapidement les fils qu'on dévide. Si le 
temps est pur et brillant, et qu'un grand air circule 
dans l'atelier, 1l n’est pas nécessaire de faire usage 


du feu. 


ar UUE? 


na 下 
TO 1 Ne He 


24 

è 

de 
1} É 


1 en >." cé 3 \ 
SR Le eu ee à ps Ve 


{ 


4 pi be NUS : SAR 2LA SUR 
D" A st 4sbÿ Fo fi Vu: PAR AO MON 
ë | ai HRETLI à ah aa st CN NOR DETTE 
D JW MAÉ He ouate a abuador ant SAUT tr ‘4 
| Lu RS d ts OL Lo | AE: ‘A4 à / À 3141141000 


LL 


Hoi y n aa)! ) AUOT F4 


f , 和 . . DES 0 + * 
QU NB aouoga rot Ke if HAS ALNATCACE Hole TS: 
| Ne 


1 3 shirbh 0110 1 1 Pau A1 上 人 ail 1 4 d'YLIEOG TE 


* En . < L » 2. 
AA, 1 ANT) lt 2990 K1% BW DES 
. RUE 00e Lol: Lo M RE GED 1 D AURA PISTE 
, 4 
ET n 9 
TMD TRIO BELL | 
sx x + de : i 
4 “ur d ET 
ra S tu tt n 1139 11 YUETILTE) Pr 
到 | 
ARE OL OM (ECO LEO EI LOT TM 
QUEUE 4 DU16 FO EAN MAL 
é l 
È ŒUH2L - d'ir } ! LANCER LE 
\ > . 
ja 
1 
1 
LA 
x 
FER 
\ \ 2 
y Eh ñ 
| , 
Vi [家 
1 
] 
和 
v { { 
AL: { 
A 族 机 
NOV AN 人 1 à * 


MÉMOIRE 


SUR LES 


VERS A SOIE SAUVAGES. 


Nota. H a paru convenable de faire réimprimer ici, comme com- 
plément nécessaire aux traités qui précèdent, le Mémoire du P. d'In- 
carville sur les vers à soie sauvages. Ce travail important, qui ne se 
trouve que dans la collection en 16 volumes, des Mémoires des mis- 
sionnaires de Péking (Paris, 1777), pourra devenir très-utile aux 
éleveurs, si, comme il y a lieu de l'espérer, le gouvernement reçoit 
de la graine de vers à soie sauvages de M. Louis Hébert, envoyé par 

ses soins surles côtes de la Chine pour rapporter des espèces précieuses 
de vers à soie et de müûriers qui n'existent pas en Europe. 


MÉMOIRE 


SUR LES 


VERS A SOIE SAUVAGES 


PAR LE P. D'INCARVILLE :. 


Ce que dit Pline le naturaliste sur les chenilles de 
cyprès, de térébinthe, de frêne et de chêne, dont les 
habitants de l’île de Co tiraient leur soie, nous a 
donné la pensée de faire des recherches. Or, nous 
avons trouvé que, la troisième année du règne de 
Ouen-ti (cent cinquante ans avant J.-C.), des vers à 
soie sauvages se multiphièrent dans les bois et donnè- 
rent une grande quantité de soie; puis la seconde 
année de Youen-ti, de la même dynastie ( quarante- 
quatre ans avant J. C.), avec la remarque que les co- 
cons de ces vers étaient gros comme des œufs (ta-jou- 
tan). Nous avons trouvé le même fait raconté dans les 
Annales, sous les années 26, 231, 441, 449, 627, 
638, etc. après J.-C., toujours avec la remarque que 
ces cocons étaient gros comme des œufs, excepté en 


* Extrait du tome IT (pages 579-601) des Mémoires concernant 
l'histoire, les sciences, les arts, etc., des Chinois, par les Mission- 
naires de Péking. On a supprimé plusieurs pages d'observations qui 
sont étrangères au sujet. 


192 VERS A SOIE SAUVAGES. 

627, où l’on dit qu'ils étaient gros comme des abricots ; 
à quoi l’annaliste ajoute qu'on en recueillit six mille 
cinq cent soixante-dix mesures. Les récits des anciens 
sur cette espèce de vers, leur multiplication extraor- 
dinaire dans les années dont il a été parlé, nous met- 
tent en droit de conclure que, s'ils donnaient quelque 
soie les autres années, ils en donnaient bien peu. 
Qu'on suppose qu'il en était de même des vers à soie 
de l'île de Co, et il sera fort aisé d’expliquer pourquoi 
elle était si rare et si précieuse. 

Pour revenir aux chenilles de cyprès, de térébinthe, 
de frêne et de chêne, dont les habitants de l'ile de Co 
üraient leur soie, nous avons tous ces arbres dans 
notre France. Les chenilles d’un arbre, dans un pays, 
sont les mêmes dans un autre. Serait-1l mal imaginé 
d’en tirer parti ? ny aurait-il pas quelque moyen de le 
faire ? Tout ce que notre reconnaissance peut oser pour 
un bienfaiteur dont le nom sera à jamais dans notre 
cœur et sur nos lèvres, c’est de raconter ce qui se pra- 
tique en Chine, et de nous reposer sur sa sagesse du 
soin den faire usage en la manière et dans je temps 
qu'il eroira convenable. Nous lui demandons même en 
grâce que cette notice et toutes les autres, que nous 
prenons la liberté de lui offrir, ne soient communi- 
quées au public que comme des matériaux pour les 
choses qu’on y traite. Si même le feu père d'Incarville 
n'avait pas fait des recherches et des expériences sur 
les vers à soie dont nous allons parler, nous n’aurions 


VERS A SOIE SAUVAGES. 193 
Jamais osé nous risquer à en rien dire sur le seul té- 
moignage des livres. Mais ce respectable et savant 
missionnaire, dont tant d'excellents mémoires ont été 
perdus ou enterrés, ayant entrepris de répondre sur 
ce sujet aux questions que le ministre et plusieurs 
savants lui avaient adressées, 1l s'était mis à faire des 
observations, et son journal digne, à tous égards, de 
sa sagacité et de son exactitude, nous est tombé par 
bonheur entre les mains. Nous ne sommes pas dans 
un temps où nous puissions nous acquitter de ce que 
nous devons à sa mémoire, mais nous n'avons pas la 
lâcheté et la mauvaise foi de ne pas lui faire honneur 
de ce que nous devons à son travail. 

Ce que Pline raconte des vers à soie de l’île de Co, 
dans la dix-septième section du onzième livre, est 
très-difficile à entendre et à expliquer, à ce qu’il nous 
paraît. Le texte a-t-il été aliéré? la signification de 
quelque mot s'est-elle perdue? Ce savant, qui a fait 
tant de recherches et nous a conservé tant de connais- 
sances, a-t-1l eu des mémoires défectueux sur cetarticle ? 
Nous laissons la question à décider à ceux qui ont droit 
de prononcer : pour nous, 1l nous paraît bien remar- 
quable et bien digne d'attention que de trois espèces 
de vers à soie sauvages qu'on élève en Chine, il yena 
deux qu’on élève sur le frêne et sur le chêne, comme 
on faisait à l'ile de Co. Nous n'oserions dire quon 
n’en élève pas de même sur les cyprès et sur les téré- 


binthes, parce que, comme nous ne sommes pas à 
13 


194 VERS A SOIE SAUVAGES. 
portée de savoir sûrement ce qui se pratique dans les 
provinces, nous ne croyons pas que le silence des livres 
suffise pour le conclure. Soit même que messieurs les 
lettrés soient prévenus contre les vers à soie sauvages, 
ils n’en parlent guère qu'en passant ; soit aussi que le 
gouvernement ne veuille nl accréditer nl étendre ja 
manière d'en élever, l’on a affecté de n’en dire mot 
dans le grand recueil d'agriculture qui a été publié 
par ordre de l'empereur régnant. Il vient tout de suite 
en pensée que ces vers à soie modernes, ayant la tache 
imeffaçable d'avoir été négligés et méprisés par lanti- 
quité, un bon lettré s’avilirait à en parler dans un cer- 
tain détail : mais le ministère d'aujourd'hui nest point 
offusqué par de tels préjugés, qui ne vont qu'aux 
ilotes de l’école de Confucius. Car peut-être que, ces 
vers sauvages étant plus casuels et plus difficiles à éle- 
ver que les vers à soie de müûrier, l'appât du gain a 
suffi pour leur faire préférer ces derniers, dont la soie 
est d’un bien plus haut prix. 

Nous avons vu plus haut qu'il y a longtemps qu'on 
a connu en Chine les vers à soie sauvages: mais quand 
a-t-on commencé à les élever annuellement pour se 
procurer leur soie? nous ne le trouvons articulé nulle 
part : nous ne trouvons pas même qu'avant la dernière 
dynastie elle soit entrée dans les tributs des provinces, 
ni avant celle d'aujourd'hui dans les manufactures In 
périales. Il peut se faire que l'art singulier d'élever 
cette espèce de vers ait été pratiqué’ secrètement dans 


VERS A SOIE SAUVAGES. 195 
quelques districts, sans attirer l'attention du gouver- 
nement. Îl paraît par le recueil impérial Hoang-ming- 
chi-ta, publié sous Kingi, de la dernière dynastie, en- 
viron l'an 1456, il paraît, dis-je, que le gouvernement 
ne tourna ses regards vers la soie des vers sauvages que 
lorsque, faisant des efforts continuels pour assurer l’'a- 
bondance des grains et des matières premières des 
habits, il fixa ce que chaque endroit donnerait en soie 
de vers de mürier, ou en chanvre, ou en coton: car, 
voyant alors que la province de Canton avait de la soie 
de vers sauvages, 1l la taxa à en fournir chaque année 
une certaine quantité. Comme la multiplication des 
vers à soie sauvages a été regardée et annoncée aux 
empereurs, désolés de la misère du peuple, comme 
un secours extraordinaire envoyé par le ciel, il se peut 
que l'envie de le perpétuer par l’industrie ait fait faire 
des recherches; mais les livres que nous avons lus ne 
nomment pas celui qui le premier y a réussi. 

On compte trois espèces de vers à soie sauvages, sa- 
voir : ceux de fagara ou poivrier de Chine, ceux de frêne 
et ceux de chêne. Avant d’entrer dans aucun détail, 
il est essentiel de bien faire connaître ces trois arbres. 

Nous avons appelé le poivrier de Chine fagara d'après 
le P. d’Incarville. Il paraît en effet lui ressembler; mais 
nous doutons que ce soit la même espèce. Comme cet 
arbre est d’une culture aisée et très-commun dans la 
province de Canton, où abordent nos vaisseaux ,1l 
serait aisé d'en porter quelques pieds en France : car, 

ES À 


196 VERS A SOIE SAUVAGES. 

outre que les graines et leurs coques surtout peuvent 
tenir lieu de poivre, ce qui serait un objet pour le 
royaume, les vers à soie de cet arbre sont ceux qui 
donnent la plus belle soie et en plus grande quantité. 
Sur la manière dont M. Duhamel, cet illustre zélateur 
du bien public, a parlé du fagara, il nous paraît fort 
douteux que celui de Chine pût réussir dans les pro- 
vinces septentrionales du royaume ; mais nous sommes 
persuadés qu'il réussirait très-bien dans la Provence, 
le Languedoc et le Roussillon. Une âme vulgaire ne 
voit rien de bien important pour le royaume dans l’ac- 
quisition d'un nouvel arbre; mais un homme d'état, 
un citoyen, voit dans un arbre utile un héritage éter- 
nel pour toute ja nation. 

On distingue en Chine deux espèces de frêne, sa- 
voir, le tcheou-tchun et le hiang-tchun. Le tcheou-tchun 
est le même que le nôtre, et c’est celui sur lequel on 
nourrit des vers à soie sauvages. Le hiang-tchun est fort 
différent du premier par sa fleur, sa graine et surtout 
par son odeur, comme on verra dans la notice que 
nous en envoyons. Nos modernes se sont peut-être trop 
pressés de se moquer de ce que Pline je naturaliste a 
dit du frène; nous ne serions point surpris que le 
hiang-tchun le justifat pleinement. Le compas de PEu- 
rope n’est pas encore assez grand pour mesurer l'uni- 
vers. Que de mondes dans le monde des plantes et des 
arbres! Celui de Chine, qui est immense, ne sera 
peut-être pas connu en Occident de bien des siècles. 


VERS À SOIE SAUVAGES. 197 

Le chène dont on nourrit une espèce de vers sau- 
vages est, si nous ne nous irompons, celui que nos 
botanistes nomment quercus orientalis castaneæ folo, 
glande recondità in capsulà crassd et squamerosä. Il est 
dans le Jardin royal, autant que nous pouvons nous 
en souvenir; mais nous l'avons vu sûrement, auprès de 
Toulouse, dans un jardin qu'il nous serait trop dou- 
loureux de nommer. 

Les vers à soie sauvages de fagara et de frène sont 
les mêmes et s'élèvent de la même facon. Ceux de 
chène sont différents et demandent à être gouvernés 
un peu différemment. 

La grande et essentielle différence entre les vers à 
sole de mürier et les vers à soie sauvages, c'est que 
l'auteur de la nature s’est plu à donner à ces derniers 
un génie de liberté et d'indépendance absolument in- 
domptable; le flegme, le sang-froid et l'industrie 
chinoise y ont échoué. I serait inutile de vouloir ris- 
quer de nouvelles tentatives. Nos livres de piété ont 
pris le ver à soie pour symbole de la résurrection, 
soit de l’âme à la grâce, soit du corps à la vie éternelle. 
Les vers à soie sauvages semblent devoir être préférés. 
Leurs cocons finis, ils y restent enfermés depuis ja 
fin de l'été ou le commencement de l'automne jus- 
qu'au printemps de l'année suivante. Ce long séjour 
explique pourquoi ils les font si forts et si compactes. 
On a même vu des cocons, oubliés une année, donner 
leurs papillons la suivante; et 1l est notoire, dans ja 


198 VERS A SOIE SAUVAGES. 

province de Chan-tong et dans plusieurs autres, qu’on 
peut retarder la métamorphose de la chrysalide bien 
avant dans l’été. 

Les Chinois ont une manière de distinguer les co- 
cons qui doivent donner des papillons mâles et des 
papillons femelles : parmi ceux-là même ils distinguent 
ceux qui doivent donner de plus forts et de plus beaux 
papillons. Comme les cocons qu'on garde sont l’espé- 
rance de l’année suivante, ce choix est important. Si 
les règles, pour faire ce choix, sont les mêmes que 
celles qu’on suit pour les vers à soie de mürier, ce qui 
est assez vraisemblable, nous n’avons rien à ajouter à 
ce qui a été dit dans le Mémoire sur les müriers et les vers 
à soie, qu'on doit avoir reçu. Pour garder ces cocons 
plus commodément, on les enfile légèrement par leur 
extrémité dans un fil de soie, et on en forme plusieurs 
chapelets. L’unique précaution qu'il falle prendre, 
pour les conserver, consiste à les suspendre dans un 
endroit où ils soient à l'abri du vent du nord, de la 
pluie, du soleil, et cependant au grand air. Les Chi- 
nois ne disconviennent pas qu'on pourrait les mettre 
dans la chambre; mais, à les en croire, il est toujours 
mieux de suivre la nature d'aussi près qu'on peut; et 
les vers sauvages, comme tout le monde sait, suspen- 
dent leurs cocons aux arbres dont 1ls se nourrissent, 
sans chercher même les endroits les plus couverts. 

Faire éclore les vers sauvages est bien plus difficile 


que de faire éclore les vers de müûrier. J'ai dit faire 


VERS A SOIE SAUVAGES. 199 
éclore , il faudrait dire procurer leur métamorphose, 
car 1ls éclosent d'eux-mêmes sans presque aucun soin. 
Le Père d'Incarville y échoua la première fois. La 
moitié de l'été s'était passée, quoiqu'il eût fait de son 
mieux, sans lui donner aucun papillon. « Je crus avoir 
«été trompé, » ditl dans son journal, «et qu'il (son 
«commissionnaire) m'avait donné des cocons dans les- 
« quels on avait fait périr les chrysalides. » Sur quoi, 
rebuté de ce mauvais succès, 1l les enferma dans un 
tiroir où 1l les oublia, et les trouva éclos dans le mois 
d'octobre, lorsqu'il ouvrit la fatale prison où il les 
avait mis et où 1ls étaient morts misérablement. Pour 
faire éclore ces papillons, 1l faut suspendre les cocons 
enfilés dans une chambre chaude, et les arroser et 
humecter plusieurs fois le jour, dans le temps le plus 
chaud. Il y en a qui préfèrent de les exposer à la 
vapeur d’un grand vase d’eau chaude, qui est plus 
douce et imite mieux l'humndité de l'air qui les fait 
éclore dans les temps de pluie. Nous ne trouvons point 
combien de jours il faut attendre la résurrection ou 
métamorphose de la chrysalide, et nous en concluons 
qu'il n'y a point de temps fixe, qu'elle avance ou re- 
tarde sans qu’on puisse trop en trouver la raison; mais 
il n’est pas ordinaire qu’on attende plus de huit à dix 
jours, quand on a choisi un temps propre, c'est-à-dire 
un temps chaud et humide. Si l'on attend parfois un 
peu plus, on a l'agrément de voir tous ses cocons don- 
ner leurs papillons à peu près en même temps. 


200 VERS A SOIE SAUVAGES. 

« Le papillon de ces vers sauvages, » dit le P. d’Incar- 
ville, «est à ailes vitrées, de la cinquième classe des 
« phalènes, selon le système de M. de Réaumur. 卫 
«porte ses ailes parallèles au plan de sa position, et 
« laisse son corps entièrement à découvert : il ne les 
«a guère plus étendues quand il vole que lorsqu'il est 
« posé. » Ce papillon a à peine ses ailes séchées, qu'il 
cherche à en faire usage et à s'enfuir. Comme on est 
sûr d'attirer les mâles au moyen des femelles, on laisse 
à ceux-ci la liberté de s'envoler dehors; mais, pour les 
femelles, on les saisit dès qu’elles sont sorties de leurs 
cocons, et on les attache avec un fil de soie assez lon- 
guet par une de leurs ailes, et l'on arrête l’autre bout 
sur un gros paquet, suspendu à l'air, de moelle séchée 
de grand mullet, que les botanistes nomment milium 
arandinaceum. Les Chinois, soit dit en passant, en tirent 
excellemment parti. Les mâles viennent féconder les 
femelles dès la première nuit et les suivantes, quoi- 
qu'ils disparaissent quelquefois entièrement pendant 
le jour. Les femelles, qui se trouvent liées au faisceau 
de moelle de millet, y déposent leurs œufs dès la se- 
conde nuit, et continuent ainsi environ huit ou dix 
jours; mais, vers la fin, elles pondent beaucoup moins. 
La ponte entière ne va guère qu'à quatre ou cinq cents 
œufs. La chaleur de la saison suffit pour faire éclore 
le peuple de vers sauvages qu’on s’est préparé; c'est 
ordinairement au bout de dix à onze jours. 

La première idée de vers sauvages, qu'on élève sur 


VERS A SOIE SAUVAGES. 201 
des arbres en plein air et même en pleine campagne, 
fait d’abord croire qu'ils ne demandent presque aucun 
soin, et sont bien plus aisés à gouverner que les vers 
à soie de mürier; mais il n’en est pas ainsi, à beau- 
coup près. Quand les petits vers sont sortis de l'œuf, 
il y a des personnes qui vont suspendre les faisceaux 
de moelle de millet sur une branche de fagara, de ma- 
nière qu'ils puissent passer de leur berceau sur les 
feuilles de cet arbre; les autres coupent une branche, 
la mettent dans un vase plein d’eau, et y attachent 
leur moelle de millet avec tous ses nouveaux habi- 
tants, dont le nombre augmente de moment en mo- 
ment jusqu’à ce qu'ils égalent à peu près le nombre des 
œufs. La raison de ces différents procédés est la déli- 
catesse extrême de ces vers, leur faiblesse et leurs 
ennemis. Pour peu que larbre où l'on veut qu'ils 
aïllent se loger soit accessible aux fourmis et aux autres 
insectes carnassiers de la saison, un gibier si tendre Îles 
attire et en peu de temps ils en font une déconfiture 
épouvantable; ce qui, pour le remarquer en passant, 
explique assez bien pourquoi il est si rare que les vers 
à soie sauvages se multiplient et se conservent en assez 
grande quantité pour donner beaucoup de cocons. Le 
meilleur moyen de les en garantir, dans leur première 
enfance, c’est d’environner, après une grande pluie, 
d’un petit fossé plein d’eau le fagara ou le frène qu'on 
a choisi pour leur hospice. Mais une branche mise 
dans un vase d’eau est bien plus sûre. Les plus Intre- 


4. ACAD DE 
\L IBRARY; Ê 
Ps EL 

SCIENCE 
Ps 9r sons 


Fr 
d223:: 


202 VERS A SOIE SAUVAGES. | 
pides fourmis ne sont pas d'humeur à se mettre à la 
nage pour aller à la chasse de leurs faisans : car, à juger 
de la friandise de ces amazones par leur avidité et leur 
empressement, ces vers nouveaux-nés doivent être je 
plus friand morceau de leur table. Les insectes vo- 
lants de la saison sont encore plus altérés de leur sang 
que les fourmis; il est bien plus difficile de les dé- 
fendre de leur continuelles attaques. 

La nature a appris à ces petits vers à gagner vite les 
feuilles de l'arbre qui doit les nourrir, et à sy réunir 
dans le même canton sur différentes feuilles, comme 
pour y faire corps et effrayer leurs ennemis par leur 
nombre. Ils ont même l'attention de se loger sous l’en- 
vers des feuilles, où 1ls se tiennent accrochés à mer- 
veille et où 1l est plus difficile de venir les attaquer. À 
peine se sont-ils séchés et accoutumés à l'impression 
de l’air, qu'ils se mettent à manger de bon appétit et 
attaquent les feuilles du fagara ou du frène par les 
bords, les entament et les broutent sans presque se 
reposer. «Le premier jour précisément que J'avais 
«porté mes vers nouveaux-nés sur l'arbre, » dit le 
P. d'Incarville, «il survint tout à coup une grande 
« pluie qui me donna beaucoup d'inquiétude pour leur 
«vie. Je crus que cen était fait d'eux, et qu'aucun 
«n'aurait résisté aux torrents d’eau qui étaient tombés. 
« Dès que l'orage fut passé, ] allal voir si j'en trouverais 
“encore quelqu'un. Je les trouvai qui mangeaient de 
«grand appétit et avaient déjà sensiblement gross. » 


VERS A SOIE SAUVAGES. 203 
Bien loin que la pluie leur soit contraire, elle les ac- 
commode par la fraicheur qu’elle répand dans l'air, et 
par la chasse qu’elle donne à tous leurs ennemis. Bien 
plus, ils souffrent de la sécheresse, parce que, les 
feuilles qu'ils broutent étant moins abondantes en sue, 
ils deviennent constipés. Leur délicatesse et propreté, 
s'ils en ont, ne tiennent pas contre l'intérêt de leur 
santé. Si leurs petites crottes ne sortent avec qu avec 
peine, ils se recourbent sans façon sur leur derrière, 
les tirent à belles dents et les font tomber; ce qui est 
fait dans un clin d'œil : puis ils se remettent à manger. 
La nourriture leur profite tellement, qu'ils croissent 
et grossissent presque de moitié d'un jour à l'autre 
dans les commencements. 

Les vers à soie sauvages muent quatre fois, et chaque 
mue n'est éloignée que de quatre jours environ de ja 
précédente. Le troisième jour ils mangent peu; mais 
le quatrième jour, à peine se sont-ils débarrassés de 
leur dépouille, qu'ils se dédommagent avec usure de 
la diète du jour précédent. C’est surtout alors qu'ils 
croissent quasi à vue d'œil. Ces petits vers perdent en- 
tiérement l'amour de la vie sociale après leur première 
mue ; le goût de la solitude les gagne, et 1ls se sépa- 
rent pour aller vivre à leur guise qui d'un côté, qui de 
l'autre. Cette nouvelle inclination est toute au profit 
des uns et des autres: car, s'ils restaient rassemblés 
en communaute sur une seule branche, comme js en 
auraient bientôt consumeé toutes les feuilles, outre que 


204 VERS À SOIE SAUVAGES. 

l'arbre en pâtirait, ils auraient un voyage à faire pour 
aller gagner une autre branche, et la diète, qui serait 
inévitable, retarderait leur mue, ou mème abrégerait 
leur vie, qui doit être si courte. Leur dispersion est 
encore plus nécessaire à leur conservation; car, si 
leurs ennemis les trouvaient ainsi réunis, 1ls en fe- 
raient une déconfiture horrible, et peut-être qu'aucun 
n'en pourrait échapper. Frelons, guëêpes, fourmis, 
corbeaux et tous les petits oiseaux, sans exception, 
sont avides de leur sang. Les admirateurs de la pro- 
vidence ont bien ici de quoi se récrier, en considérant 
comment ces chenilles, sans défense et exposées à tant 
de dangers, ont pu se conserver et se perpétuer, de- 
puis le commencement du monde, au milieu de tant 
dennemls; miracle d'autant plus frappant qu'avant que 
leur soie leur obtint les soins de l’homme, la plupart 
devaient périr au sortir de l’œuf dans les années défa- 
vorables à leur propagation. Voici ce qu'on a imaginé 
pour les défendre contre les oiseaux : on arrondit la 
tête des fagara ou des frenes sur lesquels on les met, 
et on la couvre d’un filet à mailles assez serrées, pour 
empêcher les oiseaux d'arriver jusqu’à elles. C’est une 
dépense, mais elle est nécessaire, et on en est bien 
dédommagé par la soie qu’on recueille. Pour les fre- 
lons, qui fondent sur elles, surtout lorsqu'elles sont 
petites, les coupent en deux et les sucent, quoique le 
filet leur fasse peur d’abord, l'appât de leur proie leur 
donne je courage d’en traverser les mailles; et un qui 


VERS A SOIE SAUVAGES. 205 
a passé attire tous les autres. Il faut user d'artifice et 
les appâter au voisinage par des bâtons enduits de 
miel, où l’on va les brüler avec un brandon de paille, 
quand ils y sont en grand nombre. Le P. d'Incarville 
raconte, comme témoin oculaire, qu'à peine un cra- 
paud a-t fixé sa vue sur une de ces chenilles, qu’elle 
défaille et se laisse tomber; le crapaud l’aspire en reti- 
rant son haleine, la reçoit dans sa gueule et l’avale. 
Puis il ajoute que, s’il n’y avait pas veillé de près, toute . 
sa république de vers à soie aurait été en danger de 
périr sous peu de jours. Comme les livres chinois ont 
négligé cet article, nous n'en dirons rien davantage. 
Nous avons oublié de le dire en son lieu : un peu 
_avant ou après la première mue, soit qu'on ait laissé 
ces vers nouveaux-nés sur une branche de fagara mise 
dans un vase d’eau, soit qu'on les ait portés d’abord 
sur l'arbre mème, 1l faut avoir soin den proportionner 
le nombre à l'arbre qu'on lui destine, ou sur lequel 
on les laisse. Cette attention est essentielle, parce que, 
si ces vers étaient en trop grand nombre, ils le dé- 
pouilleraient de toutes ses feuilles, qui peut-être même 
ne leur suffiraient pas : étant plus à découvert, ils y 
seraient plus exposés à leurs ennemis, moins à l'abri 
de la pluie et du soleil; et puis, quand viendrait le 
temps de filer leurs cocons, ils seraient en grande dé- 
tresse et embarras. Le vrai temps pour faire cette dis- 
tribution est le jour qui précède leur première mue, 
ou celui où ils en sortent. Comme ils se dispersent dès 


206 VERS À SOIE SAUVAGES. 

qu’elle est finie, elle serait impossible pour ceux qui 
sont déjà logés sur leur arbre, si l’on manquait le mo- 
ment; et ce serait violenter les autres que de les re- 
tenir sur de petites branches où js auraient trop à 
l'étroit leurs logements et leurs vivres. 

Les quatre mues, qui sont de quatre jours en quatre 
jours, étant finies et passées, le ver à soie sauvage a 
presque toute sa crue, et est plus gros du double au 
moins que les vers à soie de mürier. « C'est une che- 
«nille de la première classe selon le système de M. de 
«Réaumur, » dit le Père d'Incarville : «elle est d’un 
«vert mêlé de blanc, imparfaitement rase, à six tuber- 
«cules, six sur chaque anneau. Les poils de ses tuber- 
«cules sont chargés d’une espèce de poudre blanche. » 
Après le dix-huitième jour ou le dix-neuvième, les 
vers à soie sauvages perdent tout appétit , et passent 
successivement d’une morne apathie, ou demi-engour- 
dissement, à des mquiétudes et une agitation très-vives. 
Us courent ca et là comme s'ils craignaient de se mé- 
prendre dans le choix qu'ils vont faire d'une feuille et 
d'un endroit pour filer leur cocon et préparer leur re- 
surrection de l’année suivante. C’est ordinairement 
entre le dix-neuvième et le vingt-deuxième jour de- 
puis leur naissance qu'ils commencent ce grand ou- 
vrage. Soit pour avoir de quoi arrêter les premiers fils 
du tombeau qu'il va se bâtir, soit pour en augmenter 
l'épaisseur et la solidité, il recoquille une feuille en 
sondole, et senferme dedans sous la trame de la soie 


VERS A SOIE SAUVAGES. 207 
qu'il file et dont il finit par former un cocon de la 
grosseur d'un œuf de poule et presque aussi dur. Ce 
cocon a une des extrémités ouverte en forme d’enton- 
noir renversé; c'est un passage préparé pour le papillon 
qui doit en sorür. Avec le secours de la liqueur dont il 
est mouillé et qu'il dirige vers cet endroit, les fils hu- 
mectés cèdent à ses efforts; 1l perce sa prison lorsque 
le temps en est venu. 

En rassemblant tout ce que nous venons de dire, il 
est évident que les vers à soie sauvages sont plus aisés 
à élever, à bien des égards, que les vers à soie de 
mürier, et mériteraient peut-être d'attirer l'attention 
du ministère public, à qui seul il convient de décider 
s'il serait utile au royaume de procurer une nouvelle 
espèce de soie à celles de nos provinces où des essais 
faits avec soin auraient fait connaître qu’on peut réussir 
à les élever. Tout ce qu'il nous convient d'ajouter à ce 
que nous en avons dit, c’est que ces vers sont une 
source de richesses pour la Chine même, quoiqu'on 
recueille chaque année une si prodigieuse quantité de 
soie de vers de mürier, qu'au dire d'un écrivain mo- 
derne on pourrait en faire des montagnes. Il est vrai 
que la soie des vers sauvages n'est pas comparable à 
lautre, et ne prend jamais solidement aucune tein- 
ture; mais 1° elle coûte moins de soins, ou plutôt 
n'en coûte presque aucun dans les endroits où le climat 
est favorable aux vers sauvages, parce que tout ce qu'on 
risque en les négligeant, c'est d'avoir une récolte moins 


208 VERS A SOIE SAUVAGES. 

abondante : encore est-on maître de l'avoir plus grande, 
en multipliant le nombre des arbres qu'on destine à 
ses vers. 2° Comme on ne dévide pas les cocons des 
vers sauvages, mais qu'on les file, comme nous faisons 
le fleuret, ils dépensent moins de temps et de main- 
d'œuvre. 3° La soie qu'ils donnent est d’un beau gris 
de lin, dure le double de l’autre au moins, et ne se 
tache pas si aisément; les gouttes même d'huile ou de 
graisse ne sy étendent pas et s’effacent très-aisément. 
Les étofles qu’on en fait se lavent comme le linge. 
4° La soie des vers sauvages, nourris sur des fagara, est 
si belle dans certains endroits, que les étoffes qu'on en 
fait disputent le prix avec les plus-bellés soïeries, quol- 
qu’elles soient unies et de simples droguets. Quand 
nous avons dit que cette soie ne se dévide point et ne . 
prend point la teinture, c'est un fait que nous racon- 
tons. L'industrie européenne, aidée et éclairée par les 
élans du génie français, viendrait peut-être à bout de 
dévider les cocons de vers sauvages et den temdre 
la soie. 

Le P. d'Incarville ayant négligé de mettre ses co- 
cons dans un endroit frais, plusieurs papillons sorti- 
rent les uns douze, les autres quinze jours après celui 
où ses chenilles sy étaient enfermées, c’est-à-dire onze 
mois plus tôt qu'ils n'auraient dû. Cependant il y a 
des endroits où, soit qu'on aille contre l'insutution de 
la nature, soit qu'on ne fasse que la.suivre, l'usage 
commun est de se ménager deux couvées de vers 


L£ 


VERS A SOIE SAUVAGES. 209 
sauvages, une au printemps, l'autre à la fin de l'été. 
Venons maintenant aux vers sauvages de chêne à 
feuilles de châtaignier. On les fait éclore comme ceux 
du fagara et du frêne; mais leur première enfance est 
plus délicate. Le vent leur est très-nuisible : aussi prend- 
on le parti de les élever sur des branches de chêne 
qu'on met dans des vases pleins d'eau, comme il a été 
dit plus haut, et qu'on laisse dans une chambre lin- 
habitée, bien fermée et tournée au midi; mais on a 
l'attention d’en ouvrir les fenêtres si le temps est beau. 
Ceux qui croient qu'il est dangereux de ne les pas ac- 
coutumer d’abord au grand air, prennent le parti de 
planter leurs branches de chêne sur le bord d’une 
rivière ou d’un ruisseau, à la distance d’un pied et 
demi à deux pieds; mais, pour ne pas les exposer aussi 
à l'impression funeste du vent, ils élèvent un petit 
mur de fortes nattes du côté d’où 1l vient. 

Nous n’avons rien de particulier à ajouter sur la vie 
que mènent et les soins que demandent les vers de 
chène, quand on les a portés, après leur première 
mue, sur l'arbre où ils doivent finir leur courte car- 
rière. [ls y sont exposés aux mêmes périls que ceux 
de fagara et de frêne : on les en défend de la même 
façon. La sécheresse leur paraît extrêmement con- 
traire. Le P. d’Incarville, voyant les siens pressés de 
la soif, leur présenta de l’eau au bout d’une paille, et 
il les vit en sucer un grand nombre de gouttes sans 
paraître désaltérés. Aussi les Chinois ont-ils l'atten- 

1/Â 


210 VERS A SOIE SAUVAGES. 
tion de choisir le temps des pluies pour les faire 
éclore, et le voisinage des eaux pour les élever. Une 
remarque bien plus importante du P. d'Incarville, c'est 
qu’on peut les nourrir, comme il l’a fait par nécessité, 
les feuilles de chêne à feuilles de châtaignier lui man- 
quant, avec les feuilles du chêne ordinaire. Nous in- 
sistons sur ce point, et parce que le chène d'Orient est 
assez rare en France, et parce qu'il sera peut-être pos- 
sible de trouver sur nos chênes ordinaires la vraie 
chenille sauvage de Chine qüi donne la soie de la se- 
conde espèce. Le P. d’Incarville dit «qu’elle est de la 
« première classe, selon le système de M. de Réaumur, 
«comme celle du fagara et du frène, c’est-à-dire qu’elle 
«a seize jambes, six écailleuses ou antérieures, huit 
«mamelons ou jambes intermédiaires, et deux posté- 
«rieures. Ses mamelons sont garnis de demi-couronnes 
« de crochets. Ce qu’elle a de particulier, ce sont des 
«espèces d’écailles brillantes comme l'argent le plus 
« fin. Quelques-unes en ont au-dessus de chaque stig- 
« mate : d’autres en ont moins ou même point du tout ; 
«mais ces dernières ont sur le haut des tubercules du 
«troisième rang, à l'endroit où sont implantés les 
«poils, une couronne ou cercle d’un or très-vif. » 
Les vers de chêne sont plus tardifs à faire leur cocon 
que ceux de fagara et de frêne, et ils sy prennent dif- 
féremment. Au lieu de plier une feuille en gondole, 
ils en rapprochent deux ou trois, s'enferment dedans 
et y ourdissent leur cocon, qui, quoique plus gros, 


VERS A SOIE SAUVAGES. 211 
est d'une soie fort inférieure; car, pour ne pas l'omet- 
tre, on met une grande différence, ici, entre la soie de 
vers de fagara, de frène et de chêne. Celle des pre- 
miers est la plus estimée : on en fait le siao-kien, qui 
est très-beau et très-cher. Ce n'est pourtant qu'une 
espèce de droguet, mais très-fin et d'un use admi- 
rable. On fait le tsiao-kien avec celui des chenilles de 
frêne, et le ta-kien avec celui des chenilles de chène. 
Si nos marchands voulaient acheter à Canton ces trois 
espèces de droguet, 1l faudrait qu'ils s’adressassent à 
un homme affidé : car, comme on fait des droguets de 
filoselle , 11 est facile d'en imposer à un étranger. 

Après la récolte des cocons, on préleve ceux qu'on 
veut réserver pour avoir des papillons ou à la fin de 
‘été, ou le printemps suivant; et, après les avoir en- 
filés en la manière qui a été dite, on les suspend en 
lieu convenable, Il y a un choix à faire dans les autres 
cocons : ce choix se fait en les pressant entre deux 
doigts. Ceux qui résistent sont les meilleurs et ont 
plus de soie; ceux qui cèdent sont médiocres et ont 
moins de soie. On coupe avec des ciseaux les deux ex- 
trémités des uns et des autres, et on les met separe- 
ment dans deux sacs de toile de chanvre où l’on les 
ferme avec une ficelle; puis on les plonge dans une 
grande chaudière de lessive bouillante qui a été de- 
coulée. Cette lessive, qui doit être forte, est faite de 
cendres de jujubier, ou de tiges de ble sarrazin, ou 
d'une espèce de persicaire dont on tre 1e la couleur 

14. 


FA 4 VERS A SOIE SAUVAGES. 

d’indigo. Quand les cocons ont bouilli une heure, on 
ouvre le sac des médiocres, et on reconnaît si la les- 
sive a fait tout l'effet qu'on veut quand ils s’effilent 
assez aisément. Comme cette lessive n’a pour objet 
que de dissoudre la colle ou gomme qui joint les fils 
soyeux du cocon, Findustrie européenne trouvera peut- 
être quelque dissolvant plus actif et plus prompt. 
Quand les cocons du premier sac sont au point où l’on 
a besoin qu'ils soient, on les tire de la chaudière, puis 
on visite de temps en temps ceux du second sac, pour 
ne pas les manquer. Si les uns et les autres sont pris 
et tirés de la chaudière à propos, on presse les sacs 
pour en faire sortir la lessive, et on les laisse ensuite se 
ressuyer jusqu'au lendemain. Si on les avait tirés trop 
tard de dessus le feu, après leur avoir fait rendre l’eau 
dont ils sont pleins, en les pressant dans le sac, il fau- 
drait les étendre sur des claies pour les faire sécher. 
Tandis qu'ils sont encore humides, on les vide de leur 
chrysalide et on les renverse de manière à en former 
une espèce de capuchon. Si on n’en avait pas alors le 
loisir, on en serait quitte pour la peine de les faire 
tremper quelque temps dans l’eau chaude quand on 
voudrait faire cette besogne. 

Les cocons, vidés de leurs chrysalides et renversés 
sur eux-mêmes en capuchon, sont fort aisés à filer. I 
ne faut que les faire revenir dans un peu d’eau tiède, 
les coiffer les uns des autres, comme on fait des dés à 
coudre, et puis les enfiler dans une petite quenouille 


VERS A SOIE SAUVAGES. 213 
au nombre de dix à douze. L'art de filer est trop connu 
en France, et nous en avons des idées trop confuses, 
pour insister sur les détails. Tout ce que nous pouvons 
nous permettre d'ajouter, c'est que les Chinoises y 
sont fort habiles, et qu'à voir leurs quenouilles, fu- 
seaux et rouets, on ne croirait pas qu'elles pussent en 
brer un fil si fin, si propre et uni. À parler en général, 
les Chinois en sont encore aux premiers âges pour tous 
leurs instruments. Leur industrie se perfectionne, et 
leurs outils et instruments restent les mêmes. Ajou- 
tons encore ce mot sur la soie des vers sauvages : celle 
des vers de chêne peut se filer au rouet; et, quand on 
veut que la soie des vers de fagara et de frène soit d’un 
plus beau grain, on ôte la soie grège de dessus les 
cocons avant de les faire bouillir : mais, si l’on se met, 
en France, à élever des vers sauvages, l'industrie fran- 
çaise trouvera bientôt tout ce qui est le plus propre à 
faire ürer un excellent parti de leur travail. 

On voit à quelle intention nous proposons de faire 
des essais, à limitation des Chinois, sur les vers à 
soie sauvages du fagara, du frène et du chêne à feuilles 
de châtaignier. Ces essais, qui ne demandent que des 
soins, de l'attention et de la patience, peuvent occu- 
per en différents endroits la sagacité et le zèle des 
citoyens opulents qui vont passer la belle saison à la 
campagne. Îl est si délicieux de se rendre utile et de 
contribuer à l'abondance publique, que nous ne dou- 
tons point que plusieurs ne préfèrent ces essais à tant 


214 VERS A SOIE SAUVAGES. 
damusements également dispendieux et frivoles qui 
occupent le loisir des riches dans leurs terres. Pour 
peu qu'ils leur réussissent, le public , à qui ils en ren- 
dront compte, les comparera, les perfectionnera les 
uns par les autres, et se décidera sur l'usage que lui 
prescrira le bien commun. Qui sait s’il n’est pas ré- 
servé à quelqu'un de ces essais d'enrichir notre France 
de quelque nouvelle espèce de soie, ou peut-être même 
de simplifier la manière d'élever les vers à soie de mü- 
rier? Car enfin, s’il est plus difficile de les nourrir 
sur des arbres que les vers sauvages, cela n’est pas 
impossible dans les climats surtout où le cours des 
saisons leur est plus favorable. Qui sait même si ce 
ne serait pas le vrai moyen de donner à nos soies un 
degré de bonté et de beauté que leur ôte la contrainte 
où l’on retient les vers qui la filent? 


NOTICE SUR LE FRÊNE DE CHINE 
NOMME HIANG-TCHUN. 


On distingue ici deux sortes de frênes, le tcheou- 
tchan, le frêne puant , et le hiang-tchun, le frêne odo- 
rant. Le premier nous avait toujours paru être le même 
que le nôtre, parce que nous nous étions contentés des 
apparences et que nous nous étions peu mis en peine 


VERS A SOIE SAUVAGES. 215 
de l’examiner de près. Ce que nous avons écrit sur les 
vers à soie sauvages nous a fait craindre de nous être 
trompé : nous avons examiné les fleurs de cet arbre: 
elles nous paraissent différentes de-celles que décri- 
vent nos botanistes. Les pétales sont au nombre de 
cinq et moins allongés, les étamines sont plus multi- 
pliées et plus petites, le pistil enfin et la grappe à la- 
quelle les fleurs sont attachées paraissent différents. 
Nous insistons sur ces bagatelles, parce que nous avons 
indiqué le frène comme la nourriture ordinaire d'une 
espèce de vers sauvages, et que, Si l'espèce dont nous 
avons voulu parler était trop différente de la nôtre, 
les vers pourraient bien ne pas vouloir de cette der- 
nière. 

Le frêne odorant, nommé en chimois Aïang-tchun, 
est fort différent du nôtre à bien des égards. Autant 
les feuilles du tcheou-tchun ont une odeur désagréable, 
autant celles du hiang-tchun ont une odeur aromatique 
et agréable pour ceux qui aiment les odeurs fortes. 
Les botanistes, qui ont plaisanté sur ce que dit Pline 
de cet arbre, auraient dû faire attention que ce qui 
est vrai d’une espèce ne l'est pas toujours de l'autre, 
et que la même espèce, dans ses individus, peut être 
très-différente d'elle-même d’un pays à l'autre. Le cl- 
. mat, le sol, l'exposition, l'année et la saison ont 
averti, il y a longtemps, les naturalistes qu'un fait ne 
conclut rien contre l’autre. Au premier coup d'œil, le 
frêne odorant paraît tout à fait semblable au nôtre. 


216 VERS A SOIE SAUVAGES. 
Il vient dans les mêmes endroits, 11 croît à la même 
hauteur, les branches et le tronc sont les mêmes, ses 
feuilles rangées de même par paires sur un côté. En y 
regardant de près, on trouve que les feuilles de 1 odo- 
rant sont d'un vert plus gai, qu’elles sont plus effilées 
et ne sont pas terminées par une seule feuille. Les 
fleurs et les fruits sont absolument différents. 

1° La grappe des fleurs est plus approchante de celle 
de la vigne, et les fleurs, qui sont de différentes gros- 
seurs, ne fleurissent pas si à la fois et durent plus long- 
temps. 

2° La fleur est composée d'un petit calice à cinq 
feuilles; de cinq pétales blancs; de quatre étamines 
qui sortent d’un petit mamelon rougeätre, ou un petit 
sommet arrondi; d’un pistil, qui sort d’un embryon 
et se termine par une petite trompe. 

3° Lembryon qui sert de base au pistil devient un 
fruit, couvert d’une écorce ligneuse et dure, qui 
s'ouvre en cinq follicules à sa maturité. Sous ces fol- 
licules sont rangés, sur les cinq faces de la moelle, 
qui est au milieu, deux ou trois graines. Ces graines, 
formées en aile de mouche et quasi aussi minces vers 
la pointe, renferment dans leur base une semence 
d’une figure qui varie, mais composée de deux lobes 
qui couvrent un germe. 

Si toutes les fleurs venaient à bien, la grappe qui 
soutient le fruit ne serait pas assez forte ; mais 1] est 
rare qu'il en reste un sixième. Malgré cela, quand les 


VERS A SOIE SAUVAGES. JAY 
fruits commencent à grossir et à s'allonger, on jles 
prendrait, de loin, pour une grappe de verjus. 

La moelle, à cinq faces et arrondie à son extrémité, 
sur laquelle les graines sont collées, est une substance 
spongieuse comme la moelle de jonc; mais elle est 
plus compacte. 

Les Chinois jettent dans l’eau bouillante les pre- 
miers bourgeons et les jeunes tiges de frêne odorant, 
puis ils les retirent et les font macérer dans le vinaigre 
pour les manger avéc leur riz, comme nous les COrNI- 
chons. Il faut en user très-sobrement, sous peine d’être 
couvert de furoncles pour peu qu’on ait de levain dans 
le sang. 

La médecine fait usage des feuilles, des fleurs et de 
la seconde peau de la racine. 

Puisqu'on a rangé le fagara dans la classe des frènes, 
et que, sur les descriptions qu’on en fait, 1l y a tout 
lieu de croire que c’est le hou-tsiao des Chinois qui 
nourrit les plus beaux vers à soie sauvages, nous en 
joindrons la peinture analysée à celle du frène puant 
et du frêne odorant, sans y ajouter aucune description, 
parce qu'elle parle aux yeux. 

Le traité des arbres et arbustes de l'illustre M. Du- 
hamel est le seul livre où nous ayons trouvé quelques 
détails sur le fagara. Si celui dont il parle est le même 
que celui de Chine, nous osons lui prédire qu'il ré- 
sistera aux hivers de France, puisqu'il résiste aux il- 
vers de Pe-tche-li, qui sont bien plus longs et bien plus 


218 VERS À SOIE SAUVAGES. 

rigoureux. Les Chinois ont un principe de botanique 
et d'agriculture qui mérite d’être examiné. Selon eux, 
quand on veut conserver des arbres et plantes des pays 
étrangers, les soins les plus étudiés ne le sont pas 
trop pour les premiers plants; mais quand on a cueïlli 
des graines, il est facile de les propager, surtout après 
la seconde génération. Si les graines de la seconde ou 
de la troisième génération ne réussissent pas, c'est 
que le climat n’est pas favorable à ces arbres et à ces 
plantes; elles ne pourront jamais les y naturaliser. Le 
Jfagara réussit à merveille sur les montagnes des en- 
virons de Pé-king. Peut-être que nos pluies d'hiver lui 
sont nuisibles, et qu'on lui rendrait service de pré- 
server ses racines de leur humidité en le plantant sur 
la croupe d’une colline tournée au midi et en l’entou- 
rant d'une petite plate-forme, comme on fait pour les 
vignes de treille et les accacias en bien des endroits. 


FIN. 


EXPLICATION DES PLANCHES". 


了 PraANCHE 1°. Tsan-lien , feuilles de papier sur lesquelles on fait pondre 
les papillons femelles, pag. 99 sq. 

PraANCHE 2. Tsan-wang, filet pour changer les vers à soie. On s’en 
sert communément, dans le midi, à tous les âges des 
vers à soie. Dans le nord, on ne s’en sert que lors- 
qu'ils sont petits. Voyez pag. 143, ligne 12. 

PLANCHE 5.  Sang-long, paniers en filets pour transporter les feuilles. 

On s’en sert particulièrement dans le midi. 


. Ibid. Ficure 4. Sang-kia, instrument pour couper les feuilles. 
Les deux pièces en forme de V doivent avoir deux ou 
trois pieds de hauteur. La main gauche fournit les 
feuilles et on les coupe en abaissant la lame avec la 
main droite. Cet instrument n’est en usage que dans 
le nord de la Chine, où se font les plus grandes éduca- 
tions de vers à soie; ce procédé est très-expéditif. 

On se sert aussi d’un autre instrument appelé thsié-tao. I 
a deux manches comme les couteaux des tanneurs; il 
doit avoir environ deux pieds et demi de longueur. On 
en fait usage lorsqu'on a une grande quantité de vers 
à soie. 

Dans le midi, quand les vers à soie sont petits , on coupe 
les feuilles avec un petit couteau de table dont la lame 
est mince et bien aiguisée. (Une lame émoussée ferait 
sortir le suc des feuilles.) À mesure que les vers à soie 
grandissent, on fait usage de couteaux plus forts et . 
plus grands. 


! L'ouvrage original est accompagné d'une quarantaine de planches. On a 
supprimé toutes les figures qui étaient déjà connues, et l'on a conservé 
seulement celles qui présentaient un caractère de nouveauté. 


220 EXPLICATION DES PLANCHES. 


PLANCHE 4.  Tsan-po, claies pour transporter les vers à soie ou chan- 
ger leur litière. On s’en sert ordinairement dans le 
nord, où l'on élève beaucoup plus de vers à soie que 
dans le midi. La facilité qu'on a de les rouler ou dé- 
rouler les rend très-propres à l'usage auquel on les 
destine. 


PLANCHE 5. Ma-theou-tso, coconnière oblongue. Voirle texte, pag. 154. 
Ibid. Fiqure 2. Claie intérieure de cette coconnière. 
PLANCHE 6.  Touan-tso, coconnière ronde. Voir le texte, pag. 148. 


PLANCHE 7. Chan-po, coconnière employée dans les districts de Kia 
et de Hou. Voir le texte, Supplément, pag. 183. 


PLANCHE 8. Kien-ong , jarres où l'on conserve les cocons sous des 
couches de feuilles et de sel. Voir le.texte, pag. 165. 


PLANCHE 9. Kien-long, appareil pour tuer les chrysalides au moyen 
de la vapeur d’eau chaude. 

1 y a des personnes qui mettent dans l'eau chaude 
deux onces de sel et une once d'huile de navette, 
pour que la soie ne se dessèche pas et pour qu'elle 
soit plus facile à dévider. Voir le texte pag. 162. 


PrANCHE 10. Cette planche ne fait point partie de l'ouvrage chinois. 

| Nous en devons la communication à l'obligeance de 
M. Huzard (de l'Académie des sciences ), qui possède 
un grand nombre de dessins exécutés en Chine et re- 
latifs à l'éducation des vers à soie. Cette disposition 
nouvelle, où les claies sont chauffées par des réchauds, 
confirme les observations développées dans l'article 
Chan-po du Supplément (pag. 183 ). Cette méthode, 
qui paraît présenter de grands avantages, diffère tout 
à fait de celle des éleveurs d'Europe, qui abalssent la 
température de l'atelier à l'époque où les vers à soie 
travaillent à leur coque. 


À Pick +: 


Planche 9 = 


RASKS 


全 TT RSS SE 
DNA) 
22220 42% 


< ) 


D 
和 

D SX) 
NS 


0 à 二 
KK 的 
Ï? NX x x 


一 


二 


dt Far < 


二 


KX 


: 


NES 
ROUE 
DANS 


> 一 


由 


Planche ?3. 


…. 


= de 
DT 


RAS 


A 
一 DR à rte mr ; 
û 


ee 


, + 
prints es 


v# 


| 
ll 川 a 
NN 


rm 6 -一 -一 -一 一 一 一 


| 四 | 和 me 
= 
#4 fl 出 本 LE nn nl 


Planche. É 


AIRE ur 


«7 


URL 


本 Ar 


os 


: ‘ 
curé, er pts ad 


À 
è ra pt 
‘ Fe La ( pur ve 
, | don L 
. ‘# P 学 人 
4 + 
” 和 , 
. 
Ü + v L . Le 
的 € ee 让 
和 — = dois — 
t de 7 
, + 
、 7 À A 
- i 
. : “ 
L . 
L ? = 
l F < 
+ 四 = À 本 
4 + , 
A w 
p « 
r . À 
: A Pa = 
7 
?> 
LE { 
. . £: L ee 
rs 
ï ’ de: à: 
, 
3 ; 4 
+ L 
ER _ 
a , 
一 . f 
一 nm à Le 
亚 Te 
L è k D 
, 
p — 2 二 
1/ 
de . 
= . 
1 c 4 


\ 
Ti So rot ef 
Sir FES UT u 
4 


ARE 


Lil ni 


AU 


Planc 


@) 
(or 


1 


Tonuan-ts0o. 


LR XX 

PR RS 

NO NUS 

AU k [NON 
Ÿ \ NN] 


| 
| 
| 


oo 


有 


+ 


» na 站 
年 
全 
NAN 
YAMEPA 


| 


由 fi 


ou 


ee 
一 一 


[一 
三 一 


FE 


一 一 


— 
[一 


中 
mie 
or a 


LU NE PEN 


Planche 8. 


Planche 9. 


7 
4 


YI 
四 L Pre dj re E 
à on 


+ 
f 


si 


: 
Er 2 . 
en mg 0 nm 
过 


全 | A 


à. pe 


PR an 
{ 


fe 


% 


La 


< 一 


Planche10. 


-一 一- 


L2Z 7 
PTFE 
2 


> 
LT 
CPL 


ee 了 w w ny ES 8 


r 


TABLE DES MATIÈRES. 


AVANT-PROPOS {PA RE er LE à SRE AE Lin ET 
EN 
AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR. . secouer... 


Nore sur la température de la Chine..... ù 0 AL AN TOUR, 


SPÉCIMEN du texte chinois......... HE 人 NT MESA à 
TRADUCTION LITTÉRALE du spécimen. ...................4. 


MOTOR DES MURIERS. +. : 22 2 rad dan ene nn es 
Observations générales. RAR. à na. nd dd de 3 
Des différentes espèces di PE ET dE TC pod 
Manière* d'obtenir la meilleure graine pour reproduire les 

müriers par semis... . . RARE RC RE CORP ET 
Observations à suivre pour choisir les plants de müriers... 
Phtakon des mürierg. 4 0/2 ds deu adels de à 4e 
Méthode pour transplanter les müriers nains........... 
De l'époque favorable pour planter. .................. 
Manière d'élever les müriers.................:..... 
De planter les branches............ aa 

De tailler les grands müriers................ 

Méthode pour semer les müriers....,................. 
Pour planter les müriers nains ............... 

Pour planter les müriers en automne.......... 


Pour obtenir des marcottes..,............. #3 

Pour planter les müriers qui proviennent de mar- 
COMES ere de lei org ed ER E La 

Plantation des branches de müriers sur ds planches de 

RE cod ais so eee SE lee Let let) sue ENT = : 

SUPPLÉMENT à la culture des müriers............ SN POI 


NT 
relaie. 全 让 全 全 人 Ur RTRUR TRE DAPERS 


Greffe en écusson............. DT PER <u L4 
Greffe en flüte. .... M QE du Lg Éd LE, EE 
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. eue... 人 


Observations préliminaires... .................. .... 


CARE, 


299 TABLE DES MATIÈRES. 


Construction du logement des vers à soie. ............. 
* Construction de l'étuve. .....,....:.......eoso...e 


Barxs que l'on donne à la graine ( de vers SOIGD 入 全 区 让 让 下 人 
Différentes espèces de vers à sole................-., 
Même sujet................. AA NC AL EME D : 
Préparation de la graine pour obtenir une éclosion er 

HANEGE UN AU NE ES An ET En Le TER PR PE 
Maladies que contractent les vers à soie lorsqu'ils sont en- 
core dans Fœuf::14:11,2::,5:44640; 208: ERIONNS 
Eclosiogdes vers A.soie. ....:..40at,hudlas té: ue 
Moyen de hâter ou de retarder l'éclosion.. . . ......105 et 
Choix des cocons pour obtenir de bonne graine......... 
Causes qui empêchent l'éclosion et les mues d’être simul- 


ÉATCBS ÉCAIL HERMANN tuer Re SR A 有 有 全 
NoURRITURE des vers à soie............. MAR re HE Me 
Nourriture des vers à soie de quatre mues........,..... 

Des vers. d'automne!" LT Me 


Préparation de la poudre de feuilles . 2, 7 GO DO TRS 


Farine de petits pois verts qu'on répand sur les feuilles après 
la troisième mue. ( Voyez pag. 118.)...... RE ER 
Manière de nourrir les vers à soie naissants............. 
Avantages des éducations de vingt-cinq jours; quantité de 
la soie proporlionnée à la durée de l'éducation ........ 
Méthode pour guérir les vers à soie de l'échauffement qu'ils 
éprouvent après la dernière mue.................. 
Nécessité de couper les feuilles en filaments minces pour les 
jeunes vers à soie, et de les répandre sur eux avec un 
LAS AN cts Die es ee le(e ete leloious, ele . secte LC 
Méthode pour diminuer la tnitese et hiter la mue. à 
Choses nuisibles aux vers à soie......... 8 
Maniere de nourrir les vers à soie suivant Le différents 
âges ...... RAA IS NERO A ANT EL OLIS 


Chaleur qui leur Rte Pet. l'intervalle d’une mue à 


116 


Ibid. 


117 
118 
120 
122 
125 


126 


rade. MER PERLE AE EN EE PERS ANR NA nn ESA ONE 7! 


Poudre de Enilles de müriers que l'on répand sur les feuilles 
nouvelles légèrement humectées.......,...,..,.4. 
Méthode pour hâter les changements de couleur dans les 
vers retardataires et les don à muer en même temps 
que ceux qui sont plus avances D » sait CORRE 
Autre manière de nourrir les vers à soie RAR. leurs diffé- 
rents âges et suivant les changements de couleur qu'ils 
éprouvent dans l intervalle de chaque mue............ 


127 


128 


TABLE DES MATIÈRES. 295 

Pages 

Qualités des feuilles qui conviennent aux vers à soie. .,.. 151 

Nécessité de varier la température de l'atelier suivant les . 

différentes époques de la vie des vers à soie. ,..,,..... 1352 
D'élever la température quand les vers à soie ont 

monté sur les feuilles et se disposent à manger. 133 
D'abaisser la température quand les vers à soie ont 

fini de manger....... ei nt Le 153-134 


DisTriBuTION des vers à soie sur les claies pour les espacer... .. 135 


TransporT des vers à soie.................... PERMYPTE 156 
Cause de la maladie appelée, en Europe, missenlinn Ibid. et 137 
Procédés pour séparer les vers à soie des crottes et de la 于- 

tière, et les préserver des maladies que cause leur fermen- 
eo OA 和 158 


了 RANSPORT des vers à soie après leur premier sommeil. ,...... 140 
Des vers à soie après leur second sommeil, .,,...... .. Ibid. 
Après leur troisième sommeiïl...,........ 14] 


ENTRÉE des vers à soie dans la coconnière............... JU LUI 
Construction des claies où doivent travailler ls vers à soie. 
Procédé pour chauffer ces claies ; utilité de ce chauffage. 145 
Autre méthode analogue à celle qui est indiquée par Ja 

planche 7. ( Voyex pas. 195.).:.,:, m2 Sa LOG 
Maladies des vers a soie dans la coconnière............. 
Causes qui font périr la chrysalide et la font devenir rouge 

本 RATS RCE ER ENT 148 

COCONNIERES RONDES employées dans le midi de la Chine... .... 149 


Production de la soie, beaucoup plus considérable dans le 
nord que dans le midi. (Voyez aussi pag. 155, ligne 13.). 152 


CocONNIERES OBLONGUES employées dans le nord de la Chine.... 154 
Avantages et inconvénients des coconnières rondes et 


风光 Ds D Dr dt 155 
Coconnières recommandées par l’auteur............... 156 
OR CE Ce 1 LL di ee on è s ALTO 

Manière de conserver les cocons ; choix des Een à cocons 
DR A CT MONET 2e ass ere 6 ahbe TEL 159 


Signes qui permettent de juger d'avance la qualité et la 
quantité de la soie d'après la forme et l'apparence des 


Manière d'étoufler les chrysalides au moyen de ja vapeur 
Re DORA Ein ce er SERRE 162 


294 TABLE DES MATIÈRES. 


Différents procédés pour faire mourir les chrysalides. . .... 164 
Emploi de la terre glaise mêlée de sel, pour fermer herméti- 
quement l'ouverture des jarres où l’on serre les cocons.. 165 


SUPPLÉMENT à l'éducation des vers à soie.......... PR D 
Grambiié er ABpIe..… 4... luc Ceelee à ire ROUES Ibid. 
Bains que l'on donne à la graine de vers à soie. ...... sde TR 
Précautions pour conserver la graine. ......, ss sie #2 CUIR 
Des différentes espèces de vers à soie. ................ 172 
Procédé pour blanchir les cocons jaunes........ s 52 10 ae te CR 
Nourriture des vers à soie. .............. Un 
Des choses que craignent Ales vers als0le....: . . ….. «40 176 


Des feuilles de mürier. Culture des müriers. Manière de le 
reproduire. Cueïllette des feuilles à l’aide de ciseaux... 177 
Manière de couper les branches. Feuilles de mürier employées 
à la nourriture des moutons..............….... SAP L' 
Des feuilles qui sont nuisibles aux vers à soie, Feuilles hu- 
mides données aux vers à soie re la dernière mue.... 179 


Maladies des vers à soie..... È Lt certe a CRE 181 
Moyen de reconnaître les vers à soie qui sont mürs pour 
fer. Rd, LE 88 LES Le Re SITE 3 TER PERS . 182 
Coconnière appelée Chan. -po. se qu'elle présente... 183 
Récolte des COCONB: 24 à 5 «20 ne co ou 20 DEN RE 186 
Moyen de donner de la force à la soie.......... Ibid. et 187 


Mémoire du P. d’Incarville sur les vers à soie sauvages... . Jbid. 


FIN DE LA TABLE DES MATIEKES. 


"4 (44 


mr /Resume des 


au 


185 00064 7592 


RSS 
N 


o S SS 
SN & 
N RSS 


SS 
NS